Crowdlending : quelles assurances face au défaut d’une entreprise ?


Parallèlement au développement du prêt participatif aux TPE/PME, certaines plateformes de crowdlending ont déjà mis en place des solutions pour assurer les investisseurs contre le risque de défaut des entreprises. Mais jusqu'ici aucun modèle ne garantit à 100% le capital du prêteur.  

Les prêteurs sont en partie assurés sur certaines plateformes de prêt aux entreprises

Prêter aux entreprises pour des taux d’intérêt compris entre 6 et 10% n’est pas sans risque. Alors que les plateformes de crowdlending se multiplient, le rendement affiché sur ces sites internet ne doit pas faire oublier aux internautes que financer le développement de petites entreprises expose au risque de défaut de l’emprunteur et à une perte en capital. « Il est bien évident qu’une PME qui dépose le bilan ne pourra pas rembourser la plupart de ses créanciers, notamment les petits prêteurs », avertissent les députés Christophe Caresche et Olivier Carré dans leur rapport sur l’investissement productif de long terme dévoilé en septembre 2015.

Pour protéger les épargnants contre le potentiel défaut d’un emprunteur, chaque plateforme avance sa propre solution. Nicolas Lesur, président du leader du prêt aux entreprises Unilend, conseille de « diversifier ses investissements, notamment en réinvestissant les intérêts perçus ». « Pour un portefeuille de 100 entreprises au taux de 9%, le rendement est nul dès lors que 16 des entreprises ne remboursent rien », explique le dirigeant de l’association Financement participatif France (FPF).

Mais d’autres acteurs plus récents du secteur ont décidé d’aller plus loin dans la protection de l’investisseur, en créant des mécanismes d’assurance pour garantir le capital du prêteur si une entreprise n’arrivait plus à rembourser ses créanciers.

Fonds de protection

La plateforme Prexem, qui a accordé ses premiers prêts en mai 2015, a ainsi lancé un fonds de protection destiné à financer les pertes des épargnants en cas de défaut d’une entreprise. Pour chaque projet financé, un certain pourcentage de l’emprunt est restitué aux prêteurs, sans délai de carence, si l’entreprise se retrouve en défaut de paiement. « Le projet du chef étoilé Pascal Borrell de 40.000 euros avait un niveau de protection de 30,7% dès le premier mois en juillet 2015, détaille le co-fondateur de Prexem Valéry Giard. En décembre 2015, cette protection dépassera les 50% et atteindra les 100% dès avril 2016 et ce, jusqu’à la fin de la période de remboursement. »

Comment ? Chaque TPE/PME qui emprunte sur Prexem se voit prélever 0,5% du montant levé, cette somme étant orientée vers le fonds de protection qui se charge de rembourser les investisseurs.

Assurance emprunteur

Seul problème pour le fondateur de la plateforme Finsquare, Polexandre Joly, « il faut plusieurs millions d’euros pour qu’un tel fonds fasse sens ». Ce dernier, qui estime à ce titre que « le modèle ne tient pas la route », a préféré lancer le 1er septembre dernier une assurance emprunteur classique, obligatoire et totalement gratuite pour le prêteur. Assurée par Groupama Gan, cette solution couvre le décès et la perte d’autonomie mais également le redressement et la liquidation judiciaires de l’entreprise.

Mais ici encore, le capital du prêteur n’est pas totalement sécurisé. En effet, les six premiers mois du prêt ne sont pas couverts par l’assurance, la faute à un délai de carence imposé par l’assureur. Un écueil que reconnaît Polexandre Joly, qui promet que l’assurance proposée sur Finsquare « va être amenée à évoluer dans les mois et années qui viennent ».

Bientôt des solutions plus adaptées

Comme Finsquare, le site Particeep, qui offre des solutions clés en main à des plateformes de crowdfunding ou permet de créer une plateforme « *en marque blanche », propose une assurance à destination des prêteurs. « Nous offrons deux types de garanties, explique son président Steve Fogue. La première est une assurance emprunteur décès et PTIA [Perte totale et irréversible d’autonomie, NDLR] qui couvre le prêteur sur 100% de son capital restant dû. La seconde concerne les entreprises B to B, dont les clients sont des professionnels. Elle permet de protéger l’ensemble des prêteurs en cas de détérioration du poste clients de l’emprunteur. » En clair, si un des clients de l’entreprise ne peut la rembourser, les prêteurs sont en grande partie protégés contre ce défaut de paiement et récupèrent 95% de leur mise.

Mais encore faut-il que l’emprunteur souscrive l’assurance emprunteur en question et/ou l’assurance « détérioration du poste client », toutes deux à sa charge, comme c’est notamment le cas sur la plateforme Prêt à la carte. De plus, l’assurance décès et PTIA ne couvre que deux types de risque, sans prendre en charge l’invalidité partielle de l’emprunteur ou son incapacité. Particeep travaille actuellement sur une solution individuelle pour élargir la couverture des prêteurs. « L’offre sera complétée progressivement pour être en adéquation avec l’ensemble des risques identifiés sur le marché », promet également Steve Fogue. L’investisseur pourra dès lors s’assurer lui-même contre le risque de défaut de l’entreprise. Et investir en toute sécurité.

*Mise à disposition d’outils sans citer le professionnel qui les a développés.