« Tous les syndics ne vont pas augmenter leurs tarifs de 20% »


INTERVIEW Les syndics de copropriété tentent d'augmenter leurs honoraires de 20% selon l'ARC. Si les tarifs vont bien augmenter, Rachid Laaraj, président du courtier en syndics Syneval, souligne la différence entre grands groupes et indépendants.  

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Toutsurmesfinances.com : Pourquoi l’Association des responsables de copropriétés (ARC) évoque-t-elle des hausses des honoraires de syndics ?

Rachid Laaraj : On parle d’une augmentation car la loi Alur sur le logement change l’encadrement des frais de syndic. Avant l’arrêté Novelli définissait une liste de prestations minimum à intégrer dans les forfaits annuels : les autres pouvaient être facturées en dehors. La loi Alur inverse cette logique en fixant une liste limitative de prestations hors forfait [à déterminer par décret, NDLR]. Toutes les prestations qui étaient jusqu’ici facturées hors forfait et qui ne figureront pas sur la liste devront donc être réintégrées dans les forfaits.

 

De plus, la loi interdit le recours au compte bancaire commun, ouvert au nom du syndic, pour les copropriétés de plus de 15 lots. Jusqu’ici, il était possible de choisir entre compte commun et comptes séparés pour les fonds de la copropriété et ceux du syndic. Or, les grands groupes faisaient travailler les comptes communs pour en tirer des revenus financiers. L’interdiction crée donc un manque à gagner qu’ils cherchent à compenser. Il y a donc deux effets qui se cumulent et qui expliquent que les tarifs de syndic vont augmenter.

 

On parle d’une hausse de 20% des tarifs. Est-ce avéré ?

Tant que le décret définissant les prestations hors forfait n’est pas publié, c’est difficile de donner une estimation. Ce que dit l’ARC n’est pas faux : nous recevons des demandes de copropriétaires qui nous expliquent qu’on leur annonce des hausses de 20%. Mais ce n’est pas représentatif du marché car il faut distinguer les grands groupes des indépendants.

 

Les syndics de grands groupes se rémunèrent massivement sur les revenus financiers tirés des comptes communs, d’où une augmentation plus sensible des frais. Ce n’est pas le cas des petites structures qui sont loin de ces considérations. Pour ces dernières, les premières grilles tarifaires dont nous disposons indiquent plutôt des hausses de 5%. Il n’y donc pas d’augmentation généralisée de 20% à venir pour tous les copropriétaires.

 

Quelle est la proportion de copropriétés gérées par des grands groupes ?

La très grande majorité des 12.000 syndics existants est composée de petites structures. Sur l’ensemble des copropriétés [560.000, pour 8,4 millions de logements*, NDLR], environ la moitié est gérée par des grands groupes qui peuvent s’occuper de 100.000 copropriétés, voire plus. L’autre moitié dépend de syndics indépendants de taille beaucoup plus réduite.

 

Quand est-ce que la hausse des honoraires va impacter les copropriétaires ?

Dès 2015. Le compte bancaire séparé devient obligatoire un an après l’entrée en vigueur de la loi Alur, soit fin mars 2015. Les syndics anticipent donc cette disposition et commencent à indiquer les hausses de tarifs durant les assemblées générales de copropriétaires, qui se tiennent majoritairement entre mars et juillet.

 

Propos recueillis par Thibault Fingonnet

 

*Source : Enquête Insee sur le logement datée de 2006