Christopher Dembik : « Le secteur bancaire me semble sous-évalué »


INTERVIEW-Depuis début 2016, les craintes qui pèsent sur les marchés boursiers orientent globalement les cours à la baisse. Si le CAC 40 a repris quelques points depuis la mi-février, après avoir chuté jusque sous les 4.000 points, l'évolution de l'indice dans les prochains mois reste très incertaine. Quelle attitude les investisseurs particuliers doivent-ils alors adopter ? Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, nous indique les valeurs à privilégier.

Christopher Dembik : « Nous ne sommes pas dans une crise systémique »

 

Toutsurmesfinances.com : Comment réagir face à la baisse des marchés ?

Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank : La première chose à faire est de ne pas céder à la panique. Et donc de ne pas vendre systématiquement ses titres. C’est l’attitude la moins positive si on se place dans une perspective d’investisseur à long terme. Je pense que les craintes qui s’expriment aujourd’hui sont en partie irrationnelles. On ne se trouve pas dans une crise systémique, nous ne sommes pas dans le même schéma qu’en 2008. Si les marchés connaissent des turbulences d’un point de vue macroéconomique, ce n’est pas pour autant qu’on aura une année blanche en Bourse. Les cours pourraient rebondir en deuxième partie d’année.

Sur quels secteurs les investisseurs particuliers peuvent-ils miser ?

En termes d’évolution et de valorisation boursière, le potentiel de l’Europe est indéniablement beaucoup plus important que celui des Etats-Unis. Le secteur bancaire me paraît notamment sous-évalué. Il a connu d’importantes chutes parce qu’il a été victime des aléas italiens [craintes sur des créances douteuses, ndlr] et allemands [craintes sur la capacité de la Deutsche Bank à payer ses dettes]. Or, les banques françaises devraient encore délivrer de bons chiffres en termes de rentabilité et de bénéfices cette année. Le secteur automobile me semble également pertinent, dans la mesure où de nouveaux marchés s’ouvrent tels que l’Iran, qui contrebalancent le ralentissement de l’économie chinoise.

Déconseilleriez-vous certains secteurs ?

Le luxe ne me semble pas pertinent, car il a atteint une phase de transition. Il s’est beaucoup trop concentré sur le marché chinois, qui ralentit, et a délaissé les consommateurs européens. Si les groupes appartenant à ce secteur ont encore de bons résultats, ceux-ci pourraient se dégrader.
Les secteurs pétroliers et parapétroliers souffrent quant à eux d’un grand manque de visibilité. Je m’en désengagerais complètement, dans la mesure où il y a un risque de faillite qui pourrait concerner à long terme des valeurs cotées.

« Il ne faut pas investir que sur les marchés financiers »

Faut-il privilégier les grandes ou les petites valeurs ?

D’une manière très générale, je pense que les petites et les moyennes valeurs, les midcaps, résisteront mieux au contexte économique actuel. Vous aurez plus d’opportunités parce que ce sont des entreprises qui vont évoluer beaucoup plus en lien avec leur bilan et les contrats signés que les grandes sociétés du CAC 40, plus soumises au contexte macroéconomique mondial. Il existe souvent de belles pépites dans les domaines de l’informatique et de l’Internet, qui ne sont pas survalorisées.

Globalement, est-ce judicieux d’investir en Bourse en 2016 ?

Il est important de ne pas placer son argent uniquement sur les marchés financiers dans de telles périodes. Comme il y a une incertitude, je pense qu’on peut aller sur d’autres types d’investissement, complètement différents, tels que l’immobilier qui reste une valeur sûre en France. On peut également diversifier ses placements en s’orientant vers des valeurs refuge, comme l’or, qui semble avoir un potentiel de hausse en 2016.

Propos recueillis par Thomas Chenel