« Il faudrait qu’un comparateur indépendant et actualisé soit créé »


INTERVIEW - Olivier Gayraud, juriste pour l'association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV), commente l'enquête sur l'assurance publiée par l'association le 10 septembre dernier et s'attaque aux comparateurs de contrats d'assurance.

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Il y a quelques jours, l’association CLCV a publié une enquête très critique sur l’assurance. Quelles en sont les principales conclusions ?

L’enquête CLCV sur l’assurance a pointé du doigt l’envolée des prix des assurances. Alors que l’indice des prix sur 10 ans des assurances auto a augmenté de 10%, celui de l’assurance habitation s’est accru de 36% ! Il faut également noter le désengagement continu de l’assurance maladie dans le remboursement des soins : aujourd’hui 84% des assurés souscrivent une complémentaire santé et 6% des Français n’ont pas de couverture santé du tout. Il y a donc une vraie urgence pour permettre aux gens de comparer les prix, mais surtout d’avoir une idée précise des garanties et prestations qui leur sont offertes. Le marché se caractérise par un vrai paradoxe : les assurés maîtrisent de moins en moins des contrats pour lesquels ils payent de plus en plus cher !

Les consommateurs doivent-ils recourir à des comparateurs d’assurance pour bénéficier d’une meilleure information et faire leur choix ?

Nous ne le conseillons pas. Si démarcher les compagnies par soi-même est chronophage, cela reste la meilleure façon de comparer les offres, tant du point de vue des garanties que du prix. En effet, les comparateurs ont le défaut de prendre en compte le prix comme premier critère de choix, sans forcément se poser la question de la franchise ou des principales exclusions de garanties. Or certains contrats peuvent par exemple comporter une clause d’inhabitation, qui signifie la perte de la garantie vol au bout d’un certain nombre de jours d’absence au domicile. Il faut avoir pris connaissance de toutes les garanties avant de souscrire un contrat d’assurance. Globalement, les comparateurs d’assurance soulèvent deux questions principales, celle de la transparence et de l’exhaustivité de la demande.
En matière d’objectivité, la CLCV questionne les liens économiques qui unissent les comparateurs d’assurance aux entreprises qu’ils prétendent comparer. Ces liens existent, mais ils n’apparaissent pas de manière évidente sur les sites Internet. Il est anormal d’avoir à chercher pour savoir. Dans un souci de transparence, ces liens doivent apparaître clairement. D’autre part, concernant l’offre proposée par les comparateurs, l’exhaustivité n’existe pas. C’est donc le problème de l’offre partielle qui se pose : on ne sait pas comment sont sélectionnées les compagnies d’assurance, il peut y avoir un conflit d’intérêt. L’optimalité des propositions n’est plus garantie. Nous conseillons aux consommateurs qui souhaiteraient toutefois faire appel à un comparateur de regarder le nombre d’accords avec les compagnies d’assurance : plus celui-ci est important, plus le choix est vaste, c’est une garantie de la qualité du service.

L’interdiction des comparateurs d’assurance est-elle souhaitable ?

Le comparateur d’assurance peut être un bon outil pour les consommateurs, mais à la condition qu’il soit indépendant et qu’il garantisse l’offre la plus vaste possible. Par conséquent, il faudrait qu’un comparateur indépendant et actualisé soit créé. Il s’agit d’une mission de service public, assurer le meilleur prix et les meilleures garanties. Malgré son importance, l’assurance reste un domaine inconnu pour la plupart des Français. Il faut des contrats plus simples, moins longs et donc plus accessibles aux profanes de l’assurance. Dans cette logique, la standardisation des contrats d’assurance, réclamée par la CLCV, permettrait d’obtenir une vision complète des offres et de faciliter la comparaison.