Crowdfunding : « Créer une vraie source de financement pour le cinéma indépendant »


INTERVIEW – Antoine Schneider, président de la plateforme Movies Angels, souhaite créer un nouveau canal de financement du cinéma grâce au crowdfunding. Si le modèle peine pour le moment à décoller, l'investissement présente un réel intérêt pour un internaute prêt à prendre quelques risques.  

Antoine Schneider, président de Movies Angels

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi avoir lancé un site de crowdfunding consacré au financement du cinéma ?

Antoine Schneider, président de Movies Angels : Lorsque les premières initiatives ont été lancées dans le crowdfunding pour financer des projets artistiques, je me suis tout de suite posé la question de savoir comment il serait possible d’utiliser ce canal pour le cinéma indépendant.

Notre modèle devait cependant être différent de celui de MyMajorCompany, qui finance la production musicale par le don. En effet, un disque produit dans l’opulence revient à 50.000 euros quand un film exige un minimum d’un million d’euros (le budget moyen d’un film français est de 4 millions d’euros). Par ailleurs, pour financer un long-métrage, le modèle du don n’est pas adapté, ne serait-ce que par rapport au salaire d’un acteur. Cela pose évidemment un problème éthique de demander à des contributeurs de financer gracieusement un artiste qui peut potentiellement toucher plusieurs centaines de milliers d’euros.

Comment la plateforme sélectionne-t-elle les films ?

Nous opérons sur des films dont le budget oscille entre 2 et 4 millions d’euros, c’est-à-dire des projets qui se situent dans la moyenne basse du marché. Le premier critère de notre comité d’investissement est la viabilité économique. Si le coût est trop élevé par rapport au potentiel commercial, nous ne donnons pas suite.

Pour les projets viables, nous rentrons plus dans le détail et l’analyse. Nous nous intéressons alors au scénario puis nous rencontrons le producteur. Enfin, nous sélectionnons les projets qui présentent la plus grande probabilité de rentabilité.

Quel est le rôle de l’investisseur dans le financement ?

Lorsqu’un projet de film entre en phase de montage financier, Movies Angels crée une société par actions simplifiée à capital variable qui va regrouper l’ensemble des investisseurs. Cette société signe alors un contrat de coproduction avec le producteur du film. Les investisseurs deviennent ainsi actionnaires du film.

« Les particuliers investissent dans des projets auxquels ils croient artistiquement et commercialement »

Comment est-il rémunéré ?

Dès la sortie du film, soit environ 18 mois après l’investissement, les investisseurs peuvent toucher des bénéfices sous la forme de dividendes. La majeure partie du capital investi leur sera reversé à la liquidation de la société, qui intervient cinq ans après le bouclage du financement. Cette durée correspond également au temps de blocage des fonds pour les particuliers qui veulent bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu de 18% ou d’impôt de solidarité sur la fortune de 50%. Si un investisseur souhaite céder ses parts avant ce délai, il doit en retrouver un autre qui lui rachètera ses titres. Le cas échéant, nous l’aidons en organisant les échanges entre nos membres.

Quelle rentabilité un particulier peut-il espérer sur Movies Angels ?

Tout dépend évidemment du succès du film. S’il fonctionne correctement, il peut réaliser un gain de 20% sur 5 ans, soit un taux de rendement interne proche de 4% par an, sans compter l’avantage fiscal.

Investir dans le cinéma peut donc être rentable…

C’est tout le but de Movies Angels. Nous voulons créer un modèle vertueux, dans lequel les particuliers investissent car ils aiment le projet et parce qu’ils croient en son potentiel commercial. L’objectif est à terme de créer une vraie source de financement pour le cinéma indépendant.

Quel bilan tirez-vous depuis votre lancement ?

Les trois premiers projets ont été initiés en juin 2015 à partir d’une sélection d’une centaine de films. Ils ont réuni plus de 150.000 euros, ce qui n’est malheureusement pas suffisant. Par conséquent, les investisseurs ont été remboursés. L’activité de la plateforme est actuellement en pause et nous espérons revenir au printemps 2016, accompagnés d’un partenaire.

Propos recueillis par Thibault Lamy

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