Bien comprendre le forex pour limiter les risques

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placement, forex

Qui n'a jamais été tenté de devenir trader en entendant l'une de ces récentes publicités lui promettant de multiplier sa mise par dix ou même par cent en quelques heures grâce au forex ? Attention, ces instruments simples en apparence, cachent une complexité qu'il est préférable de maîtriser avant de se lancer...

 De prime abord, il semble facile de miser sur le forex (contraction de « foreign exchange »), ces produits financiers qui permettent d'échanger des paires de devises au gré des fluctuations de leurs taux de change. Pour comprendre la parité entre l'euro et le franc suisse ou entre le dollar et le yen, nul besoin d'analyse complexe : il « suffit » en effet, en théorie, de scruter les politiques menées par les Banques centrales et de suivre les grandes tendances de fond liées aux décisions économiques des grandes institutions mondiales : BCE, FMI, etc.

 

Mais avant, l'investisseur devra choisir entre les différents produits mis à sa disposition sur le marché des changes. « Il existe deux grandes familles d'instruments », décrit Simon Rocrelle, trader indépendant sur le marché du forex, « les contrats de change à terme, qui s'échangent au comptant avec une livraison décalée dans le temps, et les options, plus complexes qui peuvent regrouper des produits de type barrière, asiatique, option sur option, etc. », poursuit-il. Preuve de cette inventivité : « Nous venons de créer les premiers leverage [produit financier à effet de levier, NDLR] sur devise depuis un mois seulement », annonce Thibault Renout, responsable des produits de Bourse chez Commerzbank.

À la portée de tous

Ce marché « de gré à gré » et non réglementé s'est aujourd'hui ouvert aux particuliers. Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels (les zinzins), il s'est démocratisé depuis quelques années à la faveur de l'Internet haut-débit et de l'entrée en application en 2007 de la directive européenne MiFID, qui autorise notamment les particuliers à négocier sur le marché des changes pour des montants plus faibles par l'intermédiaire de courtiers.

Cet essor est tel que le forex est devenu le deuxième marché financier mondial en termes de volume global, derrière celui des taux d'intérêt. Selon un rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI), le volume moyen quotidien de transactions sur le forex a ainsi atteint 3.981 milliards de dollars en 2010, contre 3.324 milliards en 2007, soit une augmentation de près de 20% en trois ans. « Il s'agit du marché financier le plus liquide, à ne pas confondre avec volatile. Au contraire, ces échanges très importants permettent de limiter la volatilité en lissant les variations de cours », avance Simon Rocrelle. Un développement exponentiel débuté avec l'adoption d'un régime de change flottant lors la suspension des accords de Bretton Woods en 1971 mettant fin au système des taux de change fixes et de la référence à l'étalon or.

« Cette activité s'est aujourd'hui vulgarisée chez les investisseurs particuliers », constate ainsi le trader. Ceux-ci représentent aujourd'hui environ 5% des transactions sur le forex. En témoigne la prolifération, en particulier sur Internet, de nombreuses plateformes de trading spécialisées sur le forex et accessibles aux particuliers pour une mise de départ d'une centaine d'euros voire moins, comme Xtb, trader-forex, ou fxcm pour ne citer que celles-ci.

 

Pile ou face ?

Le problème vient du fait que tous ces produits, devenus faciles d'accès permettent des effets de leviers très importants, pouvant aller jusqu'à 500 fois sa mise ! « Le concept est vendu simplement pour attirer les particuliers, mais attention, l'utilisation de ces produits est en fait extrêmement compliquée », prévient Simon Rocrelle.

En pratique, le broker se charge de calculer la marge de l'investisseur particulier mais également de couper ses positions lorsque ses pertes atteignent entre 80 et 90% de son capital de départ... Car attention à l'effet casino ! « Les pertes peuvent être très rapides en quelques heures ou quelques minutes parfois », avertit le trader. Les boursicoteurs doivent donc être particulièrement conscients des risques liés à l'effet de levier, ce financement par un recours à l'endettement entraînant la possibilité de subir des pertes importantes malgré de faibles mouvements de marché. « Si ces produits impliquent en théorie des risques de pertes illimités, ces mécanismes permettent en général de les border au montant de votre investissement d'origine », nuance-t-il. « Rien n'interdit aux investisseurs de tenter leur chance avec ce type d'instruments dès lors qu'ils sont avertis et connaissent les rouages des marchés sur lesquels ils interviennent », considère le trader. « Même pour des investisseurs actifs, débuter par des devises apparaît trop risqué. Ce marché demande en effet beaucoup d'informations afin d'apprécier la lisibilité de ces mouvements : taux d'intérêt, masses monétaires, politiques des banques centrales ou politiques budgétaires des gouvernements, santé économique des Etats, etc. », énumère Thibault Renout.

De fait, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a publié plusieurs avertissements sur ces produits financiers, alertant notamment les particuliers sur les risques encourus à négocier sur le forex avec certains courtiers non autorisés. « Les prestataires doivent être agréés en tant que prestataires de services d'investissement », précise le régulateur des marchés, de même que les intermédiaires étrangers « doivent également être préalablement agréés dans leur Etat d'origine ». Une liste de ces établissements est disponible sur le site de la Banque de France. L'AMF rappelle par ailleurs que ces produits « ne peuvent pas faire l'objet de démarchage ». L'autorité précise en outre que ces prestataires doivent veiller « à se soumettre aux règles de bonne conduite prévues par la réglementation » relative aux instruments financiers dits « complexes ».

La revanche des machines

A l'origine, les produits financiers présents sur le forex n'étaient pas des instruments spéculatifs. Au contraire, ils ont été créés pour se couvrir contre les risques de change, en particulier pour les entreprises connaissant des échanges entre plusieurs devises en fonction de leurs différentes zones géographiques d'activité. Mais certaines avancées technologiques ont petit-à-petit dévoyé leur utilisation. A commencer par la robotisation des échanges et le trading à haute fréquence. Un travers « amplifié par le comportement moutonnier de nombreux acteurs qui se soucient plus du comportement des autres acteurs que des marchés eux-mêmes », critique Simon Rocrelle.

L'automatisation des transferts a ainsi permis l'émergence de nouvelles stratégies d'investissement sur le marché du forex. Elles portent les noms barbares de « scalping », des prises de positions très agressives et de très court terme, quelques minutes voire quelques secondes seulement, de « daytrading », des positions fréquentes et répétées plusieurs fois dans la même journée, ou encore de « swing trading », qui mise à moyen terme (environ 4 heures) sur des mouvements et des tendances de marché plus faciles à discerner. « C'est plutôt cette technique qui doit être privilégiée par les particuliers », conseille Simon Rocrelle.

Paire d'approches

Pour ce faire, l'investisseur particulier peut se reposer sur deux approches : l'analyse fondamentale, basée sur une étude macro et micro-économique précédant la prise de décision ou l'analyse technique, qui oriente les choix d'investissement à partir de l'étude graphique des cours. « Certains investisseurs ne touchent pas aux devises et préfèrent les actions. Pour d'autres c'est le contraire. Ce choix est déterminé par l'appétence de chacun aux sous-jacents. Ceux qui apprécient les analyses techniques en particulier apprécient fortement les produits de devise », analyse Thibault Renout. « Ces deux approches doivent être complémentaires : l'approche fondamentale permet de comprendre et anticiper les évolutions de cours, tandis que l'analyse technique donne à l'investisseur la possibilité de prendre des positions de manière plus précise », juge de son côté Simon Rocrelle. Dans ce domaine, la tâche du particulier est facilitée. La grande majorité des plateformes de trading met ainsi à sa disposition ce type d'outil, allant de l'information financière classique aux analyses graphiques commentées. « Avant de se lancer, les particuliers doivent se renseigner le plus possible sur l'environnement économique mais également comparer, en fonction de leur profil et de leur fréquence d'investissement, les plateformes, notamment sur la notion de spread, sur lequel se rémunère le broker », avertit Simon Rocrelle.

 

Comment est calculé une plus ou moins-value sur le marché du forex ? Prenons un exemple. Imaginions que vous misiez 1.000 euros sur une hausse de la parité EUR/USD, en espérant une appréciation de l’euro par rapport au dollar. Si la parité entre ces devises évolue favorablement de 1,2898 (cours en séance du 15 mai 2013) à 1,3500 (soyons optimiste), alors votre gain s’élèvera à : (1,3500 – 1,2898) * 1.000 = 60,20 dollars. Bienvenue dans l’univers du forex !
 

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