Épargne : pourquoi les Français laissent dormir leur argent sur leur compte bancaire


Depuis 2013, les Français laissent plus d'argent sur leur compte courant que sur leur Livret A. Un comportement souvent inconscient, qui s'explique par la recherche d'une disponibilité absolue des sommes déposées et par la baisse des taux de rémunération de l'épargne.  

Le compte courant, numéro 1 des produits d'épargne bancaire

Laisser son argent dormir sur son compte courant est devenu une habitude pour les Français. Depuis 2013, les dépôts à vue, comme les appellent les spécialistes, dépassent les sommes épargnées sur les livrets bancaires rémunérés. Une attitude plus machinale que véritablement réfléchie selon une étude menée fin 2015 par la Caisse d’Epargne sur un panel de clients dont le montant stocké sur le compte de dépôts a grimpé d’au moins 50% sur 6 mois.

La réalité dépasse la perception

Le ressenti des personnes interrogées sur leur comportement est à ce titre éloquent. « A la question combien pensez-vous avoir d’épargne sur votre compte courant, les clients [interrogés] répondent 1.100 euros en moyenne alors que cette échantillon y laisse en réalité plus de 2.100 euros, observe Cédric Mignon, directeur du développement de la Caisse d’Epargne. Le comportement des Français a fortement changé mais ils n’en ont pas vraiment la perception dans leur quotidien. » 32% des sondés ont même le sentiment de déposer moins d’argent en fin de mois sur leur compte non rémunéré qu’au cours des deux années passées, et 42% autant.

Pour Didier Caylou, directeur du département banque, finance, assurance d’Audirep, qui a mené l’étude pour le compte de l’Ecureuil, ce comportement d’épargne est le fait de ressorts autant psychologiques que financiers. « Ils ont une image d’hyper-disponibilité du compte courant : pour 43% des clients la possibilité d’effectuer un retrait à tout moment sans formalités explique pourquoi ils laissent sur leur compte courant des sommes qu’ils auraient pu placer sur un compte courant rémunéré », expose-t-il.

Epargne de précaution vs épargne rémunérée

Didier Caylou y voit aussi une « prédisposition à la prévoyance », une volonté de « ne pas dépenser plus que ce que l’on a, ni tout ce que l’on a », pour faire face aux imprévus du quotidien, aux impératifs récurrents (paiement des factures, des charges, des impôts), aux aléas de la vie ou à une baisse de revenus. 52% des sondés affirment mettre le plus possible d’argent de côté « par peur de l’avenir » et 47% évitent de bloquer de l’argent pour les mêmes raisons.

Cette attitude prévoyante se double d’une « démotivation » à placer son argent sur des placements rémunérés dans un contexte de baisse des taux de rendement qui touche toutes les formes d’épargne. « 38% des sondés estiment que ça ne vaut pas le coup d’épargner sur des supports qui rapportent peu », relève Didier Caylou. Actuellement, 1.000 euros déposés sur un Livret A (dont le taux est fixé à 0,75%) génèrent 7,5 euros d’intérêts annuels.

La moitié des personnes interrogées estiment qu’il faudrait que l’épargne rapporte 3,5% pour les inciter à épargner sur des supports rémunérés. Un taux très éloigné des niveaux d’intérêts actuels servis sur les produits à capital garanti : 1,50% sur les nouveaux PEL, 2,30% en moyenne sur l’assurance vie en euros et moins de 0,6% sur les comptes sur livret ordinaires, avant prélèvements sociaux et ou fiscaux.

Optimisation de l’épargne

Un constat qui démontre les efforts de pédagogie qu’il reste à accomplir par les établissements bancaires vis-à-vis des clients, estime Cédric Mignon. « Nous faisons face à un paradoxe : les clients jugent que les livrets ne rapportent pas assez alors que le rendement net d’inflation du Livret A a rarement été aussi élevé qu’aujourd’hui. Nous avons notre rôle à jouer sur l’optimisation de l’épargne des clients, c’est dans leur intérêt. La technologie permet en deux clics de réaliser des arbitrages du compte courant vers un placement rémunéré, or cette simplicité n’est pas assez bien perçue », souligne le directeur du développement de la Caisse d’Epargne qui voit ici une occasion de tisser davantage de contacts avec la clientèle.

Pour lui, l’outil qui permet de faciliter la vie de l’épargnant existe déjà : l’application mobile. Hasard du calendrier, la banque a programmé une importante mise à jour de la sienne au cours des prochaines semaines.