Crowdfunding : 1ère défaillance d’une PME financée via Unilend


Smok-It, un fabricant de cigarettes électroniques qui a emprunté 75.000 euros sur la plateforme de prêts aux PME Unilend au mois de septembre 2014, a été placée en redressement judiciaire fin novembre. Résultat, plus de 300 épargnants n'ont pas reçu un centime de la troisième échéance de remboursement qui leur était due.  

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Accorder des prêts aux PME à la place des banques n’est pas dénué de risques. C’est l’amer constat que peuvent déplorer 329 prêteurs victimes de la première défaillance d’une entreprise financée directement par l’épargne des particuliers au travers de la plateforme de crowdfunding Unilend, pionnière de cette forme de financement participatif. Révélée par le site Contrepoints, l’information selon laquelle Smok-It, PME spécialisée dans la fabrication de cigarettes électroniques, a déposé son bilan, a été confirmée à Toutsurmesfinances.com par Nicolas Lesur, président-fondateur d’Unilend.

Taux d’intérêt annuel de 9,6%

Rappel des faits. Le 4 septembre 2014, Smok-It boucle sa collecte de fonds sur Unilend au bout d’une campagne de 20 jours et 16 heures. Objectif de l’opération, augmenter sa production pour les grandes surfaces. Résultat : 329 épargnants acceptent d’accorder un prêt de 75.000 euros sur trois ans au taux d’intérêt annuel de 9,6%, légèrement supérieur à la moyenne des 80 projets financés sur Unilend après un an d’existence de la plateforme (9,33%).

Mais moins de trois mois après l’obtention de son financement, Smok-It décide de se placer en cessation de paiements. La faute à un stock de 500.000 euros de marchandises avec nicotine dont n’a pas voulu une enseigne de grande distribution. Dans la foulée, la mise en redressement judiciaire de l’entreprise est prononcée le 27 novembre par le tribunal de commerce. Pour l’épargnant, la sanction tombe : Smok-It n’est pas en mesure d’honorer la troisième de ses 36 échéances, après avoir payé la seconde avec 24 heures de retard.

« Premier incident de paiement »

Réfutant le terme de défaut, Nicolas Lesur parle d’un « premier incident de paiement », tout en précisant que les prêteurs n’ont pas forcément tout perdu. « Les remboursements sont suspendus. Nous avons envoyé un e-mail à tous les prêteurs concernés leur expliquant la marche à suivre pour faire valoir leurs droits au tribunal de commerce », explique-t-il. Autrement dit, en tant que créanciers, ils sont susceptibles de récupérer une partie de leur mise, d’autant que Smok-It n’a pas été placée en liquidation judiciaire.

Pour Nicolas Lesur, la survenance d’une défaillance d’entreprise financée via Unilend est tout sauf une surprise. « Il fallait bien qu’un premier cas se produise. Il n’est pas illogique qu’Unilend soit la première plateforme concernée car nous étions les premiers à proposer une formule de prêt direct aux PME. En un peu plus d’un an d’exercice, c’est statistiquement normal. Nous avons toujours dit qu’à terme, nous constaterions un taux de défaut compris entre 1 et 2% », observe-t-il.

Doit-on y voir une limite à la fixation du taux par les prêteurs, loin d’être tous des professionnels du financement des PME, à des niveaux que les emprunteurs ne sont pas capables d’assumer ? Le dirigeant de la plateforme juge au contraire que cet événement justifie ce mode de fixation du taux pourtant écarté par d’autres plateformes. « 329 prêteurs ont investi sur une communauté qui en compte 2.600, plus de 2.200 ne l’ont pas fait, constate Nicolas Lesur. En choisissant de prêter à une entreprise plutôt qu’à une autre et de fixer le taux eux-mêmes, ils assument la prise de risque, en connaissance de cause. Et sur chacune des pages de notre site, nous rappelons le risque de non-remboursement associé au prêt et la nécessité de répartir ses prêts sur plusieurs projets. »

Illustration des risques inhérents au prêt participatif

Pour Unilend, le processus de sélection des projets financés n’est pas non plus en cause. « En un an, 85 projets ont été financés sur plus de 3.000 dossiers », assure Nicolas Lesur pour démontrer la sélectivité dont sa plateforme fait preuve. Les entreprises sélectionnées doivent avoir réalisé au moins trois exercices comptables, dont un dernier exercice avec un résultat positif, dans le but d’éviter les PME en amorçage trop fragiles. Chacune passe ensuite au crible d’un analyste financier puis d’un comité de risques, non sans avoir présenter un business plan. Enfin, la communauté peut parfaitement juger un dossier peu attractif et ne pas lui prêter les sommes demandées.

On peut tirer au moins deux enseignements de cette histoire : il n’y a pas de rendements élevés (surtout à 7% et plus) sans risques associés et mieux vaut ne prêter que l’argent dont on n’a pas besoin immédiatement. Une petite piqûre de rappel nécessaire au moment où les lancements de plateformes de crowdfunding de prêts aux PME se succèdent à un rythme effréné.

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