Crowdfunding : « Sowefund s’appuie sur des investisseurs professionnels »

Partagez

INTERVIEW Georges Viglietti, président de Sowefund et ancien professionnel du capital-risque, présente les caractéristiques de cette plateforme de financement participatif en capital. Un modèle ouvert au grand public qui s'appuie aussi sur l'expertise de Business Angels.

Georges Viglietti, président de Sowefund

 


Toutsurmesfinances.com : Sowefund propose d'investir dans des start-ups aux côtés de professionnels de l'investissement. Pourquoi ce choix ?
Georges Viglietti, co-fondateur et président de Sowefund : Notre philosophie est que le crowdfunding ne peut pas tout réinventer. Mon associé et moi-même avons travaillé dans le capital-risque pendant cinq ans. Nous avons donc l'expérience des investissements traditionnels dans les sociétés en amorçage. Nous estimons qu'il est nécessaire de s'appuyer sur des personnes qui financent des entreprises depuis 10, 15 ou 20 ans pour pouvoir conseiller aux petits investisseurs qui passent par des plateformes les dossiers les plus pertinents possibles. Nous nous adossons donc à des partenaires, pour l'instant des réseaux de Business Angels, qui nous proposent de coinvestir dans de jeunes entreprises.

Qu'apporte, concrètement, ce partenariat aux investisseurs ?
Dans un premier temps, nos partenaires investisseurs étudient les dossiers puis, le cas échéant, déclarent une intention d'investissement, ce qui signifie qu'ils ont une vraie confiance dans l'entreprise. Aujourd'hui, ce que nous voulons tout d'abord, c'est mettre des bons dossiers en ligne et qu'ils aient trouvé des coinvestisseurs.

Suite à cela, si la société cible veut faire appel au crowdfunding, nous effectuons une nouvelle sélection puis une validation à l'aide de plusieurs critères. La pertinence du Business Plan et le potentiel de l'entreprise entrent en jeu, mais pas seulement : il y a des projets qui ne sont pas simples à expliquer au public ; si c'est le cas, nous nous en écartons. C'est après ces vérifications que nous décidons ou non de la publication de la société sur notre plateforme.

« Investir sur des start-ups à partir de 100 euros »

Vous vous présentez comme le MyMajorCompany dédié au financement de start-ups. Pour quelles raisons ?
Nous proposons d'investir à partir de petits montants, contrairement aux autres plateformes. A partir de 100 euros, il est possible de devenir actionnaire d'une jeune société en amorçage. Le principe est simple : nous créons une SAS (société par actions simplifiée, NDLR) qui a pour rôle de récolter les fonds. C'est cette même société qui investit par la suite dans la société cible. Ce système présente un double avantage : pour l'entrepreneur d'une part qui accueille un unique investisseur, la holding, et pour l'internaute qui bénéficie d'un ticket d'entrée limité à 100, 200 ou 300 euros selon l'entreprise.

Ce choix est stratégique. Nous désirons démocratiser l'investissement en capital dans les jeunes entreprises avec un discours clair : si l'on veut relancer l'économie avec le développement de start-ups, chaque citoyen doit pouvoir y participer, à travers le financement par la foule, au vrai sens du terme.

Comment protéger le grand public des risques liés au crowdfunding en capital ?
L'investissement en capital, s'il offre un fort potentiel de rendement, est le type d'investissement le plus risqué. L'Autorité des marchés financiers impose donc certaines obligations réglementaires : nous devons par exemple vérifier que nos internautes qui souhaitent devenir actionnaires en sont capables, notamment financièrement. Nous leur faisons remplir un questionnaire sur lequel nous leur demandons l'état de leurs revenus, de leurs biens et de leurs avoirs. Si nous remarquons que le montant que ces personnes veulent investir est trop important par rapport à leurs ressources, nous les alertons et leur faisons remarquer qu'elles ne sont pas encore prêtes. De même, si elles ne sont pas préparées à perdre 100% de leur investissement, nous les avertissons. Il faut bien être conscient qu'investir dans une start-up, c'est prendre le risque de tout perdre.

« L'investisseur, un relais de communication très important »

Votre premier projet, Altiplano, est ouvert au financement depuis le 14 septembre. Quelles sont les raisons de ce choix ?
La personnalité du fondateur qui travaille depuis 30 ans dans la distribution de boisson a été un élément déclencheur. Il possède une véritable expérience et dispose d'un réseau de distribution important. Altiplano, qui est spécialisée sur les bières bios certifiées sans gluten, n'a été véritablement lancée qu'en 2013 mais propose une gamme de deux produits qui ont déjà de très bons résultats.

En outre, cette entreprise nous a été recommandée par un réseau de Business Angels de renommée importante, qui va investir 80.000 euros sur ce projet. C'est un autre motif de confiance.

Enfin, Altiplano propose une véritable innovation et ne fait pas vraiment face à une concurrence sur le marché des bières sans gluten : elle a donc une vraie place à prendre en France mais aussi à l'export, aux Etats-Unis notamment.

Les investisseurs disposent-ils d'un suivi de l'entreprise ?
L'entrepreneur est lié par un pacte d'actionnaires à nous fournir un reporting que nous publions dans l'espace actionnaire. Ce rapport est d'abord trimestriel puis annuel. Dans cet espace dédié, nous mettons à disposition des investisseurs des outils afin de comparer le Business Plan initial avec la performance réelle. L'internaute peut également discuter avec l'entrepreneur via un forum ou directement à l'occasion de rencontres organisées.

Outre le financement de cette entreprise, quel rôle les internautes peuvent-ils jouer ?
Les investisseurs peuvent s'impliquer de différentes façons. Certains actionnaires peuvent même, s'ils le souhaitent et s'ils disposent de compétences dans le domaine, remplacer le représentant de Sowefund au comité stratégique de la société cible. Mais de manière générale, leur objectif est surtout d'être « silent investor ». Les internautes sont plus un relais de communication : s'ils investissent sur Altiplano, dès qu'ils iront à une soirée, ils en apporteront et parlerons de cette entreprise. C'est très important pour l'entreprise.


Propos recueillis par Thibault Lamy

Sur l'actualité du crowdfunding
La réforme du crowdfunding en vigueur au 1er octobre 2014
Le crowdfunding double la mise en 2014

 

Réseaux Sociaux