Bourse : « Après la purge, une stabilisation des marchés en 2016 »


INTERVIEW - Depuis six mois, le CAC 40 a décroché de plus de 15%. Les investisseurs se montrent particulièrement pessimistes. Vont-ils parvenir à sortir de cette spirale négative? Alexandre Baradez, responsable de l'analyse financière du site de courtage IG France, nous éclaire sur un éventuel rebond des cours en 2016 et nous indique sur quelles valeurs miser.

Bourse: "Les turbulences ne dépasseront pas le premier trimestre"

 

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi le CAC 40 dévisse depuis le début de l’année ?

Alexandre Baradez, responsable de l’analyse financière chez IG France : On est sur une tendance de correction du marché après une phase haussière que l’on observe depuis 2012, et qui a touché un plus haut en 2015. Une accumulation de facteurs européens, mais surtout mondiaux, tire à présent tous les indices vers le bas, entre la poursuite de la baisse des cours des matières premières, les craintes sur les pays émergents, dont notamment le Brésil, les questions autour de la Chine et de son rythme de croissance. Dans la zone euro, l’incapacité de l’Espagne à former un nouveau gouvernement et les craintes sur le niveau des prêts à risque dans les bilans des banques italiennes contribuent à cette convergence des facteurs de risque depuis le début de l’année.

Comment l’indice pourrait-il évoluer le reste de l’année ?

Je pense que ces turbulences ne dépasseront pas le premier trimestre. La situation va se détendre, peut-être avec l’intervention accrue de la BCE et des Banques centrales mondiales, qui se montrent très accommodantes dans l’environnement actuel. Aux Etats-Unis, la Fed garde un rythme assez faible de durcissement de ses taux. En zone euro, la croissance est quand même présente et la monnaie reste basse par rapport au dollar. Ce sont des éléments qui vont favoriser la stabilisation des marchés.

Une des clés du rebond sera probablement les matières premières, parce qu’elles atteignent des prix exagérément bas par rapport à la réalité économique mondiale. Il suffirait que le cours du baril rebondisse, suite à une décision de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole, ndlr) par exemple, pour mettre fin de manière quasi-instantanée à la baisse des marchés. On est aujourd’hui dans un cercle vicieux : la chute des matières premières tire les pays émergents vers le bas, ce qui freine les Etats développés qui ont moins de débouchés à l’export.

Dans ces conditions, 2016 sera-t-elle une bonne année pour investir en Bourse ?

Nous vivons une période de purge. Mais la situation macroéconomique est plutôt bonne. Les indicateurs de confiance se redressent, de même que les indicateurs manufacturiers et des services. Il n’y a pas de signes d’effondrement de l’économie. On devrait assister à une stabilisation des marchés en 2016, voire à un redémarrage à la hausse. La correction actuelle peut être intéressante pour investir à un horizon de six à douze mois en Bourse. A court terme, c’est-à-dire jusqu’en février, l’accélération des craintes peut générer des grosses poussées baissières.

« Penser aux ETF pour la diversification »

Quels secteurs sont à privilégier ?

Le plus important reste la diversification. Le CAC 40 a une composition favorable dans le contexte actuel, car il comprend des valeurs très variées et beaucoup d’entre elles bénéficient de la faiblesse de l’euro pour leurs exportations. Les entreprises particulièrement exposées aux effets des taux de change sont à privilégier. C’est le cas notamment des groupes du secteur aéronautique, comme Airbus et Safran, qui pourraient de plus profiter de la levée des sanctions contre l’Iran pour signer de nouveaux contrats.

Les valeurs bancaires, comme BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole, me semblent également très intéressantes, dans la mesure où elles ont déjà été impactées par la crise des dettes souveraines et traversé de nombreux épisodes tumultueux. La mise en place de l’union bancaire dans la zone euro va permettre de stabiliser progressivement le secteur et ces valeurs devraient être bien placées pour bénéficier d’un redémarrage du crédit en 2016.

Si l’on s’oriente vers une levée des sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne à l’encontre de la Russie, les groupes appartenant à la grande distribution, comme Carrefour, devraient être bien positionnés. Enfin, les valeurs du luxe, à l’image de LVMH, ont beaucoup souffert de la chute des Etats émergents, dont elles dépendent fortement. Si les cours des matières premières rebondissent, les perspectives dans ces pays vont progressivement s’améliorer.

Faut-il préférer les petites ou des grandes valeurs ?

Toujours des grandes ! Il faut investir dans des groupes qui par leur taille sont suffisamment diversifiés et éclatés géographiquement pour ne pas subir des variations de cours très brutales lorsqu’un pays est en difficulté. Par exemple, si la demande s’affaiblit au Brésil, l’entreprise peut bénéficier d’un redémarrage ailleurs, comme en Russie. Je conseille même de prendre des indices dans son portefeuille, comme les ETF (fonds qui répliquent la performance des indices boursiers, appelés aussi trackers, ndlr), qui correspondent à un panier de grandes valeurs. C’est un bon moyen de limiter le risque.

A l’étranger, sur quels marchés peut-on miser ?

La Bourse allemande, le Dax, me semble bien placé pour rebondir une fois passé le premier trimestre, très volatile. L’économie du pays est très liée à la Russie et à la Chine, deux zones qui pourraient faire l’objet de bonnes surprises en 2016. Je citerais également l’indice espagnol, l’IBEX. Il a suivi la poussée baissière des autres places boursières, mais l’Espagne affiche une belle reprise économique en 2014 et 2015 et présente des perspectives intéressantes pour 2016.