Accident nucléaire : « L’augmentation des investissements dans le secteur des énergies vertes va perdurer »


Depuis la catastrophe au Japon, les valeurs boursières liées aux énergies renouvelables sont plébiscitées par les investisseurs. Pour Olivier Ken, analyste financier spécialisé dans l'environnement à société de gestion Financière de Champlain, au-delà de la catastrophe nucléaire, d'autres facteurs, comme la hausse du prix du baril et la volonté politique renforcée, vont contribuer à l'augmentation à long terme des investissements dans le secteur des énergies vertes.


L’accident de la centrale japonaise de Fukushima survient quand les gouvernements revoient leur politique énergétique. Pensez-vous que cette catastrophe nucléaire peut favoriser la production des énergies renouvelables ?

Olivier Ken : En effet, le début du mois a été marqué dans le secteur solaire par deux annonces réglementaires très attendues par les investisseurs : l’évolution du cadre réglementaire en Italie, [Ndlr : le gouvernement a annoncé début mars qu’il renonçait à fixer une limite en matière d’énergies] et l’annonce par la Chine de son plan quinquennal sur l’énergie. Pékin vient d’annoncer qu’il gelait les autorisations pour la construction de nouvelles centrales nucléaires.
Le marché anticipe déjà les décisions que les différents états vont prendre car on sait que les catastrophes ont un impact clair sur les décisions. De son côté, l’Allemagne a déjà prononcé un moratoire de trois mois sur la prolongation de la durée de vie des centrales ainsi que la fermeture de tous les réacteurs mis en service avant 1980. Depuis, les valeurs du solaire et de l’éolien flambent.
Cette tragédie pourrait effectivement renforcer l’intérêt des Etats pour les économies d’énergies, mais cela me parait trop tôt pour savoir si les politiques vont relever leurs objectifs en matière d’énergie renouvelables. L’Allemagne par exemple a déjà des objectifs très ambitieux. Je ne sais pas si l’on peut attendre davantage.

Le rebond des valeurs des énergies vertes peut-il perdurer selon vous ?

La hausse des investissements peut s’expliquer par un effet de rattrapage sur l’an dernier où le secteur des énergies vertes avait chuté [-13,7% pour EDF Energies Nouvelles, -59,8% pour Theolia, ndlr]. Mais le phénomène de rattrapage, par définition n’est pas permanent. Des éléments extérieurs sont nécessaires pour que le secteur des énergies vertes continue de se développer.
La catastrophe au Japon y contribue de façon durable. L’énergie nucléaire va forcément connaître un coup de frein, qui va se poursuivre sur les 20 prochaines années. Cette tendance sera profitable aux énergies vertes. Les accidents graves, marquent les esprits et choquent les opinions. Aux Etats-Unis, par exemple, depuis l’accident à la centrale nucléaire de Three Mile Island, en Pennsylvanie, en1979, il n’y a pas eu de nouvelles centrales nucléaire construite.

La pression du prix du baril est également un élément qui favorise le développement des énergies vertes?

Effectivement, la pression du prix du baril avec les tensions au Moyen-Orient est un phénomène qui plaide en faveur des énergies renouvelables.
Le troisième facteur concerne la baisse des coûts des panneaux solaires. Les prix des panneaux solaires ont été divisés par trois en trois ans, et ils devraient encore baisser de 20% cette année. Cette baisse des prix se fait sous la pulsion chinoise, qui voit son marché des panneaux solaires s’effondrer.

Pouvez-vous revenir sur l’autre phénomène lié à la crise au Japon : la hausse des rachats de vente à découvert par fonds spéculatifs peut-elle se poursuivre ?

Effectivement, au lendemain de la catastrophe on constatait déjà une hausse des rachats de ventes à découvert par les fonds spéculatifs [Ndlr : la vente à découvert est une technique permettant de gagner de l’argent grâce à la baisse de la valeur d’un actif financier. Cela revient donc à prendre un pari sur la baisse des titres]. Quand Angela Merkel a annoncé le gel des nouveaux projets nucléaires, les fonds spéculatifs ont parié sur cette baisse, et ont racheté les positions. En Allemagne les rachats de ventes ont alors augmenté de 42% en trois jours. Mais ce phénomène est déjà presque terminé. C’était juste l’histoire de quelques jours.