« L’immobilier est sous perfusion permanente du crédit »

Partagez

Fabrice Abraham, directeur général de Guy Hoquet

INTERVIEW Pour Fabrice Abraham, directeur général de la franchise Guy Hoquet, la baisse relative des prix et les conditions de crédit immobilier doivent permettre aux acquéreurs de continuer à acheter des logements de qualité et plus grands en 2014.

Toutsurmesfinances.com : La légère correction des prix de l'immobilier ancien observée en 2013 va-t-elle se poursuivre en 2014 ?

Fabrice Abraham : Il y a un mouvement de recul des prix relatif mais cette diminution est en trompe l'œil. Elle masque une réalité baissière beaucoup plus forte qui permet aux acquéreurs d'acheter mieux. Avec la baisse des prix et les taux de crédit immobiliers attractifs, ils ont les moyens d'acheter de la pierre de taille plutôt que de la brique par exemple. Les acquéreurs achètent donc un plus beau produit qu'il y a trois ans, lorsque les prix étaient au sommet et que les conditions de financement n'étaient pas aussi favorables.

Pour 2014, j'envisage deux hypothèses différentes en fonction de l'évolution des taux de crédit immobilier. S'ils restent peu ou prou au même niveau, ce qui est probable pour les six premiers mois de l'année, les prix varieront entre 0 et -2%. En revanche, une augmentation de taux entraînerait une diminution d'environ 10% des transactions et un repli des prix de l'ordre de 5 à 7%, voire 10% sur les marchés les moins dynamiques.

Le crédit va donc continuer à piloter le marché immobilier ?

Le marché est aujourd'hui calé sur ce que deviennent les taux. Une augmentation d'un point, de 3 à 4%, désolvabiliserait 20% de notre clientèle et aboutirait à une forte baisse des ventes autour de 550.000 transactions. Si le marché si tient, c'est parce que les taux d'emprunt sont vraiment bas. L'immobilier est sous perfusion permanente des taux de crédit et des conditions d'octroi des banques.

Comment cela va-t-il se traduire dans le comportement des acheteurs ?

En France, on achète autour de 80 mètres carrés en moyenne. Les surfaces sont logiquement un peu moins grandes pour les appartements et un peu plus pour les maisons, qui représentent la majorité des acquisitions. Les conditions actuelles amènent les ménages à acheter un peu plus grand tandis que les ventes se réalisent plus lentement : les délais s'allongent d'environ 15% et se situent en moyenne autour de 80-82 jours sur notre réseau. Je ne vois pas cette tendance s'arrêter, au contraire.

Les acquéreurs sont également poussés du centre-ville à la périphérie des grandes agglomérations. Les prix y baissent plus fortement, ce qui répond à leurs envies de se loger mieux en achetant plus grand et à réaliser de bonnes affaires.

Le relèvement des droits de mutation peut-il influencer leurs décisions ?

Cela nuit au pouvoir d'achat immobilier des Français mais elle ne sera pas forcément intégrée dans la réflexion des particuliers. Cette hausse de la fiscalité immobilière ne freinera pas le marché mais sera ressentie une fois chez le notaire, au moment de signer l'acte authentique. Pour un achat de 200.000 euros, cela représente 1.400 euros de frais supplémentaires. Soit autant d'argent qui ne pourra pas être investi dans des travaux ou de la décoration.

 

Propos recueillis par Thibault Fingonnet

 

A lire également

Immobilier : les raisons d'espérer (un peu) en 2014



 

les articles les plus lus

1. Les étapes à suivre pour l'achat d'un appartement ou d'une maison
2. Loi Elan : à quoi correspond le bail mobilité ?

Réseaux Sociaux