SDF, surpeuplement, impayés… Les symptômes de la crise du logement


La fondation Abbé Pierre a publié son rapport annuel sur les chiffres du mal-logement. 3,8 millions de personnes sont mal logées en France et 12,1 millions sont en situation de fragilité. Absence de domicile, surpeuplement, impayés... Tour d'horizon des différentes facettes de la crise du logement.  

Les nombreuses facettes de la crise du logement

Plus d’un Français sur cinq subit, d’une manière ou d’une autre, la crise du logement. C’est une des conclusions du rapport annuel de la fondation Abbé Pierre sur le mal-logement publié jeudi 17 décembre 2015. En éliminant les double-compte*, la fondation recense ainsi 14,466 millions de Français qui connaissent des difficultés pour se loger dans des conditions décentes. Derrière les chiffres, tous les ménages ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes.

• 3,8 millions de mal ou non logés

C’est le « noyau dur du mal-logement » selon l’association. 3,798 millions de personnes sont mal logées ou privées de domicile personnel. 2,879 millions vivent dans des conditions difficiles, dont un peu plus de 2 millions de personnes « privées de confort car leur logement ne possède pas d’eau courante, de WC intérieur, de douche, de moyen de chauffage ou de coin cuisine » ou parce que leur façade est très dégradée.

La population non logée (894.500 personnes) se divise quant à elle en deux groupes. D’un côté, la fondation Abbé Pierre met en avant le chiffre de 141.500 SDF tiré de l’enquête Sans-domicile de l’Insee publiée en 2012. De l’autre, elle évoque 643.000 personnes « hébergées chez des tiers de manière très contrainte », comme les enfants qui reviennent vivre chez leurs parents, les jeunes dans l’incapacité financière de quitter le domicile parental ou les personnes logées chez un tiers « sans lien de parenté direct ».

• 5,7 millions qui paient trop

Nombreux sont les Français dont l’effort financier pour se loger est considéré comme excessif par la fondation Abbé Pierre. Celle-ci dénombre 5,732 millions de personnes « qui consacrent plus de 35% de leurs revenus à leurs dépenses de logement, ne leur laissant qu’un revenu inférieur à 65% du seuil de pauvreté, soit 650 euros par mois » et par adulte.

• 4,3 millions avec une pièce en moins

Le mal-logement n’est pas qu’une affaire de dépenses. 4,299 millions de Français vivent en surpeuplement « modéré », c’est-à-dire dans un logement auquel il manque une pièce pour répondre à leurs besoins. De plus, l’association pointe 934.000 cas de surpeuplement aggravé (deux pièces manquantes) parmi les 3,8 millions de mal ou non logés. Signe inquiétant, le rapport souligne que le surpeuplement est reparti à la hausse entre 2006 et 2013 alors qu’il a été pratiquement divisé par deux entre 1984 et 2006. Ce qui, en creux, permet d’établir un lien entre crise du logement et crise économique, qui sévit depuis 2008.

• 3,5 millions de précaires énergétiques

L’hiver 2015 n’est pas doux pour tout le monde. 3,558 millions de personnes sont considérées en situation de précarité énergétique, soit parce qu’elles assument des dépenses excessives au regard de leurs revenus pour se chauffer, soit parce qu’elles subissent le froid dans leur domicile. « Alors que seuls 10,9% des ménages s’en plaignaient en 1996, ce taux est monté à 14,8% en 2002 puis 18,8% en 2013 », souligne le rapport. La fondation concède que « cette évolution reflète sans doute avant tout un changement des représentations du confort thermique », bien que les chiffres « demeurent alarmants » : entre 2006 et 2013, le nombre de Français déclarant avoir subi le froid à leur domicile et n’avoir pas mis le chauffage pour des raisons financières a par exemple grimpé de 44% (1,605 million de personnes).

• 1,2 million de locataires confrontés aux impayés

Les impayés de loyers ou de charges touchaient 1,21 million de locataires dans l’enquête Logement menée par l’Insee en 2013. La même étude fait état de 352.000 propriétaires en retard pour rembourser leur crédit immobilier, en hausse de 17% depuis 2006. Une précédente étude de la fondation Abbé Pierre publiée en novembre 2015 relevait que la France affichait un des niveaux d’arriérés de loyers et de remboursement d’emprunt parmi les plus forts d’Europe.

• 1,1 million de copropriétaires occupants en difficulté

Enfin, le rapport met en lumière la situation des habitants de copropriétés dégradées, « subissant un très mauvais fonctionnement, des impayés de charge nombreux et importants ou une absence de travaux d’entretien ». L’association dénombre ainsi 1,123 million de copropriétaires occupants dans cette situation (+8% entre 2006 et 2013), le nombre de locataires n’ayant pas pu être identifié sur la base de l’enquête Logement de l’Insee.

*Certains ménages cumulent plusieurs difficultés de logement et ressortent dans plusieurs catégories.