Maison individuelle : « 2015 sera une année noire »

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INTERVIEW Les ventes de maisons individuelles neuves sont reparties à la hausse en 2015. Pour Patrick Vandromme, président de l'Union des maisons françaises, le retour des accédants à la propriété doit beaucoup à la refonte du prêt à taux zéro au 1er octobre 2014 mais ne suffit pas à relancer la production de logements.

 
« Le marché de la maison individuelle repart mais 2015 sera une année noire »

Toutsurmesfinances.com : Les ventes de maisons individuelles neuves ont augmenté de 14% début 2015. Ce regain de forme s'explique-t-il par le retour sur le marché des accédants à la propriété ?

Patrick Vandromme, président de l'Union des maisons françaises (UMF) : Le retour des primo-accédants est encore plus fort sur le marché de la maison individuelle. Ils représentent 75% de notre activité, à la différence des promoteurs immobiliers. Il s'agit véritablement de notre cœur de cible.

Depuis le mois d'octobre 2014, on constate une reprise du marché due à plusieurs facteurs. Le premier, c'est le prêt à taux zéro (PTZ) qui a été recalibré par la ministre du Logement Sylvia Pinel, ce qui a permis de resolvabiliser les accédants les plus modestes : elle a revu les plafonds de ressources, le zonage et le montant des prêts. Et depuis, nous avons vraiment retrouvé les primo-accédants modestes : preuve en est, le prix de vente moyen a baissé de 2-3% par rapport à l'année dernière, ce qui veut dire que nous avons pu vendre des maisons peu chères aux accédants modestes. C'est la première fois depuis dix ans que le prix moyen des maisons [à distinguer de celui du terrain, Ndlr] diminue.

Au-delà du PTZ, cela fait quatre ans que le marché est en chute et inévitablement, il y a un rebond qui se produit. Enfin, l'indice de confiance des ménages semble s'améliorer, donc cela va dans le bon sens car la confiance joue beaucoup sur les décisions d'achat.

Cette embellie s'explique-t-elle par les reports de projets immobiliers qui n'ont pas été menés en 2013 et 2014 ?

L'embellie que nous constatons n'est pas liée à l'arrivée de nouveaux primo-accédants. Il s'agit de ménages qui avaient un projet depuis trois, quatre ans et qui se sont dits : « Ça va mal, je reporte mon projet. » Le problème majeur, c'était vraiment la confiance des ménages car dans le même temps, les taux de crédit immobilier étaient au plus bas. Avec de meilleures dispositions et une confiance qui revient un peu, les gens se sont décidés à se lancer, car on ne peut vivre éternellement dans un deux pièces avec trois enfants.

« Des délais épouvantablement long »

Avec ce bon début d'année, êtes-vous optimiste pour l'année 2015 ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps et nous attendons de voir ce qui se passera dans les prochains mois. Les ventes sont là, le marché repart mais 2015 va être une année noire en termes de production de logements car on vend ce qui s'est construit en 2014, alors que la production était au plus bas. De plus, nous allons perdre un mois d'activité à cause de l'allongement des délais.

Pourquoi les délais s'allongent-ils ?

Il se passe pratiquement huit mois entre la prise de commande et l'ouverture du chantier. Les délais administratifs deviennent épouvantablement longs. Nous avons un problème notamment au niveau des notaires, qui mettent beaucoup de temps à traiter les dossiers car ils sont débordés. Ensuite, les banques sont submergées de demandes, en particulier de refinancement ou renégociation de crédit immobilier. Et il reste toujours des problèmes sur les permis de construire : d'ailleurs, au 1er juillet, les demandes de permis doivent être traitées par les intercommunalités [pour les communes de plus de 10.000 habitants, Ndlr] et je ne suis pas sûr qu'elles soient toutes prêtes à traiter toutes les demandes qui vont leur être adressées.

La réforme de l'APL accession au 1er janvier 2016 est-elle également une source d'inquiétude ?

Cet APL accession est capitale : les banques spécialisées prennent en compte cette aide pour optimiser l'enveloppe financière des clients. Et si on supprime ce dispositif, nombreux sont ceux qui ne pourront plus financer leur projet. La bonne nouvelle, ce sont les conclusions d'un groupe de travail parlementaire qui actent qu'il serait stupide de supprimer l'APL accession. Mais nous n'avons pas gagné la guerre pour autant et il faut absolument acter sa remise en place. D'autant qu'avec les délais rallongés, les projets commandés en 2015 peuvent également être impactés.


Propos recueillis par Thibault Fingonnet



 

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