Epargne salariale : « L’intéressement, un formidable outil s’il est bien compris »


INTERVIEW L'élargissement des dispositifs d'épargne salariale aux petites et moyennes entreprises (PME) fait presque l'unanimité parmi les acteurs du secteur. Stéphane Huillet, de la CGPME, prône le duo intéressement / PEI et l'accompagnement des chefs d'entreprises.      

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Toutsurmesfinances.com : Seuls 17,4% des salariés de petites et moyennes entreprises bénéficiaient d’un dispositif d’épargne salariale en 2012*. Pourquoi si peu de PME optent pour l’épargne salariale ?

 

Stéphane Huillet, représentant de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) au Copiesas** :

Pour les PME, les dispositifs d’épargne salariale apparaissent complexes, ce qui n’en facilite pas l’accès. Dans les grosses structures, il y a un service de ressources humaines qui peut s’en occuper, dans les petites, le chef d’entreprise est isolé. Compte tenu de la conjoncture économique, les employeurs ont la tête dans le guidon et ont déjà beaucoup de choses à gérer.

La hausse du forfait social joue aussi beaucoup dans le peu d’attrait que portent les patrons de TPE-PME aux différents dispositifs d’épargne salariale.

A ce sujet il convient de noter que le rapport de la négociation collective 2013 réalisé par le ministère du Travail précise que les accords concernant l’épargne salariale signés par les délégués syndicaux ou salariés mandatés ont baissé de près de 20%.
Pour l’intéressement, les accords validés selon les procédures n’impliquant pas nécessairement les délégués syndicaux ont quant à eux baissé de 10%.

 

Comment faut-il s’y prendre pour convaincre les TPE-PME d’aller vers l’épargne salariale ?

Il faut rendre l’épargne salariale plus lisible pour les employeurs, par une simplification des dispositifs et un accompagnement, un travail pédagogique. Il faut expliquer aux petites entreprises comment mettre en place une formule de calcul de l’intéressement. C’est ce que nous avons fait avec la CGPME lors du Tour de France de l’intéressement.

Le tour de France de l’intéressement avait été annoncé par le Président Roubaud en 2009, à l’occasion de Planète PME. De nombreuses réunions ont été organisées tant en région qu’en Ile de France. Elles ont permis de sensibiliser les chefs d’entreprise aux dispositifs d’épargne salariale et plus spécialement l’intéressement.

Il faudrait aussi instaurer un forfait social plus incitatif, voire en exonérer les entreprises qui se lancent dans l’épargne salariale.

 

Lequel des dispositifs convient le mieux aux petites entreprises ?

L’intéressement est plus souple que la participation donc plus adapté aux petites structures. L’intéressement n’est pas obligatoirement calculé selon les résultats financiers, il peut aussi prendre en compte d’autres facteurs d’amélioration d’une entreprise. C’est donc un formidable outil s’il est bien compris, bien maîtrisé.

En associant un accord d’intéressement avec un plan d’épargne inter-entreprises (PEI), on donne la possibilité aux salariés soit de consommer soit d’épargner.

Nous sommes par contre opposés à l’abaissement du seuil à partir duquel un accord de participation doit être négocié (actuellement fixé à 50 salariés, ndlr) et à toute nouvelle mesure contraignante pour les petites entreprises.

 

Comment les fonds de l’épargne salariale peuvent-ils servir au financement des PME ?

Il y a un problème global de financement, de fonds propres, pour les PME qui les empêche de grandir et de passer au stade d’entreprise de taille intermédiaire (ETI). La réorientation des fonds de l’épargne salariale pourrait peut-être partiellement remédier à ce problème.

Arriver à diriger les fonds investis dans les différents supports d’épargne salariale vers les PME serait idéal mais ce n’est pas si simple à mettre en place.

L’idée d’un compte courant d’entreprise est intéressante à la condition de répondre aux deux problématiques que génère le CCB : la sécurité de l’épargnant salarié et la liquidité pour faire face aux possibilités de déblocage anticipés.

Un FCPE (fond commun de placement d’entreprise, ndlr) dédié aux petites et moyennes entreprises paraît également être une approche intéressante.

 

*Enquête de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) de juillet 2014.

**Le Copiesas est l’instance chargée de proposer des pistes de réflexion au gouvernement dans l’optique de la réforme de l’épargne salariale.