Epargne salariale : « La seule épargne pour les petits salaires »


INTERVIEW Régulièrement évoquée depuis le déblocage exceptionnel de 2013, la réforme des dispositifs de participation aux résultats de l'entreprise pourrait être engagée au début de l'été 2014. Décryptage avec Henri Alline, président du Club de l'épargne salariale.    

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Toutsurmesfinances.com : Quels sont les enjeux de la réforme de l’épargne salariale qui s’annonce ?

Henri Alline : Le premier serait qu’elle existe ! On l’a tellement annoncé que la voir arriver serait déjà une bonne chose. Plus sérieusement, cette réforme doit d’abord remettre à plat et stabiliser les dispositifs de l’épargne salariale, en particulier en ce qui concerne la règlementation et la fiscalité. Ensuite, il faut ouvrir davantage ce placement aux TPE-PME.

 

Pourquoi élargir le dispositif aux petites entreprises ?

C’est fondamental de permettre aux salariés des TPE-PME de bénéficier de plan d’épargne salariale. Pour les petits salaires, c’est souvent la seule épargne possible. C’est aussi un bon moyen de financer sa retraite, via le PERCO (plan d’épargne pour la retraite collectif, NDLR), alors que le taux de remplacement ne cesse de baisser et que les nouvelles générations vont avoir beaucoup plus de mal à bénéficier d’une retraite correcte.

 

Comment le gouvernement doit-il s’y prendre ?

Il faudrait par exemple baisser de 50 à 20 salariés le seuil à partir duquel un accord de participation est obligatoire. Une grande campagne publique d’information serait également une bonne chose. Il faut que les employés et les chefs d’entreprise qui ne l’ont pas encore fait, fassent le premier pas vers l’épargne salariale.

 

Il faut aussi revenir à un blocage de l’épargne pendant cinq ans, permettant aux salariés d’utiliser leurs primes de participation et d’intéressement comme un vrai placement. En 2013, 114.000 cas de déblocage ont servi à l’achat d’une résidence principale. Selon la chambre des notaires de Paris-Ile de France, un achat de primo-accédant sur six a été permis, ou facilité, par l’épargne salariale.

 

Faut-il revenir sur la hausse du forfait social ?

La récente hausse du forfait social de 8 à 20% (prélèvement sur l’épargne salariale, majoré en août 2012, NDLR) est dramatique car elle plonge les entreprises dans le doute. Les patrons n’ont aucune certitude quant à la fiscalité qui sera à l’œuvre à l’issue ou même en cours des accords d’intéressement triennaux conclus avec les partenaires sociaux. Il ne faut pas se leurrer, les 12% seront payés par les salariés, les entreprises fonctionnant à enveloppe égale ou renégocient les accords.

 

Si je reprends les termes exacts de la déclaration du Président de la République, «J’ai demandé au gouvernement une réflexion approfondie sur tous ces mécanismes : participation, intéressement, actionnariat, de façon à les pérenniser, à les conforter, à les élargir sous certaines conditions et à les rendre stables sur le plan fiscal et social ». Cette réforme est donc l’opportunité d’annoncer que la fiscalité applicable à l’épargne salariale ne bougera pas pendant cinq ans, ce qui correspond à la durée de blocage normale des plans d’épargne. Cela permettrait de poser les bases d’un élargissement aux petites entreprises en leur redonnant confiance.

 

L’actionnariat salarié doit-il entrer dans le champ de la réforme ?

Il faut réconcilier les Français avec l’actionnariat individuel et renforcer l’actionnariat salarié. Ils ont un rôle essentiel pour que les grandes entreprises du CAC 40 ne soient pas contrôlées à 50% par des fonds de pension étrangers comme actuellement. Pour les TPE/PME, c’est un bel outil en matière de transmission.

 

Prenons l’exemple d’Eiffage. Le groupe spécialisé dans le BTP avait failli être racheté par une grande entreprise espagnole, Sacyr. L’offre publique d’achat avait été bloquée par les salariés, qui détenaient 22,4% du capital du groupe français, bâtisseur du viaduc de Millau.

 

Propos recueillis par Hugo Baudino.