Crowdfunding : « Démocratiser l’investissement en actions de PME »


INTERVIEW - Happy Capital est une plateforme de crowdfunding créée en mars 2013, dédiée à l'investissement au capital de start-up et de PME. Pour Philippe Gaborieau, président-fondateur du site, la réforme présentée en février 2014 va populariser ce nouveau mode de financement participatif.

Crowdfunding : la vision de P. Gaborieau de Happy Capital

 

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi avoir lancé un site de crowdfunding ?
Philippe Gaborieau : Je suis issu d’une famille d’entrepreneurs de génération en génération jusqu’à une succession mal préparée qui m’a conduit à devenir salarié en 1994. Après avoir exercé dans des fonctions commerciales et financières, puis de direction générale dans une ETI industrielle, j’ai fondé en 2010 ma propre société de conseil en fusions-acquisitions et en levée de fonds, Bordeaux Consulting Group. Je me suis aperçu qu’il devenait de plus en plus compliqué pour un entrepreneur de lever des capitaux. Les business angels demandent désormais six mois à un an d’historique d’activité pour investir et les tickets d’investissement minimum des fonds de capital-risque sont passés progressivement de 250.000 à 500.000 euros puis à 1 million d’euros. Il y avait un trou dans la chaîne de financement en fonds propres pour l’amorçage des start-up et l’accompagnement des PME dans les premières étapes de leur développement. C’est un client se trouvant dans une impasse qui m’a conduit à sauter le pas et à lancer Happy Capital en mars 2013.

Le crowdfunding, ou « donner un sens à l’épargne »

Quel est le concept de Happy Capital ?
Le but de notre plateforme de financement participatif est de permettre aux dirigeants de PME en croissance de financer leur développement directement auprès du plus grand nombre. Happy Capital donne à cette épargne un accès à des entreprises de toutes maturités – start-up, développement, transmission, reprise d’entreprise en difficulté – et tous secteurs d’activité confondus. Notre démarche vise clairement à démocratiser l’investissement en actions auprès des épargnants.

Que recherchent les membres inscrits sur votre plateforme ?
Donner un sens à leur épargne par un investissement dans l’économie réelle. L’idée est de participer à la vie de l’entreprise financée jusqu’à en devenir un ambassadeur, d’aider l’entrepreneur au quotidien ou dans la définition de sa stratégie. Pour les investisseurs soumis à l’ISF, la notion de placement utile à l’économie, la participation à une aventure entrepreneuriale prend tout son sens par rapport à une épargne investie sur le fonds en euros d’un contrat d’assurance vie. L’avantage fiscal reste un paramètre important pour eux, il sert de déclencheur. 50% de réduction d’ISF jusqu’à 45.000 euros, ce n’est pas rien ! Enfin, un nombre croissant de chefs d’entreprise font le choix de placer une partie de la trésorerie de leur société en financement participatif au lieu de laisser cet argent dormir.

Comment fonctionne votre plateforme d’investissement au capital des PME ?
Nous proposons en permanence 4 à 5 dossiers par mois en direct, sans interposition d’une société holding. Les entreprises à financer sont sélectionnées par nos soins après des diligences rigoureuses. Nous procédons à l’analyse des comptes historiques, du business plan et établissons notre propre valorisation. Des éléments plus subjectifs comme l’impression laissée par le management, que nous rencontrons systématiquement ou le caractère « sexy » d’un dossier entrent également en ligne de compte. Une fois le financement bouclé, l’information trimestrielle des investisseurs est garantie par des dispositions inscrites dans le pacte d’actionnaire.

Quels sont les frais facturés à l’investisseur ?
Happy Capital perçoit une commission de souscription égale à 2% de l’investissement dans la PME.

« La réforme du financement participatif de nature à rassurer le public »

Quels sont les objectifs de Happy Capital pour 2014 ?
En 2013, nous avons financé 4 entreprises pour un montant total de 1 million d’euros. Actuellement, nous finançons entre 1 et 2 dossiers par mois. Notre objectif est de monter à 5 par mois d’ici la fin de l’année puis à une quinzaine en rythme de croisière.

La réforme du crowdfunding a été présentée le 14 février 2014 par Fleur Pellerin. Que va-t-elle changer ?
Le point crucial porte sur l’ouverture des opérations au plus grand nombre. Jusqu’à maintenant, nous ne pouvions pas présenter de projet à plus de 149 investisseurs. La réforme permet de sortir de ce cercle restreint et de lever jusqu’à 1 million d’euros pour chaque projet auprès d’autant de personnes qui le souhaitent à condition qu’elles remplissent un questionnaire et de valider l’adéquation de leur profil avec l’investissement au capital d’une PME. Grâce à la réforme, nous allons pouvoir abaisser le ticket minimum de 1.000 à 100 euros par investisseur. L’officialisation du financement participatif conférée par la réforme est aussi de nature à rassurer le public. Certaines personnes pouvaient être freinées faute de statut clair pour notre profession. La démarche du gouvernement constitue un grand pas pour la démocratisation de l’investissement en actions de PME.

 Propos recueillis par Olivier Brunet