Moyens de paiement, fuites d’eau : des assurances proches de l’arnaque selon UFC-Que choisir


Selon l'association de consommateurs, les garanties couvrant les fraudes liées à la perte ou au vol de son chéquier ou de sa carte bancaire seraient inutiles et la commercialisation des couvertures contre les dépenses d'eau suite à des fuites dans les canalisations ne seraient pas loin de l'escroquerie.

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Après les assurances téléphoniques, l’UFC-Que Choisir a décidé de s’attaquer à deux autres assurances dites « affinitaires ». L’association de défense de consommateurs, qui avait fait sensation en dénonçant à la veille de Noël 2012 les garanties contre les vols de téléphones portables, publie ce 4 juin 2013 une étude centrée cette fois-ci sur les assurances moyens de paiement (AMP) et sur les assurances « fuites d’eau » en plein essor.

Comme dans le cas des assurances téléphoniques, ces deux produits seraient inutiles, voire proches de l’arnaque selon l’UFC. Dans le cas des AMP, ces garanties, qui permettent aux souscripteurs de se faire rembourser en cas d’utilisation frauduleuse de leur carte bancaire ou de leur chéquier suite à une perte ou à un vol, seraient trop souvent couplées automatiquement aux moyens de paiement.

 

55% des Français couverts par une AMP

Selon l’association, seuls LCL, La Banque Postale et la majeure partie des caisses régionales du Crédit Agricole n’incorporeraient pas ce type de couvertures dans leur « package ». 55% des Français disposeraient ainsi d’une AMP « sans toujours le savoir », regrette Nicole Perez, administratrice de l’UFC-Que Choisir en charge de la banque et de l’assurance.

Plus grave : ces assurances ne servent quasiment à… rien. Depuis une directive européenne de 2009, les banques doivent en effet rembourser intégralement leurs clients victimes de fraudes sur Internet. Dans les autres cas, une franchise de 150 euros est appliquée (par exemple, si la fraude porte sur 1.500 euros, le consommateur est remboursé à hauteur de 1.350 euros). « Et cela, que l’on soit assuré ou non », souligne Nicole Perez. Or, non seulement la plupart des banques n’ont pas informé leurs clients de ce changement de règlementation, mais elles ont préféré ajouter des garanties, jugées « cosmétiques » par l’UFC, plutôt que de baisser leurs tarifs.

Toujours d’après l’association, tous les établissements (hormis les Caisses d’Epargne) proposent désormais la prise en charge des nouveaux papiers d’identité et des clés en cas de perte ou de vol des moyens de paiement. « Reste qu’il est rare de se faire voler son passeport, sa carte d’identité et son permis de conduire en même temps. Quant aux clés, seules celles de l’entrée principale sont remboursées », précise Nicole Perez. Au final, entre l’ignorance des souscripteurs et les faibles montants des sinistres, les marges réalisées sur les AMP dépasseraient les 90%, selon un document du Crédit Agricole ! Mais ce n’est rien comparé au « nouvel eldorado » des assurances « fuites d’eau ».

Harcèlement commercial

Ces garanties, apparues récemment, couvrent la hausse brutale de la facture d’eau à la suite d’une fuite dans les canalisations. En réalité, cette couverture n’est utile que si le compteur d’eau est situé dans le jardin. « Si le compteur est installé au pied du mur de la maison, les dépenses d’eau sont remboursées par l’assurance multirisques habitation. S’il est installé dans l’immeuble, l’assurance de la copropriété joue », explique Maxime Chipoy, chargé de mission banque-assurance à l’UFC-Que choisir. Surtout, l’assurance « fuite d’eau » est proposée à tout le monde sans distinction, y compris aux locataires alors que ces derniers n’ont pas, selon la loi, à prendre en charge les sinistres liés aux canalisations.

Mais c’est le mode de commercialisation de ce type d’assurance qui pose le plus problème. Avec pas moins de 40.000 mailings envoyés par an, les campagnes de prospection frisent le harcèlement. « Des consommateurs se plaignent de recevoir jusqu’à six courriers par an », illustre Maxime Chipoy. Beaucoup plus pernicieux : les acteurs qui proposent les assureurs « fuites d’eau », comme Doméo ou SPB, mettent sur le courrier le logo du distributeur d’eau (Générale des Eaux, Lyonnaise des Eaux…), mais pas le leur. Résultat : « beaucoup de consommateurs pensent être face à une facture d’eau », constate Maxime Chipoy et payent… les yeux fermés. Le préjudice est loin d’être négligeable avec des assurances « fuites d’eau » vendues entre 36 et 108 euros par an.

 

Une « véritable épidémie »

Pour l’UFC-Que Choisir, cette accumulation de petites sommes inutiles pèse sur le pouvoir d’achat des Français. Selon l’association, le marché des assurances affinitaires, également appelées « assurances accessoires », s’élève, au bas mot, à 3 milliards d’euros en France. « Nous assistons à une véritable épidémie de ces petites assurances qui se développent partout, sur tout et qui jouent sur la peur des consommateurs », tonne Alain Bazot, le président de l’UFC-Que Choisir.

L’association admet d’ailleurs clairement que ce n’est pas un hasard si elle sort son étude en plein examen du projet de loi sur la Consommation. Le texte présenté par le ministre de la Consommation, Benoit Hamon, prévoit un délai de rétractation de 14 jours si l’assuré prend conscience que la nouvelle garantie qu’il a souscrite couvre un risque auquel il est déjà couvert. Alain Bazot souhaiterait, toutefois, que la notion de « doublon » soit plus facile à démontrer pour le consommateur. « Dans le projet de loi actuel, il suffit qu’un mot change pour que le droit de rétraction ne soit pas possible », regrette-il.

L’UFC espère également que la possibilité de résilier au bout d’un an son contrat d’assurance auto ou habitation à tout moment proposée dans le projet de loi Hamon s’applique également aux assurances affinitaires. Enfin, l’association annonce qu’elle va appuyer un amendement obligeant les assureurs à notifier plus clairement les exclusions de garantie.

 

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