Renoncement aux soins dentaires : les tarifs en cause


Selon une étude de Santéclair menée sur la base de 500 patients, moins de la moitié d'entre eux ont réalisé la totalité des frais dentaires prescrits par leur dentiste. 38% ont totalement renoncé aux soins, ce chiffre grimpant à 60% lorsque le reste à charge dépasse 1.000 euros.  

Près de 40% des assurés renoncent aux soins dentaires faute de moyens

C’est malheureusement une réalité qui s’installe, les Français renoncent de plus en plus à se soigner faute de moyens. Selon une étude menée par Santéclair, filiale de plusieurs organismes complémentaires d’assurance maladie, 38% des assurés qui avaient demandé un devis pour des soins dentaires ne se sont finalement pas soignés.

Contrairement à d’autres études basées sur des éléments déclaratifs, Santéclair a sélectionné 500 cas de patients qui lui avaient soumis une demande d’analyse de devis dentaires puis elle a vérifié un an après si des traitements avaient réellement été engagés. Et le constat n’est pas bien brillant : sur les 500 patients, moins de la moitié (213, soit 42,6%) ont effectué la totalité des soins recommandés par leur dentiste. A l’inverse, 190 (38%) n’ont engagé aucun traitement et 88 (17,6%) ne se sont que partiellement soignés.

Après la Sécu et la mutuelle, encore plus de 1.000 euros à payer

Santéclair précise ainsi que « les interventions lourdes et donc coûteuses ne sont pas les seules à décourager les patients qui sont également susceptibles de renoncer en grand nombre pour un plan de traitement de une à trois dents ». S’il est vrai que le renoncement aux soins n’est pas d’emblée à associer avec un reste à charge élevé (20% de renoncements avec un reste à charge nul), « il n’en demeure pas moins que plus celui-ci augmente moins les soins sont réalisés », constate Santéclair.

Ainsi, sur les 500 devis passés au crible, pour 200 d’entre eux l’assuré devait débourser plus de 1.000 euros de sa poche, à savoir après la prise en charge d’une partie du coût par la Sécurité sociale et par sa complémentaire santé. « Dès que le reste à charge dépasse 1.000 euros, le renoncement grimpe à 60 %, démontrant un lien entre coût et abandon », explique la directrice de Santéclair Marianne Binst, interrogée par le quotidien Le Parisien. Ainsi, au-delà de 2.000 euros de reste à charge, seul un patient sur cinq mène les soins jusqu’au bout.

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Les assurés modestes ne sont pas les seuls concernés

Plus inquiétant encore, Santéclair rappelle que les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) et de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), par définition des assurés aux revenus modestes, n’ont pas été pris en compte dans cette étude. Autrement dit, les tarifs élevés pratiqués par les dentistes génèrent un tel reste à charge pour le patient que le renoncement aux soins touche même les assurés qui ne se trouvent pas en situation de précarité financière. Pour Santéclair, rien ne sert d’augmenter les garanties des mutuelles santé pour compenser, puisque cela aurait automatiquement une incidence sur les primes versées par les assurés. Du côté des professionnels, le problème est tout autre. Selon la présidente de la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) Catherine Mojaïski interrogée par le quotidien, « les bases de remboursement de la Sécurité sociale n’ont pas augmenté depuis vingt-sept ans ».

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Réponse facile réplique Santéclair pour qui « cette réalité doit amener les acteurs du système à s’interroger sur les solutions à mettre en place afin de remédier à cette situation en proposant des soins moins coûteux. En modifiant leurs pratiques, les chirurgiens-dentistes seraient en mesure de proposer une baisse significative de leurs tarifs sans voir pour autant leurs revenus diminuer : exercice groupé, spécialisation… »

D’après Le Parisien, la Cour des comptes doit se pencher sur ce sujet épineux et remettre ses conclusions d’ici moins d’un an. De quoi éventuellement pousser les professionnels à un peu plus de modération en matière de tarifs.