« Annoncer des contrôles radars va inciter certains à prendre une assurance auto »


INTERVIEW Utiliser les radars automatiques pour contrôler les conducteurs non assurés figure parmi les pistes étudiées par le ministère de l'Intérieur pour renforcer la sécurité routière. Pour Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes, ces contrôles sont le meilleur moyen de lutter contre le défaut d'assurance auto.  

Défaut d’assurance auto : « Le seul moyen de lutter, c’est le contrôle »

Toutsurmesfinances.com : Un rapport remis au ministère de l’Intérieur cet été préconise d’utiliser les radars automatiques pour détecter les conducteurs dépourvus d’assurance auto. Comment accueillez-vous cette proposition ?

Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes : C’est très bien, pour une fois que les radars servent à quelque chose… Les gens qui conduisent sans assurance sont une population accidentogène, ils prennent des risques et font fi de toute règle sur la route. Donc il faut taper dessus, parce qu’il est hors de question que moins d’un million de personnes* fassent payer cher les 39 millions d’autres automobilistes qui sont sur les routes.

Il s’agit d’une mesure nécessaire ?

Les conducteurs sans assurance, c’est 176 morts de la route et 10% des accidents graves. Ils sont moins de 2% des usagers et représentent 10% des accidents graves… C’est inadmissible. Ces gens-là ne sont pas des automobilistes mais des chauffards. La règle est la même pour tout le monde, on paye son assurance.

Cette solution vous paraît-elle préférable à un alourdissement des sanctions prévues par la loi pour les non-assurés (3.750 euros d’amende, confiscation du véhicule, suspension de permis de trois ans…) ?

Ce n’est pas dans les états où il y a la peine de mort qu’il y a le moins d’incivilités. Ce n’est pas une affaire de sanctions mais de probabilité d’être pris. Ça va se faire de fait, il faut juste une volonté politique et elle existe pour le moment.

Le seul moyen de lutter contre les défauts d’assurance, c’est le contrôle. Aujourd’hui, vous n’avez pas de probabilité d’être contrôlé pour votre assurance sur la route. Donc le simple fait d’annoncer une telle mesure va inciter certaines personnes à prendre une assurance, et c’est une très bonne chose.

D’autres pays ont recours à ce type de contrôle, quels sont les résultats constatés ?

L’Angleterre est un petit peu sur ce profil-là et ça fonctionne très bien, elle est dans le top 3 des pays européens en termes de sécurité routière. On ne passe pas sous la barre des 2.000 tués par an [comme l’Angleterre, Ndlr] sur la route sans rien faire.

En France, on augmente le nombre de radars et ça ne marche pas, il faut donc faire autre chose. Cela veut dire passer au crible tous les facteurs accidentogènes et lutter contre ces gens qui font n’importe quoi sur la route. Et celui qui paye son assurance n’a rien à se reprocher, donc il est tranquille.

Quand cette mesure pourrait-elle voir le jour ?

Le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, a un objectif de résultat et veut aller le plus vite possible pour réduire le nombre de tués sur la route. Puisqu’il s’agit de conducteurs accidentogènes, il va falloir agir rapidement et je ne doute pas de la volonté et de l’action du délégué interministériel sur ce point. D’autant plus que les Français y sont favorables, donc il n’y a pas de frein à la mise en œuvre des contrôles.

Propos recueillis par Thibault Fingonnet

*Les conducteurs sans assurance représentent 1 à 2% de l’ensemble des automobilistes