Assurance vie : « Les taux 2013 vont varier du simple au double »


INTERVIEW Cyrille Chartier-Kastler, président-fondateur du site de prescription Good Value for Money et du cabinet de conseil Facts & Figures, tire un premier bilan des taux des fonds en euros des contrats d'assurance vie servis en 2013. Verdict : une baisse qui devrait perdurer en 2014.

Assurance vie : le taux moyen 2013 de 2,70% se confirme

 

Toutsurmesfinances.com : Quelle tendance se dessine pour les taux de rendement 2013 des fonds en euros des contrats d’assurance vie ?
Cyrille Chartier-Kastler : En 2012, l’ACP a relevé une rémunération moyenne de 2,90% pour les contrats individuels, nos données 2,88%. Pour 2013, les annonces de taux dont nous disposons à ce stade font état d’une diminution de 20 centimes par rapport à 2012, à 2,70%. Cette moyenne vaut en particulier pour les contrats grand public, à l’image d’Axa dont les contrats standard ouverts à la vente affichent une rémunération de 2,70% contre 2,90% servis en 2012. Sur les contrats destinés à la clientèle patrimoniale, la baisse se limite pour un certain nombre de contrats à 10 centimes, selon nos premières constatations.

 

Comment expliquer cette diminution, dans la lignée des années précédentes ?
Le taux des OAT (obligations assimilables du Trésor) à 10 ans ont atteint un record à la baisse, avec un écart de plus de 30 points de base entre 2012 et 2013. Et quand les taux des obligations d’Etat diminuent, ce sont les rendements de l’ensemble des obligations corporate (d’entreprises) qui sont également tirés vers le bas. Toutefois, les performances des fonds en euros ont moins baissé que les taux des dettes souveraines entre fin 2011 et 2013. Cela s’explique par la remontée des marchés actions en 2012 et en 2013 qui a permis aux compagnies de reprendre leurs provisions pour risques d’exigibilité (PRE), constituées en 2008 sur les moins-values non-obligataires au cœur de la crise financière. On peut affirmer que l’après crise des Subprime a été soldé. Autre facteur d’explication, la collecte positive mais pas excessive de l’assurance vie en 2013, qui a permis aux gérants des portefeuilles de ne pas être contraints d’investir dans un environnement de taux très bas. Si la collecte d’épargne avait été plus dynamique, les taux 2013 auraient été davantage dilués.

 

Les assureurs ont-ils mis des réserves de côté ?
D’après nos calculs, les provisions pour participations aux excédents (PPE) qui permettent de lisser les performances pendant 8 ans, atteignaient 1,46% de l’encours fin 2012. Les premières annoncent montrent que les PPE seraient encore renforcées fin 2013, ce qui constituera un de facteur d’amortissement de la baisse des taux au cours des années à venir.

 

L’exercice 2013 est clos depuis seulement quelques jours. Faut-il prendre ces performances avec des pincettes ?
Les premières annonces officielles donnent une vision du rendement moyen différente de la réalité. Elles ne concernent que les contrats sur lesquels les assureurs veulent bien communiquer : ceux dont les rendements sont les plus performants, ceux qui sont ouverts à la commercialisation. Ce n’est qu’en mars ou avril 2014 que nous aurons une vision plus claire sur les rendements attribués sur les vieux contrats fermés à la vente, qui tireront alors la moyenne à la baisse. Et pour l’instant, nous ne disposons encore pas des taux des poids lourds du marché, ni ceux des assureurs traditionnels comme Generali, Allianz ou Aviva, ni ceux des bancassureurs comme CNP Assurances (assureur des contrats La Banque Postale et Caisse d’Epargne), Predica (Crédit Agricole, LCL), Sogecap (Société Générale) et BNP Paribas Cardif.

 

« Taux moyen entre 2,40 et 2,60% en 2014 »

 

Peut-on s’attendre à de grands écarts de rendements, à l’image de ceux déjà constatés l’an dernier ?
Ils pourront varier du simple au double. Les meilleurs serviront des taux de rendement au-delà de 3,50%, plus rarement de 4%. A l’autre bout de la chaîne, il faut s’attendre à des performances de l’ordre de 2% servies aux assurés, voire moins. Des niveaux si bas s’expliquent par des politiques de taux différenciées au sein du fonds en euros d’une seule et même compagnie. La dispersion des rendements va perdurer.

 

Pour quelle raison ?
Les grands acteurs comme CNP et Predica ont pour préoccupation première la sécurité des placements. Leur stratégie de gestion d’actifs est très prudente : ils continuent d’acheter des obligations souveraines malgré leur faible rémunération et ont allégé la part des actions dans leurs portefeuilles en prévision de l’application des nouvelles normes prudentielles Solvabilité 2. A l’opposé, des opérateurs de petite à moyenne taille prennent davantage de risques dans leurs choix d’investissement. Il est évident qu’un challenger peut prendre des risques pour conquérir des clients, d’autant plus si l’assurance vie ne représente qu’une petite partie de l’activité de son groupe d’appartenance. C’est ainsi que des opérateurs prennent le parti de s’exposer davantage sur les marchés actions, jusqu’à 10-12% à comparer à 7% en moyenne sur le marché, ou sur les obligations d’entreprises. Je pense par exemple à la MIF dont près des trois-quarts de l’actif était investi en obligations corporate à fin 2012 et donc peu en obligations souveraines moins rentables mais a priori davantage sécurisées.

 

Comment se présentent les taux de l’année 2014 ?

Nos évaluations macroéconomiques à date conduiraient à une nouvelle baisse du rendement en 2014, située entre 10 à 30 centimes, ce qui conduirait à un taux moyen servi situé entre 2,40 et 2,60%. Pour 2014, il y a de grosses incertitudes sur l’évolution du taux du rendement des OAT même si un schéma déflationniste à la japonaise avec des taux très bas semble se dessiner. A l’heure actuelle, l’OAT 10 ans trouve des acheteurs même à 2,40%, un taux auquel il faut retrancher les frais de gestion d’un contrat d’assurance vie pour mesurer son impact sur la performance d’un fonds en euros. Notons également la forte baisse de rendement des obligations souveraines italiennes et espagnoles. Et les niveaux actuels du CAC 40 ne permettront pas de rééditer les plus-values engrangées en 2013.

 

Propos recueillis par Olivier Brunet