Crowdfunding : l’aéroport de Toulouse échappe aux citoyens


Bercy a annoncé que l'Etat cédera ses parts de capital dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac au consortium chinois. L'initiative citoyenne de rachat orchestrée par la plateforme de crowdfunding Wiseed n'a pas convaincu le gouvernement.   

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Le suspens a pris fin. Les citoyens ne seront pas propriétaires de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Les ministres des Finances et des comptes publics, Michel Sapin, et de l’Economie, Emmanuel Macron, ont annoncé « avoir choisi […] le consortium sino-canadien comme acquéreur pressenti d’une participation de 49,99% détenue par l’Etat au capital de la société de l’aéroport Toulouse-Blagnac », dans un communiqué diffusé le 4 décembre 2014.

Emmanuel Macron a confirmé par la suite la cession de 49,99% du capital de l’Etat aux investisseurs chinois, dans une interview publiée dans le journal La Dépêche le 5 décembre 2014. Si l’affaire n’est pas encore conclue définitivement, les propos du locataire de Bercy laissent peu de place au doute. « C’est le consortium chinois qui a été retenu par l’Etat pour le rachat de 49,99% des parts de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. La commission de participations et de transferts a rendu un avis conforme sur la proposition de Michel Sapin et de moi-même en ce sens », a indiqué le ministre au quotidien. Parmi les arguments qui ont pesé dans la balance, le montant de la proposition, de l’ordre de 308 millions d’euros. « L’offre chinoise était la meilleure sur ce point mais également sur la majorité des autres critères, c’est-à-dire sur la qualité du projet industriel et social », a justifié le locataire de Bercy. Mais avant le rachat, un avis consultatif du comité d’entreprise de l’aéroport de Toulouse ainsi qu’un avis de la direction générale de l’aviation civile devront être rendus. Seulement après ces deux étapes, l’Etat cédera ses parts « d’ici la fin de l’année au consortium ».

Quid des 10,01% qui restent à l’Etat ? Pour rappel, il possède actuellement 60% du capital. Après la cession de 49,99% de ses parts, il en conservera donc 10,01%. Sur ce point, Bercy a été ferme : « Le gouvernement n’a aujourd’hui pas l’intention d’exercer cette option de vente. » Conséquence, même si le groupe chinois rachète les parts cédées par l’Etat, les pouvoirs publics resteront majoritaires, avec les 40% encore détenus par les collectivités territoriales et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI).

Encore un espoir pour les citoyens

Trois jours auparavant, la plateforme de financement participatif Wiseed, à l’origine du projet de rachat de l’aéroport par les citoyens, avait pourtant annoncé avoir déposé une offre officielle à l’Etat. Moins de quinze jours après le lancement de la campagne, 18 millions d’euros de promesses d’investissement ont été récoltés. Mais cela n’a pas suffi à convaincre le gouvernement. « A ce jour, aucun accusé de réception, aucun contact ni aucun retour n’ont été faits », est-il précisé sur le site dédié de Wiseed.

« La porte étant a priori fermée, Thierry Merquiol (co-fondateur de Wiseed, Ndlr) propose de rentrer par la fenêtre en reprenant au bond la proposition de Martin Malvy, Président de la région Midi-Pyrénées pour le rachat de 16% des parts nouvellement détenues par le consortium », est-il également indiqué. Plus précisément, les Chinois se sont dits prêts à céder 16% de leurs parts de capital à un investisseur français, d’après le ministre de l’Economie. En réponse, le Président de la région Midi-Pyrénées a affirmé dans le quotidien Les Echos être « prêt à étudier cette hypothèse avec les autres collectivités locales, la Chambres de commerce et d’industrie et le réseau bancaire régional, voire d’autres investisseurs. Nous pourrions nous réunir au tout début de la semaine prochaine pour faire avancer une réflexion déjà engagée sur la base d’un consortium en y associant l’Etat ». Thierry Merquiol a fait savoir qu’en cas de réponse positive, les investisseurs seront sollicités pour une participation réelle par mail.

En attendant, le co-fondateur de Wiseed se veut optimiste et pense déjà à élargir son horizon. « Restons vigilants sur les prochains aéroports : Lyon et Nice. »