Mutuelles étudiantes : « zéro pointé » décerné par l’UFC Que Choisir

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En cette période de rentrée universitaire, l' UFC Que Choisir pointe du doigt les dysfonctionnements des mutuelles étudiantes, organismes privés chargés d'une mission de service public. Opacité et mauvaise gestion sont autant préjudiciables aux étudiants qu'aux collectivités.

Les mutuelles étudiantes ne méritent qu'un bonnet d'âne ! Voilà ce qu'il faut retenir de l'enquête de satisfaction réalisée par l'association de consommateurs UFC Que Choisir sur le fonctionnement et les contrats de complémentaire santé proposés par les mutuelles étudiantes. « Les motifs d'insatisfaction des étudiants ont clairement augmenté en 2012. On constate un vrai flou artistique qui nuit autant aux étudiants qu'aux finances de la sécurité sociale », dénonce Alain Bazot, président de l'UFC Que Choisir. Les résultats de l'enquête font état d'une désinformation chronique des étudiants en matière de mutuelle étudiante et d'une gestion non optimale des organismes privés, pourtant chargés d'une mission de service public.

Plus de 60% des étudiants sont mal informés

Les étudiants, notamment les premières années, ont des connaissances superficielles sur les mutuelles étudiantes. Pour ne donner qu'un chiffre, ils sont 61,2% à ne pas savoir qu'une mutuelle étudiante remplace la sécurité sociale des parents ! Tributaires d'une mission de service public qui leur assure chaque année 93 millions d'euros de subvention, ces mutuelles devraient, en principe, expliquer aux étudiants leur couverture santé. Cette désinformation est particulièrement préjudiciable aux étudiants en matière de complémentaires santé. Plus du tiers des nouveaux inscrits ignorent que la complémentaire santé n'est pas obligatoire pour s'inscrire dans l'enseignement supérieur. Victimes des discours commerciaux des mutuelles, qui s'invitent jusque dans les halls des établissements en pleine période d'inscription universitaire, le tiers des assurés sociaux souscrivent une complémentaire. Or, les complémentaires santé étudiantes sont loin d'être compétitives, les mutuelles classiques étant 20% moins chères en moyenne. « Il n'y a aucune raison que les mutuelles étudiantes tirent la couverture à elles en étant dans les lieux même des inscriptions, regrette Alain Buzot. Cet accès privilégié aux étudiants, résultat de la mission de service public dont elles sont chargées, masque en réalité une très mauvaise gestion ».

Trois mois pour obtenir une carte vitale

La gestion des organismes est effectivement épinglée par l'association de consommateurs. Auprès de la LMDE, principale mutuelle étudiante du marché, seulement 45% des appels reçus sont pris en charge par un conseiller. Confrontés à une telle saturation des moyens téléphoniques, 82,9% des étudiants interrogés jugent qu'il est difficile de contacter leur mutuelle par téléphone. La proportion d'insatisfaits est quasiment la même si le contact est établi par mail ou courrier. Ainsi, se rendre en agence semble être la voie à privilégier si vous souhaitez obtenir une réponse rapidement, puisque la part de satisfaction dépasse les 50%. Quant à la carte Vitale, un tiers des étudiants devront attendre le précieux sésame plus de trois mois. « Ces retards de traitement ne sont pas sans conséquences. Les étudiants sans carte Vitale souffrent de délais de remboursement plus longs et ne peuvent bénéficier du tiers-payant », souligne Alain Buzot.

« L'aberrante » mise en concurrence des mutuelles

« L'état des lieux est inquiétant », conclut le président de l'association. Pour lui, ce bonnet d'âne s'explique par « l'aberrante concurrence organisée sur une mission de service public ». Datant de 1971, la mise en concurrence des mutuelles est récente. Pour leur mission de service public, elles ont reçu 680 millions d'euros en 2011 au titre du remboursement intégral des dépenses de soins engagés et 52 euros de subvention par étudiant pour couvrir les frais de gestion. Le montant de cette seule subvention est de 93 millions d'euros en 2011. De l'argent gaspillé pour l'association puisque les frais sont dus à la concurrence qui réduit les économies d'échelle. « Plus une mutuelle a d'assurés, plus elle reçoit d'argent public. Pour séduire les étudiants, les organismes font donc des dépenses de marketing, ce qui pèse sur les frais de gestion. C'est un cercle vicieux ! », explique Alain Buzot.

Afin de générer des économies, l'UFC Que Choisir souhaite obtenir des pouvoirs publics que la gestion du régime étudiant soit confiée aux caisses primaires d'assurance maladie et que les étudiants soient préservés de tout démarchage dans les établissements. Alors que les parlementaires sont sur le point de publier un rapport sur la protection sociale étudiante, le président de l'association déclare « battre campagne » auprès de Marisol Touraine, ministre de la Santé. Le rapport attendu au Sénat ne devrait pourtant pas remettre en cause la spécificité des mutuelles étudiantes.

 

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