Grand Paris : les inquiétudes des professionnels de l’immobilier


Alors que le manque de logements est toujours plus prégnant, les acteurs de la construction et de l'immobilier francilien ont de grands espoirs pour le projet du Grand Paris. Mais de nombreux doutes subsistent sur la réussite du projet pour les acteurs du monde du logement.

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« Le Grand Paris peut être la solution à la crise du logement en Ile-de-France. » D’entrée, Gilles Ricour de Bourgies, président de la Fnaim Ile-de-France, attaque le débat sur le Grand Paris de l’immobilier, de l’habitat, du logement et de la gouvernance par son aspect le plus unificateur. En effet, les professionnels et élus réunis à l’invitation de l’antenne francilienne de la Fédération française du bâtiment (FFB) sont unanimes pour saluer l’intérêt et la portée du projet lancé en 2010. Mais si les ambitions sont bien là, les obstacles le sont également.

Le logement délaissé par rapport au transport

Car construire 70.000 logements neufs par an et en rénover tout autant, objectifs affichés du Grand Paris, ne se décrète pas si facilement que cela. Le secteur du bâtiment est en berne, avec 56% des chefs d’entreprise de la filière qui abordent l’année 2013 avec pessimisme comme l’a souligné Cécile Richard, directrice des affaires économiques et juridiques de la FFB Grand Paris.

D’autant que, comme le rappelle Alexis Bachelay, député PS des Hauts de Seine et co-rapporteur de la mission de suivi du Grand Paris de l’Assemblée Nationale, la question des transports publics « vampirise le débat », en particulier depuis la publication fin 2012 du rapport Auzannet qui a revu à la hausse le coût du projet de 20 à 30 milliards d’euros. Conséquence, les problématiques du logement sont délaissées en comparaison et les professionnels ne l’apprécient pas : Hervé Manet, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) Ile-de-France regrette ainsi « le manque de visibilité » de la question et demande plus de concertation avec les professionnels, soulignant que son organisation n’a jamais été sollicitée dans les discussions sur les contrats de développement territorial.

« Comment sortir des logements de qualité avec des coûts maitrisés ? »

Les problématiques vont bien au-delà d’un manque de considération cependant. Les entraves à la relance de la construction dans la région parisienne sont nombreuses et la première demeure le foncier et son coût. Pour Hicham Affane, président de l’établissement public foncier (EPF) d’Ile-de-France (qui ne regroupe pas cependant les Hauts de Seine, le Val d’Oise et les Yvelines), la question est de savoir « comment sortir des logements de qualité avec des coûts maitrisés », sachant que le foncier représente 23% du coût global d’un logement social, une proportion qui peut monter jusqu’à 50% pour les maisons individuelles.

Sur ce point, « la réelle problématique, c’est la gouvernance du foncier, qui relève du maire », estime Alexis Bachelay, l’édile étant le seul à pouvoir valider les permis de construire sur son territoire. « Ca va être très très compliqué de retirer ce droit aux maires », souligne Hicham Affane. Une opinion confirmée sans surprise par l’intervention de Michel Teulet, président de l’association des maires d’Ile-de-France. « Les maires ne veulent pas d’un organisme de contrainte au niveau du Grand Paris pour gérer les questions de logement et d’urbanisme », appuie-t-il, rappelant l’attachement des maires à la maîtrise des plans locaux d’urbanisme (PLU) et des permis de construire.

Le Grand Paris peut-il échouer ?

En filigrane, ce sont les problèmes récurrents que rencontre la construction de logements en France qui ressortent dans le microcosme du Grand Paris : l’empilement de normes et de réglementations, la RT 2012 étant la dernière en date, est ainsi pointé du doigt, tout comme les recours abusifs déposés contre des permis de construire et qui retardent, quand ils ne les annulent pas, les chantiers. Le retour des investisseurs institutionnels sur le marché de l’immobilier résidentiel, évoqué encore récemment par François Hollande, revient également dans la conversation, mais pour convaincre les compagnies d’assurance vie par exemple, « il faut trouver de la rentabilité dans ces investissements », insiste Gilles Ricour de Bourgies.

Cette multitude d’obstacles et d’incertitudes laisse planer un doute en définitive : le Grand Paris peut-il échouer ? « Ce serait une grande déception si le projet devait capoter », explique Hervé Manet, bien conscient de l’importance du projet pour l’immobilier et le bâtiment. Les propos rassurants de Cécile Duflot lors de ses vœux à la presse ont eu le mérite de convaincre les professionnels de la détermination du gouvernement. La ministre du Logement s’était alors déclarée « convaincue que ce projet ne pourra voir le jour que par une approche globale qui embrasse conjointement les enjeux de transport, de logement, de solidarité entre les territoires et d’une gouvernance plus démocratique et efficace ». Si personne ne veut croire à un échec, les prochaines annonces sur le calendrier et le financement du Grand Paris par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, repoussées à la fin du mois de février, devraient aider à y voir plus clair sur l’avenir de la capitale et de sa région.

 

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