Assurance vie : rendement en baisse et réserves en hausse en 2015


Baisse des taux, provisions, appels répétés des autorités de tutelle à la modération... Les signaux concordants militent pour un nouvel affaissement des performances des fonds en euros, autour de 2,25% en moyenne. Mais cela pourrait être pire...  

Les rendements de l'assurance vie en euros baissent en 2015

La lente agonie du fonds en euros devrait perdurer. A l’aube de l’annonce des performances des contrats et supports en euros pour 2015, tout porte à croire que la diminution des taux de rendement engagée il y a plus de 20 ans va se poursuivre.

Taux compris entre 2,15% et 2,30%

Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures et du site de prescription Good Value For Money, estime que les taux moyens devraient atteindre 2,25% net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux (CSG-CRDS) cette année contre 2,50% en 2014. « Ce n’est qu’une estimation, qui comporte une marge d’erreur par rapport au résultat final. Mais nous devrions ne pas nous en éloigner. La fourchette devrait se situer entre 2,15% et 2,30% », évalue-t-il.

Ce recul attendu reflète d’abord une prudence qui anime nombre de compagnies. Dans un contexte de taux durablement bas pour nombre d’experts et d’économistes, elles ont tout intérêt à constituer des provisions pour minimiser la chute des performances pour les années à venir. Un moyen d’éloigner la perspective fatidique d’un rendement nul, qui ferait fuir les épargnants. Surtout si les taux venaient à remonter à la fin de la décennie.

Renforcement des réserves

Cyrille Chartier-Kastler anticipe ainsi un nouveau renforcement des réserves en 2015 avec un « rechargement des provisions pour participation aux bénéfices (PPB) de 20 centimes ». Cette PPB a été confortée progressivement ces dernières années, de 1,41% des encours à fin 2012 à 1,75% en 2013 puis 2,10% en 2014 selon Facts & Figures. Un mouvement qui répond aux appels à la modération répétés des régulateurs financiers, le dernier émanant du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF).

La diminution des rendements reflèterait en outre la poursuite de la baisse des taux des obligations d’Etat, qui garnissent une bonne part des fonds en euros. L’OAT 10 ans, indicateur de référence de la dette de l’Etat Français, devrait ainsi passer sous la barre symbolique des 1% de taux moyen cette année contre 1,66% en 2014. Mais la transposition ne devrait être que partielle grâce aux obligations anciennes encore détenues dans les portefeuilles des compagnies, qui rapportent davantage que celles nouvellement souscrites.

Pour certains experts, ce décalage entre rendements obligataires et taux des fonds euros est problématique. « L’enjeu consiste à les baisser sérieusement. Il devient urgent que les assureurs passent la barre psychologique des 2% pour refléter un peu mieux dans la baisse du taux servi celle de l’OAT, dont ils s’éloignent depuis 3 ans », juge Valéry Jost, associé du cabinet d’actuaires Forsides.

Selon ce dernier, il en va de l’intérêt des anciens clients qui risquent paradoxalement d’être lésés par des performances trop déconnectées du contexte actuel de taux. « Si le décrochage entre l’OAT et les taux fonds en euros se creuse, l’attractivité du fonds en euros sera encore renforcée ce qui accentue le risque de dilution des performances et empêche les produits alternatifs d’émerger : toute collecte nouvelle pénalise le rendement pour l’épargne en place puisqu’elle s’investit sur la base de taux très bas, même s’ils peuvent être supérieurs à ceux d’une OAT à 0,90% », considère-t-il. Rendez-vous fin janvier 2016 à l’annonce des performances de l’année écoulée pour l’ensemble du marché.