Pourquoi les jeunes sont contraints de renoncer à l’achat immobilier


Les primo-accédants, qui effectuent leur premier achat immobilier, ont de plus en plus de difficulté à devenir propriétaires, selon une étude du courtier immobilier Cafpi. La faute à la restriction des conditions de crédit immobilier et des aides à l'accession à la propriété.  

Les primo-accédants ont de plus en plus de mal à devenir propriétaires

L’accès à la propriété se complique pour les jeunes acheteurs. Malgré un marché immobilier dynamique en 2015 porté par des taux de crédit historiquement bas, l’achat d’un premier logement demeure au stade de l’utopie pour certains. Selon une étude du courtier en crédit immobilier Cafpi dévoilée le 30 juin 2015, la part des primo-accédants a chuté de 55 à 35% entre 2010 et 2014.

Un projet immobilier revu à la baisse

Même si ce chiffre reste à nuancer si l’on se réfère à l’année en cours, il n’empêche que les jeunes acheteurs peinent de plus en plus à se faire une place parmi les propriétaires. Pour preuve, un primo-accédant ne devient propriétaire pour la première fois qu’à 34 ans en 2014 au lieu de 32 ans en 2007. Le montant de l’apport a également progressé (+10.000 euros en 7 ans), de même que le revenu annuel moyen (de 35.159 à 41.901 euros), la faute à des critères d’octroi plus resserrés de la part des banques. Ce que confirme le directeur général adjoint de Cafpi, Philippe Taboret : « Cela ne signifie pas que leurs revenus sont plus élevés aujourd’hui, globalement, les salaires sont stables. Il faut seulement gagner plus pour acheter un logement aujourd’hui.» L’emprunt est également plus élevé, en moyenne de 168.400 euros sur 20 ans pour un logement de 69 mètres carrés (m²). Logiquement, « le rêve de propriété est un rêve dont la surface rétrécit (85 m² en 2007, Ndlr) », constate Philippe Taboret. Les maisons trouvent davantage preneur (60%) que les appartements (40%), « sûrement parce qu’il existe encore des aides à la construction d’une maison individuelle », note le spécialiste.

Par ailleurs, les jeunes acheteurs acquièrent principalement en zone rurale. « Peut-être rêvent-ils encore d’une maison avec jardin et balançoire mais personnellement, j’ai plus tendance à penser que les prix de l’immobilier dans les zones tendues sont trop élevés pour leur budget et qu’ils sont forcés d’acheter à l’extérieur des zones urbaines », analyse le directeur général adjoint du réseau. Là encore, ces données restent à nuancer, le pouvoir d’achat immobilier des jeunes acheteurs s’étant amélioré en 2015.

Des aides à l’accession sans cesse restreintes

Sans surprise, les acheteurs plus modestes (employés, ouvriers…) sont les plus touchés. En 4 ans, leur poids sur le marché immobilier a diminué « alors qu’ils représentent la moitié de la population ». Un constat similaire pour les locataires de logements HLM : seuls 4% d’entre eux ont accédé à la propriété en 2014 contre 7% en 2010. « Tous les primo-accédants ne sont évidemment pas exclus du marché immobilier, on arrive à présent à faire passer des dossiers avec des CDD à répétition et un apport même s’il n’est pas très élevé, mais les employés et les ouvriers sont davantage exclus de l’accession à la propriété », explique Philippe Taboret. Selon le professionnel, ils sont les premiers impactés par la légère remontée des taux observée ces dernières semaines, les banques sélectionnant les meilleurs dossiers.

La difficulté à trouver un financement auprès d’une banque a été accentuée après la disparition du prêt à taux zéro (PTZ) dans l’ancien en 2011, « principal coup de pouce à l’accession pour les primo-accédants », selon le courtier. Le nombre de PTZ, restreint au neuf depuis 2012, a ainsi sensiblement chuté, passant en moyenne de 249.300 (2005-2011) à 56.500 (2011-2014). Et la situation n’est pas près de s’arranger : le gouvernement compte en effet restreindre l’APL accession (pour premier achat immobilier) à compter de 2016. Ce qui risque d’exclure encore davantage les jeunes acheteurs.

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