Est-il encore temps d’investir sur les pays émergents ?


Actions ? Obligations ? Quelles alternatives ? Quelles opportunités ? Nombre de gestionnaires de fonds estiment qu'il n'est pas trop tard pour bénéficier de l'essor des économies émergentes.

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Personne ne peut le nier. Les pays émergents sont désormais la locomotive de la croissance mondiale. Dans sa dernière étude sur les perspectives de l’économie mondiale parue en octobre 2010, le Fonds Monétaire International (FMI) évaluait à 6,4% le taux de croissance du PIB des pays émergents et en développement en 2011, contre seulement 2,2% pour les pays matures et une moyenne mondiale à +4,2%. Au global, la croissance est près de trois fois plus rapide dans ces zones que dans nos vieilles économies occidentales.

Pictet nuancé

Dans ce contexte, l’indice MSCI Emerging Markets (actions des pays émergents) est le placement en dollars qui a rapporté le plus au 31 octobre 2010 avec un rendement de 24% sur 12 mois, après le dollar (+29%). Juste derrière, on retrouve les emprunts d’Etat… de ces mêmes pays émergents (+20%). Dès lors, est-il encore temps d’y investir, ou le train de la hausse est-il déjà passé ? Les avis divergent. Yves Bonzon, directeur des investissements de la banque privée Pictet & Cie, estime que nombre de marchés actions de pays émergents commencent à être chers. « Ils ne sont pas encore en bulle mais sont valorisés sur des attentes optimistes. Or sur le long terme, il n’y a pas de corrélation entre croissance du PIB et marché boursier », considère-t-il. Autre nuance apportée par Pictet & Cie, un climat inflationniste depuis plusieurs mois comme en Chine où l’indice des prix est monté à 4,4%, largement au-delà des 3% visés par le gouvernement chinois. Une situation « qui a déjà eu comme conséquence de faire monter les ratios cours sur bénéfices des actions ». Autrement dit de les revaloriser et d’amoindrir leur potentiel de hausse.

Barclays Wealth Managers France, structure de gestion de la banque britannique Barclays dans l’Hexagone, a de son côté soulevé le différentiel qui existait entre le poids dans l’économies et le total des valorisations en Bourse. Ainsi, les pays émergents représentent désormais 51% de l’économie mondiale mais seulement 13% de la capitalisation boursière. Certes, Barclays Wealth Managers France juge que les cours sont « plutôt en haut de la fourchette » mais à 11,3 fois les bénéfices, « cette zone reste très attractive » par rapport à sa croissance économique. Les valorisations des actions des pays émergents « demeurent en effet attrayantes avec un PER prévisionnel d’environ 11,5, soit un niveau inférieur à la moyenne à long terme, et la croissance des bénéfices des entreprises devrait ressortir aux alentours de 20 % au cours des 12 prochains mois. De plus, les investisseurs s’attendent à ce que l’activité économique des pays développés reste atone en 2011, alors que les marchés émergents sont au contraire appelés à afficher de solides taux de croissance », confirme Allan Conway, Responsable des actions émergentes chez Schroders.

Luc Lefer, responsable des gestions pour la Banque Privée France de BNP Paribas, abonde. « Nous considérons qu’il n’est pas trop tard et surpondérons les actions des pays émergents au travers des BRIC, avec une préférence pour la Chine et la Russie qui se paient respectivement 12 fois et 6 fois leurs bénéfices attendus en 2011 », souligne-t-il, précisant que le marché russe présente une décote de 30% par rapport à sa moyenne historique.
Mais plus que les actions, Barclays a tendance à privilégier les emprunts d’Etat des pays émergents , les obligations à 5 ans portant un rendement de près de 6% soit plus du triple des taux européens. Or la crise récente a montré que les dettes des Etats du Vieux Continent n’étaient pas les moins risquées, bien au contraire. Luc Lefer se montre plus nuancé, soulignant un potentiel « moindre qu’auparavant » tout en soulignant leur intérêt achetées en devises locales, celles-ci étant selon lui appelées à s’apprécier.

Le biais des actions européennes exposées aux pays émergents

Autre piste à suivre, les actions entreprises européennes qui ont renforcé durant la dernière décennie leur présence dans les marchés émergents et qui « en récoltent aujourd’hui les fruits » constate-t-on chez Barclays, citant pour exemple les secteur du luxe ou des biens d’équipement. Cyril Lureau, directeur général du groupe financier indépendant Avenir Finance, remarque à cet égard que les économies en développement représentent « 20% du chiffre d’affaires des valeurs de l’Eurostoxx 50 (les plus importantes de la zone euro, NDLR), la moitié de leurs profits et l’intégralité de leur croissance bénéficiaire ».

Luc Lefer cite des grandes capitalisations comme Adidas, L’Oréal et Pernod-Ricard qui réalisent 30% de leur chiffre d’affaires sur ces zones émergentes.