Assurance vie : la Banque de France appelle à la poursuite de la baisse des taux


Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau appelle une nouvelle fois à diminuer la rémunération offerte sur les placements sans risque. Notamment l'assurance vie en euros, dont le rendement a encore reculé en 2015.    

La Banque de France demande depuis plusieurs années la baisse du rendement des produits à capital garanti

Les épargnants vont devoir s’habituer à voir leurs placements sécurisés rapporter moins. C’est en tout cas le souhait du gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau qui s’est à nouveau positionné en faveur d’un recul du rendement de l’assurance vie en euros lors des 25èmes Rencontres parlementaires de l’épargne mardi 2 février 2016. A cette occasion, il a repris nombre d’arguments déjà exposés lors de ses vœux à la Place financière de Paris, lundi 18 janvier 2016, dans le sens d’une meilleure allocation de l’épargne des Français dans le financement de l’économie.

Appelant à une diminution de la rémunération de « l’épargne sans risque », l’ancien directeur général délégué de la banque de détail de BNP Paribas a répété qu’« il faudra poursuivre résolument la baisse des rendements de l’assurance vie investie en fonds euros, au-delà des baisses annoncées cette année ».

Un déclin déjà bien amorcé, le taux d’intérêt moyen des supports en euros s’affichant en diminution de 0,20 point en 2015, à 2,30% net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux (15,5%) et fiscalité, après un recul de 0,30 point en 2014. La rémunération des supports garantis des contrats d’assurance vie pourrait ainsi tutoyer la barre symbolique des 2% dès 2016, selon les simulations de la société de conseil financier Axylia.

Voir l’historique des rendements moyens des fonds euros

Les Français privilégient les placements sûrs

L’érosion des rendements de l’assurance vie en euros et des produits à capital garanti de manière plus générale, à l’image du Livret A et son taux de 0,75% ou du plan d’épargne logement (PEL) dont la rémunération a été ramenée à 1,5% brut (1,27% net) le 1er février 2016, devrait affecter une majorité d’épargnants. Comme l’a rappelé François Villeroy de Galhau lors de son discours, les Français se tournent massivement vers des placements sans risques, qui représentent « 63% du patrimoine financier des ménages au troisième trimestre 2015 contre 56% en 2006 ». Ainsi, selon les dernières statistiques sur l’épargne des ménages publiées le 29 janvier par la Banque de France, l’encours total des actifs non risqués détenus par les ménages se montait à 2.758,8 milliards d’euros, les placements non garantis se limitant à 1.618,2 milliards d’euros.

L’indéniable attrait des Français pour l’épargne garantie amène le gouverneur de la Banque de France à rester mesuré dans son ambition de voir les épargnants prendre plus de risques. « Sur la sécurité, c’est-à-dire la protection du capital, l’attachement des épargnants est fort. La pleine prise de risques, avec les perspectives de plus-values associées, restera donc sans doute le fait d’une minorité », avance-t-il. C’est donc un autre levier que l’ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn entend activer, en jouant sur la liquidité de l’épargne. Evoquant la nécessité pour les Français de se constituer des bas de laine pour faire face à l’allongement de la durée de vie, au recul du taux de remplacement des retraites (le ratio entre la pension perçue et le dernier salaire touché) ou au coût grandissant du risque de dépendance, il demande à ce que soient proposés aux épargnants « des produits d’épargne adaptés : moins liquides, assortis ou non d’une protection en capital sur le long terme, et pouvant bénéficier du meilleur rendement des actions sur la durée ». Une référence notamment aux contrats d’assurance vie Euro-Croissance, créés en 2014 et qui n’ont pour l’heure convaincu qu’une très faible minorité d’épargnants.

La France, championne d’Europe de l’assurance vie
En 2015, la France est le pays d’Europe dans lequel l’encours moyen en assurance vie par habitant est le plus élevé. Avec 21.956 euros par Français au troisième trimestre 2015 selon le Tableau de bord de l’épargne en Europe de l’Observatoire de l’épargne européen, l’Hexagone devance largement la Belgique (15.875 euros), le Royaume-Uni (12.762 euros) et l’Allemagne (11.183 euros).