Crowdfunding : le prêt entre particuliers, une vraie alternative aux banques ?

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Le site de prêt rémunéré Prêt d'Union

Le financement participatif pourrait voir son activité s'envoler dans les prochains mois grâce à la libéralisation du marché. Fleur Pellerin a décidé de mettre fin au monopole bancaire pour ouvrir un marché jusqu'ici interdit aux épargnants.

C'est une petite révolution dans le monde du crédit aux particuliers. D'ici quelques mois, tout le monde pourra prêter à tout le monde contre rémunération. La ministre déléguée en charge des Petites et moyennes entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique Fleur Pellerin a présenté vendredi 14 février 2014 une batterie de mesures visant à favoriser l'essor du crowdfunding. Des dispositions qui vont bénéficier entre autres au prêt entre particuliers et feront l'objet d'une ordonnance publiée en mars prochain pour entrer en vigueur aux environs du 1er juillet 2014.

 

Remise en cause du monopole bancaire

A compter de cet été, tous les épargnants français vont pouvoir financer les projets d'autres particuliers, entrepreneuriaux ou non. « Jusqu'à présent, les prêts rémunérés par des particuliers n'étaient pas autorisés, a rappelé Fleur Pellerin vendredi 14 février à Bercy. C'est ce qu'on appelle le monopole bancaire. Ils étaient réservés aux seules banques. »

« Aujourd'hui nous remettons en cause ce monopole bancaire, a tranché la ministre des PME. Dès l'entrée en vigueur de l'ordonnance, les prêts rémunérés réalisés dans le cadre d'une plate-forme seront possibles jusqu'à 1 million d'euros, ce qui permet aux PME ou aux entrepreneurs de réaliser leurs projets. » Les épargnants pourront de leur côté investir au maximum 1.000 euros par entreprise ou particulier, sans limite de projet.

 

Des garanties pour les prêteurs

La transformation de l'épargnant en banquier sera accompagnée de la création d'un statut propre aux plateformes de prêt (IFP) et de règles garantissant une transparence totale sur les frais prélevés et les taux de défaillance des projets proposés. Comme pour les plateformes construites sur un modèle différent (dons, investissement en capital), un label viendra garantir à l'investisseur que la plateforme choisie respecte bien ces critères. Une volonté exprimée à plusieurs reprises par Fleur Pellerin lors de la présentation de la réforme du crowdfunding, évoquant « un volet information et transparence extrêmement développé ».

 

Le modèle a fait ses preuves

Mais la légalisation du prêt entre particuliers et l'arsenal réglementaire qui l'accompagne constituent-ils un gage de réussite ? Parmi les différentes familles du crowdfunding, « le prêt est plus facilement compréhensible, les contributeurs sont plus confiants dans cette forme de financement participatif » pour François Carbone, président de l'association Financement Participatif France (FPF). « On a tous emprunté un jour », avance de son côté Arnaud Poissonnier, fondateur de Babyloan, site internet spécialisé dans le prêt solidaire, non rémunéré. La dimension collaborative pourrait selon lui constituer un palliatif au modèle bancaire pour certaines demandes restées sans réponses : « Le crowdfunding peut résoudre des problématiques dans le prêt étudiant. La moitié des étudiants ne peuvent obtenir de prêt car ils n'ont pas obtenu une caution solvable ou crédible de leurs parents », argue-t-il.

Mais si les acteurs du financement participatif se veulent confiants, c'est surtout car le prêt entre particuliers rencontre déjà un vif succès. Plus de 60% des financements issus du crowdfunding relèvent du crédit. A elle seule, la plateforme Prêt d'Union a ainsi octroyé 43 millions d'euros de prêts à des particuliers en 2013, sur un total de 78 millions d'euros pour tous les modes de crowdfunding (dons, equity, prêt). Réservé à des investisseurs « professionnels »*, le prêt entre particuliers sur Prêt d'Union est autorisé car la plateforme est agréée comme établissement de crédit par l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP). Ces investisseurs avertis peuvent souscrire au choix deux fonds en fonction de la durée du prêt consenti (2, 3 ans ou 4, 5 ans) pour financer des crédits à la consommation. L'épargnant récupère chaque mois une partie de l'investissement initial accompagné d'une fraction des intérêts, qui atteignent entre 4 et 4,70% une fois pris en compte les défauts de paiement.

Fort de cette réussite, le site Prêt d'Union, lancé en 2011, espère distribuer pas moins de 100 millions d'euros de crédits en 2014. Inspirée du succès du Lending Club, créé à San Francisco en 2007 et qui emploie désormais 200 personnes et est valorisé à plus de 2 milliards de dollars, Prêt d'Union pourrait également faire des émules. « Il y a énormément de projets de plateformes qui sont en train de se préparer sur le prêt rémunéré », confirme Arnaud Poissonnier. Un engouement sans aucun doute renforcé par la crise, qui a fait plonger la production de crédits ces dernières années.

 

*A leur inscription sur Prêt d'Union, les investisseurs doivent remplir deux des trois conditions suivantes : avoir travaillé dans la finance, la banque ou l'assurance, détenir un patrimoine financier minimum de 500.000 euros et être « actif » sur les marchés financiers.

 

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