Air France demande la suspension de la taxe Chirac sur les billets d’avion


La taxe de solidarité sur les billets d'avion, surnommée taxe Chirac, est vivement critiquée par Air France. Dans un courrier adressé au ministère des Finances, la compagnie aérienne demande purement et simplement un moratoire sur ce prélèvement.  

Air France veut suspendre la taxe Chirac sur les billets d’avion

La taxe Chirac a du plomb dans l’aile. Le ministre des Finances et des Comptes publics Michel Sapin a reçu une lettre signée du PDG d’Air France Frédéric Gagey et du patron du groupe Air France-KLM Alexandre de Juniac l’enjoignant à mettre en place un moratoire sur la taxe de solidarité sur les billets d’avion, plus communément appelée taxe Chirac.

Dans ce courrier daté du 30 avril, les deux dirigeants expliquent que ce prélèvement affecté au Fonds de Solidarité pour le Développement, qui finance le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de la facilité internationale d’achat de médicaments (UNITAID), « représente en effet un coût supplémentaire de 90 millions d’euros ».

Une taxe dans « un environnement ultra concurrentiel »

Air France-KLM avait déjà marqué son opposition au relèvement de la taxe Chirac, décidé dans le cadre du vote du Budget pour 2014 et effectif depuis le 1er avril 2014. Cette hausse de 12,7% avait eu pour effet de porter le montant de la taxe à 11,13 euros pour un billet en classe économique pour un vol dans l’espace européen et jusqu’à 45,07 euros pour un trajet en première classe ou en classe affaires hors de cette zone. Un surcoût supporté par les passagers et « qui affecte directement la compétitivité des compagnies aériennes françaises face à la concurrence des opérateurs étrangers », dont la plupart ne paient pas la taxe.

Frédéric Gagey et Alexandre de Juniac s’appuient dans leur courrier adressé à Bercy sur le rapport du groupe de travail « Compétitivité du transport aérien français », remis au gouvernement en novembre 2014. Dans ce document, la taxe de solidarité est pointée du doigt pour son assiette trop restreinte et mal ciblée : « Le transport aérien français ne peut plus supporter cette taxe dans l’environnement ultra concurrentiel qui est désormais le sien. » Le rapport proposait notamment de transférer le poids de la taxe sur le secteur de la grande distribution.

Des réserves élevées

Les dirigeants du groupe mettent également en avant un autre élément plaidant en faveur de la suspension de la taxe de solidarité. UNITAID, qui lutte contre les grandes maladies (VIH/sida, paludisme et tuberculose) dans les pays en développement, et dont la France est le premier contributeur, avec 1,395 milliard de dollars, soit 58% du budget, « dispose d’une réserve financière de 706 millions de dollars ». UNITAID « pourrait donc poursuivre ses actions humanitaires, au même rythme qu’aujourd’hui et pendant 5 ans, sans collecte supplémentaire », est-il indiqué dans la lettre, qui reprend des informations du magazine Capital.

Des données contestées par UNITAID qui explique dans un communiqué que sur 821 millions de dollars de fonds disponibles à fin 2014, 460 millions sont déjà engagés dans des projets. « La capacité de financement d’UNITAID pour 2015 est de 361 millions de dollars dont 200 millions de nouveaux projets qui sont actuellement en cours de développement », poursuit l’organisme, précisant que d’autres appels à projet sont prévus pour le deuxième semestre 2015. « Il est inexact de prétendre qu’UNITAID pourrait financer de nouveaux projets sans ressources supplémentaires dans les années à venir », précise UNITAID.