Assurance vie : « L’Euro-Croissance devrait supplanter les fonds euros »


INTERVIEW - La réforme de l'assurance vie va instaurer un nouveau type de contrat baptisé Euro-Croissance. Ces derniers pourraient signer la fin des fonds en euros selon Guillaume Fonteneau, fondateur du site Leblogpatrimoine.com.

guillaume fonteneau

 

Toutsurmesfinances.com : Croyez-vous au succès de l’Euro-Croissance, le nouveau contrat instauré par la réforme de l’assurance vie ?
Guillaume Fonteneau : Oui, j’y crois à 300%. Selon moi, ce sera le contrat d’assurance vie du XXIème siècle. Il constitue une bonne synthèse entre les avantages des fonds en euros et ceux des unités de compte. Comme les premiers, il offre de la sécurité puisque le capital est garanti mais uniquement au-delà de huit ans de détention. Comme les seconds, il devrait servir de bons rendements puisque les assureurs vie n’étant pas obligés de garantir le capital durant les premières années de souscription, ils vont pouvoir prendre davantage de risques dans leur stratégie d’investissement. Ce « troisième pilier », qui s’ajoute aux contrats monosupport et aux contrats multisupports, constitue un vrai changement structurel pour l’assurance vie, et devrait, selon moi, rapidement supplanter les fonds euros.

 

Est-ce à dire que vous souhaitez la fin des fonds euros ?
Mais nous vivons déjà la fin des fonds en euros ! Ces derniers voient leur taux de rendement s’effriter d’année en année. La garantie en capital à tout moment qu’offrent ces supports oblige les assureurs vie à renforcer sensiblement leurs fonds propres pour respecter les nouvelles règles prudentielles. Par ailleurs, les fonds euros sont majoritairement investis en dettes souveraines. Or, il n’est pas exclu que nous devrons faire face un jour à krach obligataire car une bulle s’est constituée autour des emprunts d’Etat. De toute façon, avec l’Euro-Croissance, les fonds en euros vont finir par totalement perdre de leur intérêt. Ceci dit, même les contrats multisupports vont subir une forte pression car plus que du rendement, les Français veulent avant tout de la sécurité.

 

L’Euro-Croissance va-t-il renforcer la concurrence entre assureurs ?
Oui, car les différences de performance d’un contrat à un autre risquent d’être importantes. Ceci dit, tant que les transferts de contrats d’une compagnie à une autre ne seront pas autorisés par la loi, la concurrence restera limitée.

 

Que pensez-vous de l’homogénéisation des prélèvements sociaux sur les multisupports ?
Je pense que cet épisode nous montre que le gouvernement peut changer les règles du jeu à n’importe quel moment. Cette fois-ci, nous nous en sommes bien sortis puisque la mesure concerne uniquement les « vieux » contrats. L’assurance vie demeure encore un eldorado fiscal. Mais ce n’est pas sûr que cela le soit toujours. Qui nous dit que les prélèvements sociaux ne vont pas passer demain de 15,5% à 17% ?

 

Mais alors, que doivent faire les épargnants ?
Je préconise de faire ce que j’appelle un « reset fiscal ». Comme en informatique, il s’agit de « rebooter », de recommencer à zéro, d’épurer sa dette fiscale. Concrètement, cela signifie que si vous avez un contrat d’assurance vie dont l’antériorité est supérieure à huit ans, c’est le moment d’effectuer un rachat total et de profiter des avantages fiscaux tant qu’ils existent encore. Vous pourrez ensuite réinvestir les sommes dans un nouveau contrat, par exemple d’Euro-Croissance. Entre temps, vous aurez touché vos plus-values avec une fiscalité favorable.

Propos recueillis par Jean-Philippe Dubosc

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