Crédit immobilier de France : un nouveau PDG et beaucoup de questions


Les actionnaires du Crédit immobilier de France ont nommé Yannick Borde à la tête de l'établissement au bord de la banqueroute, en remplacement de Michel Bouvard. Les actionnaires restent opposés à la gestion en extinction du CIF, imposée par l'Etat.

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Les 56 Sacicap (Sociétés anonymes coopératives d’intérêt collectif pour l’accession à la propriété), actionnaires exclusifs du Crédit immobilier de France (CIF), avaient déjà manifesté leur opposition à l’Etat et à son plan de sauvetage. L’affrontement est désormais plus pernicieux entre les deux parties, puisque si les actionnaires ont voté le protocole de garantie de l’Etat, qui prévoit la gestion en extinction des activités jugées non viables et la vente des activités dites viables, ils ont en revanche rejeté le PDG, l’ex-député UMP de Savoie Michel Bouvard, pour nommer l’un des leurs, Yannick Borde, à la tête de l’établissement.

Coup de poker des actionnaires ?

Les actionnaires s’opposent donc à l’Etat, malgré le vote du protocole de garantie qui entérine la mise en extinction d’une partie du CIF. La garantie financière de 28 milliards d’euros, valable jusqu’au 31 août 2013, était nécessaire pour pouvoir présenter un plan de sauvetage à la Commission européenne. La garantie est également nécessaire pour maintenir la note du CIF, et son financement sur les marchés, comme l’a indiqué l’agence de notation Moody’s.

De plus, l’autorité de contrôle prudentiel (ACP) et le Trésor n’avaient pas l’intention d’essuyer un refus sur la question. Le conseil d’administration avait dû voté par deux fois début janvier 2013 afin d’accepter la garantie de l’Etat, après un refus initial. De même, dans une lettre adressée à Michel Bouvard, le président de l’ACP expliquait qu’un vote négatif de l’assemblée générale des actionnaires se traduirait par la nomination à la tête du CIF d’un « administrateur extérieur » aux pleins pouvoirs.

Ainsi les actionnaires ont pu garantir la viabilité financière à court terme du CIF, en votant la garantie, tout en manifestant leur opposition aux desseins de l’Etat, avec la nomination de Yannick Borde, choisi à l’unanimité par le conseil d’administration. « Le Conseil demande que cette nouvelle gouvernance s’inscrive dans la continuité (…) afin de mettre en place le meilleur accompagnement possible pour les salariés du groupe dans le cadre de la gestion extinctive des activités historiques du Crédit immobilier de France », explique-t-il dans un communiqué, tout en soulignant la nécessité de faire « émerger des solutions de reprise des savoir-faire uniques et des activités du groupe dans le cadre du Protocole ».

2.500 emplois et 2,5 milliards d’euros dans la balance

En réalité, deux sujets agitent les actionnaires dans la gestion de la crise du CIF. D’une part, la question des 2.500 salariés. Jusqu’ici, la Banque postale, désignée par l’Etat comme successeuse du CIF sur le créneau de l’accession sociale à la propriété, a évoqué la possibilité d’embaucher 300 collaborateurs du CIF en l’espace de deux années, tandis que les banques commerciales refusent de s’engager sur le sujet. De fait, le protocole de garantie présenté par l’Etat ne présente aucune garantie sur les emplois. Partout en France, les employés menacés se mobilisent régulièrement afin de se faire entendre des pouvoirs publics, sans succès jusqu’ici.

Par ailleurs, il existe un aspect financier non négligeable à la question du démantèlement du CIF. Une liquidation pure et simple entraînerait la constitution d’un boni de liquidation, en d’autres termes la somme restante une fois la liquidation effective (paiement des salaires et dettes, vente des actifs…), pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros. Du point de vue des actionnaires, l’Etat pousse à une gestion en extinction et une liquidation progressive du CIF de manière à récupérer ce boni de liquidation, une hypothèse démentie par les représentants de l’Etat et du Trésor.

Très concrètement cependant, les décisions successives des actionnaires retardent le dossier du Crédit immobilier de France, ce qui demeure problématique pour l’Etat, dont la garantie est limitée dans le temps. Si ce coup de poker est risqué, au regard de l’avenir de l’établissement, il a cependant le mérite de donner plus de temps aux actionnaires afin de mettre en œuvre leur solution pour garantir la survie du CIF, à savoir conserver l’établissement, ses salariés et son activité d’accession sociale à la propriété en intégrant un nouvel actionnaire extérieur fort, disposant de liquidités importantes comme la Banque postale (qui a montré ses réticences sur la question), le Crédit foncier ou encore la Caisse des dépôts et consignations.