Comparateurs d’assurances : « Un service biaisé pour le consommateur »


INTERVIEW Abordée lors des débats parlementaires autour de la loi Hamon, la question des comparateurs d'assurances est absente du texte final. Certains professionnels de l'assurance comme Jean-Luc de Boissieu et Arnaud Chneiwess du Gema réclament toujours une réponse législative.    

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Toutsurmesfinances.com : Que pensez-vous de la situation actuelle des comparateurs d’assurances ?

 

Jean-Luc de Boissieu, secrétaire général du Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (GEMA) : Il y a un flou à plusieurs niveaux : dans la définition même des comparateurs, sur la réalité de leurs prestations et sur la réglementation en vigueur. On appelle comparateurs des sites qui proposent des services assez différents : certains font de la vente, d’autres pas, certains comparent les prix, d’autres comparent les services, etc.

 

La législation au niveau européen est assez confuse. En France, elle est inexistante. Nous avions proposé un amendement au projet de loi Hamon sur la consommation visant à mettre les comparateurs d’assurances dans la catégorie des intermédiaires d’assurance, cela n’a pas été suivi.

 

Arnaud Chneiwess, futur secrétaire général du GEMA : Il existe également un flou concernant le champ de la comparaison. Quels critères sont retenus : le prix, l’ampleur des garanties, le niveau des franchises ? Quelles entreprises d’assurance y figurent ? Pourquoi celles-ci sont-elles présentes et pas d’autres ?

 

Comment ce flou se traduit-il pour le consommateur ?

 

JLDB : On propose un service biaisé au consommateur. Aucun comparateur ne propose tous les produits existants. Cela dépend des accords commerciaux passés avec tel ou tel assureur. Il faudrait obliger les comparateurs à indiquer quels sont ces accords, les gens pourraient alors se faire une opinion plus facilement.

 

AC : Un assureur va sur un comparateur s’il sait qu’il va finir sur le podium, il n’y va pas pour figurer en 8ème position. Donc s’il pense que son produit sera mal répertorié, il n’ira pas. Pourtant, il aurait pu être pertinent pour certains consommateurs. Comparer des assurances, c’est compliqué, ce n’est pas un produit comme les autres. Chaque situation nécessite une assurance spécifique.

 

Comment doit-il se comporter ?

 

AC : Il faut qu’il se pose les bonnes questions quand il arrive sur le comparateur : chez qui suis-je ? Chez un acteur impartial ou chez un acteur lié à un groupe d’assurance ? Pourquoi tel ou tel assureur n’est-il pas présent ? Comment le comparateur est-il rémunéré ?

 

JLDB : Pourquoi c’est gratuit ? Il y a forcément quelqu’un qui paye. Certains comparateurs appartiennent à des grands groupes, d’autres revendent les informations personnelles récoltées sur l’utilisateur à des compagnies. Il faut que l’utilisateur en soit conscient.

 

AC : Il ne faut pas non plus se focaliser exclusivement sur le prix. C’est facile de faire l’assurance la moins chère, il suffit de couvrir peu et de mettre des franchises élevées. Les ménages, surtout les plus modestes, ont besoin d’être bien couverts en cas de problème.

 

Que pensez-vous de la possible entrée de Google sur le marché ?

 

AC : Il faudra regarder si et dans quelles conditions Google arrive sur le marché mais le problème sera le même que pour les comparateurs évoqués précédemment : cela reste un acteur privé, avec ses intérêts économiques.

 

JLDB : La question se pose de fait : l’Etat n’a-t-il pas un devoir de contrôle sur les comparateurs d’assurances ? Mais comment contrôler Google et l’Etat français en a-t-il seulement la capacité juridique et technique ?

 

Un comparateur d’assurance public est-il indispensable ?

 

JLDB : Comme le montre le récent rapport de l’EIOPA (Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles, NDLR), certains marchés ont sorti cette activité des intérêts économiques privés. Que ce soit via un comparateur d’assurances mis en place par l’Etat ou par une association de consommateurs, comme c’est le cas en Belgique. Quel que soit l’opérateur, il faudra que cela soit fait selon une charte éthique, un corpus de règles bien défini. Une réponse législative au problème posé par les comparateurs d’assurances est indispensable.

 

Propos recueillis par Hugo Baudino