Carmignac Patrimoine : l’heure du risque zéro sur les actions


Carmignac Gestion a fait le choix de réduire à néant l'exposition aux actions de son fonds phare Carmignac Patrimoine, y compris sur les marchés européens. Les gérants préfèrent se tenir à l'abri pour être prêts à saisir des opportunités de rebond ultérieurement.  

L'exposition de Carmignac Patrimoine sur les actions est réduite à zéro en 2016

Un remake de 2008 ? Carmignac Gestion, dont la notoriété est devenue mondiale après avoir permis aux porteurs de parts de son fonds Carmignac Patrimoine de préserver leur capital en pleine tempête financière (le CAC 40 avait perdu plus de 40% en 2008, NDLR) entrevoit une répétition du scénario qui a largement contribué au succès de la maison sise place Vendôme, à Paris.

De 50% à 0% d’actions en moins de 6 mois

« La période nous rappelle un peu la période 2008-2009 où nous avions évité l’essentiel de la baisse avec des couvertures massives de nos fonds et nous nous sommes réinvestis au bon moment, dès l’instant où nous avons vu les premiers signes de retournement économique arriver et les premières initiatives de politique monétaire, observe Frédéric Leroux, gérant global de Carmignac Gestion. Nous sommes actuellement dans cette phase baissière qui verra dans les mois, les trimestres à venir, un rebond extrêmement violent qu’il faudra ne pas rater. Pour ne pas le rater, il ne faudra pas être écœuré par la baisse et être sorti des marchés avant ce rebond. »

De fait, la société de gestion a réduit à néant l’exposition de Carmignac Patrimoine aux actions pour protéger le fonds commun de placement (FCP) de la baisse des cours à l’œuvre depuis plusieurs semaines, en renforçant sa stratégie de couverture. En moins de 6 mois, le fonds a démontré ce que flexibilité voulait dire, en passant d’une exposition actions de 50% (le maximum autorisé dans son prospectus) à zéro.

Fin de l’abondance de liquidités qui a alimenté la hausse

« Ce début d’année [2016] a une connotation résolument négative. Deux grands facteurs nourrissent notre pessimisme : d’abord une économie américaine qui ne tourne pas aussi bien que semble l’indiquer le consensus et une équation de liquidités négative par rapport à ce qu’elle a pu être au cours des 5 ou 6 années antérieures. Cette liquidité abondante [a permis] aux actifs risqués de performer très positivement dans un environnement macro-économique complexe. Sur le plan mondial, les valorisations et les taux de croissance des résultats ne justifient pas forcément les niveaux actuels des actions, justifie Frédéric Leroux. Le jour où les nouvelles macroéconomiques seront franchement mauvaises dans un contexte où la Chine et les Etats-Unis réduisent simultanément la liquidité, il sera extrêmement difficile pour les actions de tenir le choc. On est dans une perspective où nous estimons que l’exposition la plus minimale possible aux actions est la bonne position [à prendre]. Carmignac Patrimoine, qui en a la possibilité, est à 0% d’actions. »

En d’autres termes, Carmignac Patrimoine se protège des conditions de marché afin d’être en mesure de saisir de « grandes » opportunités qu’y pourraient s’y présenter d’ici quelques mois, que ce soit à l’initiative des banques centrales et/ou en cas de chute excessive des valorisations des valeurs.

Pas d’immunité boursière en Europe

Contrairement à de nombreux gestionnaires de portefeuille, Carmignac Gestion ne voit pas dans l’Europe un îlot de surperformance sur les marchés actions. Pour étayer ses dires, Frédéric Leroux s’est appuyé sur l’analyse comparée du comportement boursier entre le S&P 500 (Etats-Unis) et l’Euro Stoxx 50 (Europe) lors des plus fortes baisses des quinze dernières années (2000-2002, 2007-2009 et 2015-2016). « Dans tous les cas, le Vieux Continent est perdant », constate-t-il.

« Lorsque les marchés se mettent à baisser, même si les problèmes viennent des Etats-Unis, que ce soit en 2000 avec la bulle Internet ou en 2008 avec la bulle immobilière, l’Europe souffre plus que les Etats-Unis, note Frédéric Leroux. Même dans l’époque que nous connaissons, depuis l’été 2015 lorsque les marchés se sont retournés, c’est la même chose, l’Europe est dans une dynamique de quantitative easing, donc de politique monétaire extrêmement accommodante alors que les Etats-Unis sont en train de resserrer la leur. Qui souffre le plus depuis les sommets [boursiers] de 2015 ? L’Europe. Donc difficile de dire que l’Europe puisse vraiment constituer une surprise positive sur le plan boursier et même économique au cours des trimestres qui viennent. »

La prudence est également de mise sur les obligations. Dans un contexte de remontée des taux de défaut, Rose Ouahba, gérante de la poche obligataire du fonds, a mis en place des couvertures sur les obligations privées et le high yield (obligations à haut rendement). Elle a tout de même identifié quelques opportunités sur les CLOs (portefeuilles de crédits structurés) européens, les taux coréens à 10 ans, les obligations brésiliennes et mexicaines indexées sur l’inflation et le crédit américain de type investment grade (émetteurs les mieux notés, NDLR).

Performances 2015 de Carmignac Patrimoine : capital préservé mais…
En 2015, Carmignac Patrimoine a affiché une performance de 0,72%. Pas très satisfaisant pour un épargnant qui aurait fait ce choix comme alternative au fonds en euros. Le fonds a fait moins bien que la moyenne de sa catégorie (2,43% pour les fonds diversifiés internationaux de type modéré). Plus prudent dans son approche (les actions ne pouvant y excéder 30%), le fonds Eurose gérés par DNCA Finance auquel il est souvent comparé, a pour sa part vu sa valeur liquidative progresser de 2,8% en 2015, contre 2,3% pour Echiquier Arty, géré par La Financière de l’Echiquier.