Quand le mal-logement dégrade la santé des Français


Dans son 21ème rapport annuel sur l'état du mal-logement en France, la Fondation Abbé Pierre met en évidence l'impact des mauvaises conditions d'habitat sur la santé. Le froid et l'humidité, qui frappent un Français sur cinq, causent ainsi de nombreuses maladies chez les familles en situation de précarité énergétique.   

12 millions de personnes sont touchées par la crise du logement en France

« Dans un logement insalubre, il n’y a pas que les murs qui s’abîment. Il y a les gens aussi ! » Le message du dernier clip vidéo de la Fondation Abbé Pierre est sans ambiguïté. Dans son 21ème rapport annuel sur l’état du mal-logement en France, la Fondation met le doigt sur les conséquences sanitaires des conditions de vie difficiles des 12 millions de personnes « fragilisées par la crise du logement » selon son délégué général Christophe Robert.

Forte précarité énergétique

S’appuyant sur plusieurs enquêtes, dont celle de l’Insee sur le logement entre 2006 et 2013, la Fondation Abbé Pierre évalue à 3,8 millions le nombre de personnes qui n’habitent pas chez elles ou occupent un habitat dans des conditions « très difficiles ». S’ajoutent à ces effectifs ceux des Français qui vivent en situation de surpeuplement « modéré », c’est-à-dire à qui il manque une pièce, au nombre de 4,3 millions ainsi que les 1,2 millions de locataires confrontés à des impayés de loyers ou de charges ou encore 1,1 million de propriétaires occupants résidant dans une copropriété en difficulté.

Conséquence de ces conditions de logement particulièrement contraignantes, de nombreux Français se trouvent exposés à la précarité énergétique. « En 2013, 4.767.000 ménages, soit 11.026.000 personnes, se sont plaints d’avoir eu froid d’après l’enquête nationale Logement de l’Insee », rappelle le rapport annuel. Une situation principalement due aux difficultés financières des ménages concernés : « Le nombre de personnes qui n’allument plus leur chauffage a augmenté de 44% entre 2006 et 2013 », détaille le directeur des études de la Fondation Manuel Domergue.

Intoxications, saturnisme infantile, des symptômes inquiétants

Le risque pour un enfant d’être affecté par des sifflements respiratoires est ainsi quadruplé par rapport aux Français qui vivent dans des conditions décentes. Citant une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), « le fait d’habiter dans un logement difficile à chauffer accroît de 50% le risque de se déclarer en mauvaise santé », rappelle la Fondation.

L’humidité sur les murs qui résulte de ces conditions entraîne ainsi la prolifération de moisissures et la hausse des pathologies allergiques ou respiratoires. Pour remédier à ces situations, de nombreux ménages font appel au système D, comme des chauffages inadaptés ou des installations défectueuses, et courent le risque d’un empoisonnement. « Un mort par jour est dû aux intoxications au monoxyde de carbone », alerte à ce sujet Manuel Domergue.

Autre inquiétude de la Fondation Abbé Pierre, le saturnisme infantile, c’est-à-dire l’intoxication du sang par le plomb, touchait encore 5.333 enfants en 2008-2009, soit 0,11% des enfants de 1 à 6 ans. Si ce pourcentage a été divisé par 20 par rapport à la période 1995-1996, ce risque reste bel et bien présent selon les auteurs du rapport.

Par ailleurs, les symptômes physiques ne sont pas les seuls à se manifester chez les populations exposées au mal-logement. « Nous observons également des conséquences sur la santé psychologique et mentale », explique le président de la Fondation Raymond Etienne. Chez les populations précaires, 48% des adultes souffrent ainsi de migraines et 41% d’anxiété et de dépression, contre 32% et 29% pour les Français qui vivent dans des conditions décentes.

Des critiques et des solutions

La Fondation Abbé Pierre appelle ainsi les pouvoirs publics à « agir avant qu’il ne soit trop tard », en développant les structures à « bas seuils » d’exigence, qui acceptent les ménages en difficulté sans condition, notamment les sans domicile fixe. La généralisation de nouveaux modes d’hébergement, comme « Un chez soi d’abord » pour les personnes sans-abri atteintes de troubles psychiatriques sévères doit également être élargie. « Un premier bilan présenté en décembre 2014 indique que 86% des 350 personnes logées et accompagnées entre 2011 et 2014 étaient encore dans leur logement deux ans après », note la Fondation.

Par ailleurs, elle demande plus de volontarisme politique et de moyens pour combattre la précarité énergétique. Ce malgré la création du chèque énergie en remplacement des tarifs sociaux du gaz et de l’électricité, généralisé le 1er janvier 2018. « D’après les premières annonces, le budget serait le même que pour les tarifs sociaux, alors que le chèque bénéficierait à trois fois plus de ménages (4 millions), laissant augurer un risque de saupoudrage des aides », dénonce-t-elle.

Surtout, la Fondation Abbé Pierre enjoint le ministère du Logement à atteindre ses objectifs, dont celui de 500.000 logements construits par an, parmi lesquels 150.000 logements sociaux ainsi qu’une meilleure mise en œuvre du Droit au logement opposable (Dalo). Des objectifs aujourd’hui « bien loin d’être atteints », regrette-t-elle. La régulation des prix de l’immobilier, à travers notamment l’encadrement des loyers, jusqu’ici trop peu utilisé selon la Fondation, doit également devenir une priorité.

Pour en savoir plus sur le mal-logement
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