Bercy et la Banque de France en désaccord sur le taux du Livret A


La rémunération du Livret A ne baissera pas au 1er février 2014. Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici a décidé de maintenir ce taux à 1,25% en ignorant la recommandation de la Banque de France. Un désaccord toujours visible sur Twitter.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer

 

Le torchon brûle-t-il entre Bercy et la Banque de France ? Sans aller jusqu’à parler de polémique entre le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, et le gouverneur de l’institution bicentenaire, Christian Noyer, force est de constater que l’épisode de la revalorisation du taux du Livret A manifeste un désaccord entre les deux hommes. L’annonce du maintien d’un taux de 1,25% au 1er février 2014 par Pierre Moscovici sur Radio Classique mercredi 15 janvier a en effet succédé à un communiqué de la Banque de France précisant que Christian Noyer « propose […] de fixer le taux du livret A à 1,00% ».

 

Si les deux hommes mettent en avant la nécessité de « préserver globalement le pouvoir d’achat des épargnants », le « timing » de leurs annonces respectives, à quelques minutes d’intervalle, illustre la cacophonie qui règne entre le ministère et l’institution chargé d’émettre une recommandation sur le taux du Livret A. Cette confusion s’est par ailleurs confirmée sur les réseaux sociaux, la Banque de France annonçant les nouveaux taux de l’épargne réglementée sans laisser l’ombre d’un doute :

Quasi-simultanément, Pierre Moscovici a publié un message ne laissant guère de place à l’interprétation sur le site de micro blogging :

Pour la Banque de France, le taux du Livret A à 1% sur Twitter

Interviewé jeudi 16 janvier 2014 sur l’antenne d’Europe 1, Christian Noyer est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à recommander une rémunération de 1% pour le livret d’épargne préféré des Français. « J’ai pensé que c’était bon parce que ce qu’on donne aux épargnants on le prend aux emprunteurs », s’est justifié le haut fonctionnaire. Questionné sur la mésentente entre Bercy et la Banque de France sur la fixation de ce taux, si Christian Noyer s’est bien gardé de créer une polémique, il n’est pas revenu sur son jugement concernant le rendement du Livret A : « C’est un désaccord. Je respecte son point de vue [de Pierre Moscovici, NDLR] mais je n’ai pas changé d’opinion, je n’ai pas à changer d’opinion. »

 

« C’est moins bon pour la croissance et l’emploi bien sûr, a-t-il poursuivi en réponse à une question de Jean-Pierre Elkabbach. C’est une décision politique et je la respecte », a reconnu le gouverneur de la Banque de France, égratignant au passage le locataire de Bercy. Sauf le taux du Livret A reste affiché à 1% sur le compte Twitter de l’institution financière, laquelle n’a pris la peine de tenir compte de l’arbitrage du ministre dans un nouveau tweet.

 

Quoi qu’il en soit, cet épisode remet plus que jamais en question le rôle de la Banque de France dans la revalorisation du taux du Livret A. Déjà, en janvier et juillet 2013, Christian Noyer s’était rangé à l’avis de Bercy, concédant un coup de pouce à la rémunération du livret, malgré sa réticence à lui accorder un taux trop élevé. A deux reprises, le gouverneur Banque de France avait consenti un geste en faveur des épargnants dans ses recommandations, après un entretien avec le ministre de l’Economie. Cette fois, et malgré une rencontre entre les deux hommes, aucun accord n’a pu être trouvé

 

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