Pourquoi la libération fiscale intervient de plus en plus tard

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Les Français ont travaillé deux jours supplémentaires pour être « libres fiscalement » et travailler (enfin) pour eux. Une augmentation due à la pression fiscale, élevée en France comparée à ses homologues européens. Décryptage.

 

 calcul impôts

 

En juillet, il n'y a pas que la fête nationale à célébrer. Cela fait maintenant deux jours que vous travaillez pour vous et non pour l'Etat. La « libération fiscale »*, ou le jour où votre revenu vous revient et ne sert plus à payer impôts et cotisations, est tombé le 28 juillet 2014 cette année. Soit deux jours de plus qu'en 2013, selon une étude publiée le 23 juillet 2014, réalisée par l'Institut économique Molinari, un think tank libéral.

 

Le « fardeau fiscal » français : trop d'impôts et de charges...

La France est championne en matière de pression fiscale, ou presque. Seule la Belgique la devance. A titre de comparaison, les salariés allemands ont été libérés fiscalement le 11 juillet, les Italiens et les Espagnols respectivement les 30 et 12 juin. Plus au Nord de l'Europe, les Suédois et les Néerlandais ont travaillé pour eux à partir des 23 et 21 juin. Inversement, la palme du pays le moins imposé revient à Chypre, libre fiscalement dès le 21 mars.

 

Alors que les salaires français sont parmi les plus élevés au sein de l'Union européenne, le pouvoir d'achat réel des ménages est en berne. En cause, le taux de pression fiscale, incluant l'impôt sur le revenu, les charges sociales et la TVA, qui grimpe à 57,17%. Dans le détail, la pression fiscale s'explique par 88% de charges (salariales et patronales), 7% d'impôt sur le revenu et 5% de TVA.

 

Ainsi, si la France se classe 4ème en terme de rémunération salariale, elle chute au 10ème rang lorsqu'il s'agit de pouvoir d'achat réel. Sans surprise, l'étude corrobore que « la pression fiscale et sociale française continue d'augmenter en 2014, en dépit des appels répétés à la « pause » fiscale. L'employeur français doit désormais débourser 233 euros pour que son salarié moyen dispose de 100 euros de pouvoir d'achat ». Ce qui représente 3 euros de plus que l'année passée.

 

...mais des comptes publics en dérapage

L'étude cite comme bouc émissaire les mesures fiscales inscrites au Budget 2014, comme la hausse du taux normal de TVA de 19,6 à 20% en janvier dernier ou encore la fin de l'exonération fiscale du salarié sur la participation de l'employeur aux mutuelles d'entreprise. Avec un tel niveau de prélèvements obligatoires, on pourrait s'attendre à ce que l'Hexagone présente des comptes publics équilibrés, mais il n'en est rien. L'étude pointe que « la France continue de présenter le double inconvénient de figurer à la fois dans les pays les plus fiscalisés, mais aussi dans la catégorie des pays enregistrant les plus forts dérapages des comptes publics ». Un bilan pessimiste qui reste toutefois à nuancer : « Un grand nombre de pays de l'Union européenne ont tenté de rééquilibrer leurs comptes publics en augmentant la fiscalité pesant sur les employeurs et les ménages. »

 

La notion de « libération fiscale » ne fait pas l’unanimité

 

En 2013, l’économiste Henri Sterdyniak avançait que « prétendre que nous travaillons sept mois pour l’Etat n’a aucun sens ». Et la controverse ne s’arrête pas. Pour lui, l’Institut Molinari « souffre de trois défauts ». « Ils oublient d’abord que l’Etat est un producteur », poursuit-il. Traduction, sans les services publics financés par l’Etat, les ménages devraient payer l’enseignement, les hôpitaux… Ils ne prennent pas non plus en compte qu’une partie des prélèvements obligatoires est redistribuée en faveur des ménages, comme la retraite, les prestations familiales ou encore les indemnités maladies. Enfin, Henri Sterdyniak pointait les différences de revenus entre les foyers fiscaux, qui brouillent le calcul.

 

*Le jour de libération fiscale est calculé via le taux de pression fiscale, soit la part des revenus du contribuable dévolue au paiement de l'impôt sur le revenu, des charges (sociales et patronales) et de la TVA. On rapporte ensuite ce taux au nombre de jours dans l'année. On obtient ainsi le jour où les contribuables travaillent symboliquement pour « eux » et non plus pour l'Etat.

 

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