Eric Forest : « Le PEA PME, du carburant pour la Bourse des PME-ETI »


INTERVIEW Pour Eric Forest, PDG d'EnterNext, la simplicité du PEA-PME est un gage de succès pour ce nouveau produit qui verra le jour en 2014. La filiale de NYSE Euronext observe une reprise des projets d'introduction en Bourse de PME-ETI, au-delà des secteurs des biotech et medtech.

PEA PME, le PDG d'EnterNext globalement satisfait

Toutsurmesfinances.com : Un PEA dédié aux small et midcaps pouvant être alimenté dans la limite de 75.000 euros par détenteur va être créé par la loi de finances 2014. Le texte correspond-il aux attentes d’EnterNext ?
Eric Forest : Nous portons un avis très positif sur ce dispositif. L’épargne placée dans le PEA-PME sera du carburant pour la Bourse des PME-ETI. C’est donc une initiative importante pour la relance de la dynamique des marchés en faveur des petites et moyennes valeurs. D’un point de vue pratique, je ne peux que me féliciter des décisions prises : c’est un produit simple, qui fonctionne sur le même principe que le PEA, un produit existant que les investisseurs connaissent et utilisent depuis longtemps. Le lancement d’un nouveau produit aurait entraîné un nécessaire temps d’acclimatation des particuliers comme des prescripteurs.

 

Certains intermédiaires ont combattu l’idée, finalement retenue par Bercy, de pouvoir ouvrir un PEA-PME indépendant du PEA actuel. Est-ce une bonne nouvelle ?
Nous accueillons très favorablement la possibilité d’ouvrir un PEA-PME, en plus du PEA classique, dans un nouvel établissement, ou sans détenir de PEA préalablement. Cette liberté multiplie les canaux de distribution potentiels du PEA-PME et donc le potentiel de collecte d’épargne.

 

A votre avis, sur quels points le dispositif peut-il faire l’objet d’aménagements ou d’améliorations ?

Nous pouvons nourrir des regrets sur la définition des PME-ETI éligibles au PEA-PME, en particulier la limite fixée pour les ETI par rapport au schéma initial annoncé fin août 2013. La notion de capitalisation boursière inférieure à 1 milliard d’euros était en parfaite adéquation avec le périmètre d’EnterNext. Le recoupement n’est plus total en retenant la définition Insee de l’ETI. Cette dernière conduit à exclure du PEA-PME un certain nombre de sociétés, au regard du nombre de salariés, mais dont la capitalisation boursière est bien inférieure au milliard d’euros.

Notre deuxième regret porte sur l’impossibilité pour un épargnant de placer dans son PEA-PME des obligations en direct. Nous avons lancé il y a un an l’IBO (Initial Bond Offering), ou l’offre publique obligataire, dont la fiscalité sera moins attractive hors PEA. Nous avons l’espoir que des ajustements soient envisagés lorsqu’un premier bilan de la réforme sera dressé. Rendre les obligations en direct éligibles serait bénéfique.

 

Seulement quatre IBO ont été effectuées en un an. Le produit est-il inadapté aux besoins ?
L’émission d’obligations présente au contraire un intérêt pour beaucoup d’entreprises. C’est une source de diversification de leurs financements qui présente notamment l’avantage de ne pas être dilutive pour les entreprises familiales. L’IBO est aussi une façon de s’acclimater à la Bourse : une PME non cotée va arriver sur le marché par le biais des obligations puis peut, selon une échéance à déterminer, poursuivre sa démarche par une cotation pleine et entière des ses actions. C’est un produit nouveau pour les PME et ETI, il est donc normal que l’on assiste à un délai d’appropriation du dispositif par les entrepreneurs. Il y a de nouvelles opérations en préparation.

 

MND Group, Blue Solutions, Medical Device Works… Le marché des IPO semble vouloir repartir avec plusieurs cotations réussies sur les marchés. Faut-il y voir un signe de succès d’EnterNext ?

Il est prématuré de tirer un bilan. Cela ne fait que trois mois que nous rencontrons sans relâche les chefs d’entreprises, les investisseurs et les intermédiaires. Il y a en effet des signes encourageants sur le marché primaire qui se manifestent par des IPO et des levées de fonds. Nos efforts devraient porter leurs fruits, aidés en cela par un momentum de marché beaucoup plus positif. Le pipeline d’introductions en Bourse pour les mois qui viennent tant en nombre d’opérations qu’en diversité de secteurs est beaucoup plus garni que ce que l’on a pu connaître ces derniers semestres ou années. Les trois derniers exercices ont été marqués par une concentration des IPO sur les secteurs des sciences de la vie, medtech et biotech. Désormais, ce secteur ne représente plus qu’un tiers des projets d’introduction en Bourse dont nous avons connaissance.

 

* Créée en mai 2013, EnterNext est la filiale de NYSE Euronext dédiée au développement des marchés boursiers auprès des PME-ETI dont la capitalisation boursière est inférieure à un milliard d’euros. Elle recouvre les compartiments B et C du marché réglementé ainsi qu’Alternext.