Epargne salariale : déblocage Hollande, les raisons d’un « bide »

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Le déblocage exceptionnel de la participation et de l'intéressement n'a pas fait recette. Les retraits effectués par les épargnants n'atteignent pas 2,5 milliards de juillet à décembre 2013, une somme inférieure aux précédents déblocages de l'épargne salariale.

 

Quelles sommes les salariés ont-ils retiré de leur épargne salariale en franchise d'impôt ? Sur décision de François Hollande, le déblocage exceptionnel de participation et de l'intéressement offrait cette possibilité de retrait dans la limite de 20.000 euros, du 1er juillet au 31 décembre 2013, afin de redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages. Seuls les prélèvements sociaux (15,5%) étaient dus. Une faculté qui n'a été utilisée qu'à la marge par les bénéficiaires de plans d'épargne entreprise (PEE), de plans d'épargne groupe (PEG) ou de plans d'épargne interentreprises (PEI).

 

Moitié moins que le déblocage de 2008

D'après les premiers bilans réalisés par les professionnels, 2 à 2,5 milliards d'euros auraient été débloqués, sur un encours global de 98,6 milliards d'euros au 30 juin 2013. Jérôme Dedeyan, président de la plate-forme Debory Eres, évalue les sommes débloquées à « moins de 2,5 milliards d'euros ». De son côté, l'économiste Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants, évoque un chiffre d'environ 2 milliards d'euros. Des résultats préliminaires largement inférieurs à ceux constatés durant les précédents déblocages exceptionnels de 2004 (plus de 7 milliards) et de 2008 (de l'ordre de 3,9 milliards) malgré un encours qui a significativement augmenté depuis. Un échec relatif qui est tout sauf une surprise : dès le début du mois de décembre, Christian Eckert, rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale, parlait d'une disposition qui « ne fonctionne pas très bien ». Ces chiffres n'ont cependant pas empêché la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem d'annoncer un « rebond » de la consommation de biens par les Français en 2013 « grâce au déblocage de l'épargne salariale », vendredi 3 janvier 2014, à l'issue du Premier conseil des ministres de l'année.

 

Les causes de ces chiffres décevants, qualifiés de « bide » par certains professionnels sous couvert d'anonymat, sont multiples. La première explication tient aux conditions du déblocage de 2013. Son périmètre a certes été étendu par rapport au dernier déblocage exceptionnel de 2008 dont l'intéressement était exclu. Mais les règles prévues par la loi n° 2013-561 du 28 juin 2013 et la circulaire ministérielle d'application du 4 juillet 2013 n'ont pas permis aux salariés de retirer les sommes issues des Perco (plans d'épargne retraite collectifs), des FCPE (fonds commun de placement d'entreprise) solidaires ni celles provenant des versements volontaires des salariés ainsi que des abondements des employeurs attachés à ces dépôts. En plus de champ réduit aux « sommes issues de la participation et de l'intéressement [...], y compris l'abondement de l'employeur qui s'y rattache », les modalités d'utilisation des sommes débloquées et les pièces justificatives afférentes à produire (facture à conserver jusqu'au 31 décembre 2016) ont dû rebuter plus d'un épargnant. « L'affaire des facturettes à conserver a certainement été mal comprise et a peut-être dissuadé quelques salariés », confirme Philippe Crevel.

 

Epargne de moyen terme

Pour ce dernier, des facteurs conjoncturels ont également pu conduire au résultat, inférieur aux espérances du gouvernement. « A la différence de 2008 (le CAC 40 a connu sa pire performance historique avec -42,68% cette année-là, NDLR), le déblocage est intervenu en pleine période de valorisation des cours boursiers. Il y avait moins d'intérêt à sortir que les dernières fois où les salariés avaient retiré l'argent des PEE pour le placer sur l'assurance vie et les livrets d'épargne », analyse l'économiste. D'autant que les transferts d'épargne étaient expressément interdits dans le cadre du déblocage de 2013. Il y a aussi « probablement un peu de prudence par rapport à un avenir qui reste incertain », estimait quant à lui Christian Eckert.

 

Pour les deux experts, des facteurs plus structurels ne sont pas étrangers au résultat de l'opération, jugeant que les salariés français sont attachés à leur épargne salariale. « L'épargne salariale est perçue comme une épargne de moyen terme », relève Philippe Crevel. Pour Jérôme Dedeyan, les Français ont « envie d'épargner à moyen long terme, pas de consommer ». Et ce dernier d'ajouter que si un besoin d'utiliser leur épargne se fait jour, « les Français puisent d'abord dans les produits de type livret plutôt que dans leur PEE qui est clairement de l'épargne projet ou de l'épargne retraite ». Le fonctionnement même de l'épargne salariale est selon lui l'une des raisons de l'échec annoncé. « La participation concernée par la mesure a été épargnée volontairement et pas obligatoirement. Et beaucoup d'avoirs disponibles sont laissés volontairement dans les PEE par les épargnants salariés après 5 ans (délai minimum de blocage des fonds, NDLR) parce qu'ils comprennent l'intérêt du produit. Alors pourquoi débloqueraient-ils l'indisponible ? »

 

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