FCP Uzès Grands Crus, ou comment investir dans les grands vins sans avoir de nez

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vin, yquem, wikimedia

Château Yquem, Pétrus, Château Margaux, Romanée-Conti, des noms qui font rêver les amateurs de vin mais aussi les investisseurs. Un nouveau fonds d'investissement vous ouvre ainsi les portes des plus grandes caves. Le fonds « Uzès Grands Crus » lancé par la société d'investissement La Financière Uzès est le premier fonds commun de placement (FCP) contractuel de droit français investi dans les grands vins français. En piste pour la route des vins dans le but d'investir...

 

Comment se porte le secteur des grands vins ?

Le marché des grands vins est structurellement acheteur en raison de la production limitée de cols, de leur consommation au fil du temps et de l'apparition constante de nouveaux amateurs et collectionneurs en particulier dans les pays émergents tels que la Chine, la Russie, le Brésil, la Corée, ou l'Inde.

D'après une étude réalisée par La Financière d'Uzès, le marché du vin est estimé à 100 milliards d'euros par an et celui des grands crus à 3 milliards d'euros. « Ce marché mondial a gagné en transparence et en efficience grâce à la multiplication des grandes ventes par des maisons d'enchères prestigieuses, au lancement de sites internet spécialisés et, surtout, grâce à la création en 1999 à Londres du Liv-ex Fine Wine Exchange, plate-forme intégrée de négociation et de règlement-livraison. Ses membres, qui sont implantés dans 33 pays, réalisent plus des trois quarts des transactions dans le monde. Le Liv-ex fournit plusieurs indices, dont le Liv-ex Fine Wine 100, l'indice de référence du marché des grands vins », précise Jean-Marie Godet, gérant du fonds Uzès Grands Crus et descendant du fondateur de la maison Cognac Godet.

Quid des performances financières ?

L'indice Liv-Ex Fine Wine 100 a progressé annuellement de 11,99% entre juillet 2001 et juillet 2011. En intégrant la correction récente, sa tendance reste haussière (+11,50% d'avril 2002 à avril 2012). Le marché a connu en effet des phases moins propices à court terme notamment entre avril 2011 et avril 2012 où il a chuté de 19% à cause d'un dégonflement de la bulle spéculative autour de quelques vins. Cependant, la performance est légèrement positive depuis le début de l'année (+1,3%).

Quelques règles de base avant d'investir dans les grands crus

Avant d'investir sur une partie de son patrimoine dans le vin, Hugues Lapauw, analyste à La Financière Uzès et œnologue, estime qu'il faut bien étudier l'historique des prix des grands crus pour connaître l'appétence des acheteurs pour la marque et la notoriété. Il conseille également de regarder attentivement les notes de dégustation en particulier celles du célèbre œnologue Robert Parker et les prix relatifs des différents millésimes des vins en question. Cette dernière information permet de savoir si un grand cru est sous ou surévalué. En termes d'allocation, l'analyste privilégie les vins les plus prestigieux notamment les Bordeaux, mais pas uniquement. « Pour des raisons de liquidité, si vous souhaitez revendre assez rapidement votre portefeuille, il faut pondérer les Bordeaux à plus de 50% », précise Hugues Lapauw. Un petit conseil pour le millésime 2011 ? « Il ressort un petit peu trop cher. Pour boire, le grand cru Vieux château Certan est un excellent conseil pour 2011. Néanmoins, les marques les mieux classées pour investir comme le Château Latour ou le Château Cheval Blanc risquent également de ressortir un peu trop cher par rapport au prix auquel on aurait conseillé de l'acheter », précise le spécialiste des grands crus.

L'art de vivre à la française

Les investisseurs un peu échaudés par la Bourse cherchent des sources de diversification mais surtout des placements dits « défensifs ». L'entreprise d'investissement familiale, La Financière d'Uzès investit le créneau en lançant un fonds contractuel agréé par l'AMF sur les grands crus français et à la marge étranger. Cette idée apparue deux ans plus tôt provient de la passion pour les vins d'exception des deux principaux dirigeants de La Financière d'Uzès, Dominique Goirand et Bruno Pierard.

« Symboles de la culture et de l'art de vivre français, les vins d'exception font historiquement partie du patrimoine de nos clients. Alors que les grands crus constituent désormais un marché mondial, dont une large part est organisée et régulée, ils sont devenus des actifs financiers très attractifs », affirme Dominique Goirand, PDG de l'entreprise d'investissement familiale, qui apprécie également la résilience de la classe d'actifs.

Rendement visé de 10% par an

Le fonds Uzès Grands Crus, dont la souscription est ouverte jusqu'au 30 septembre 2012, a pour objectif de procurer, à l'horizon de 5 ans, un taux de rendement supérieur à celui de l'Obligation assimilable du Trésor (OAT) de même maturité, grâce à la gestion active d'un portefeuille de grands crus (75% minimum de l'actif). L'objectif de rendement non garanti mais anticipé par le gérant s'élève à plus de 10% par an.

Ce portefeuille sera investi, pour au moins 50% dans des grands vins de Bordeaux et de Bourgogne, le solde dans des vins d'exception de la vallée du Rhône ou de domaines étrangers notamment en Italie. Le gérant concentrera leurs investissements sur des millésimes récents (autour d'une dizaine d'année) et à de rares exceptions sur de plus vieux millésimes.

Cependant, ce placement n'est pas accessible à tous les types de clients, il faut avoir le statut d'investisseur qualifié, c'est-à-dire posséder un portefeuille financier consistant, ou ne pas faire fi des risques conférés à ce produit. Si un investisseur ne détient pas en propre ce statut, il peut passer par l'intermédiaire d'un professionnel tel qu'un CGPI ou un gérant privé pour acquérir des parts du fonds. De plus, la souscription minimale est fixée à 30.000 euros, soit 6 parts d'une valeur d'origine de 5.000 euros.

Le prospectus du fonds contractuel stipule des contrôles renforcés des règles d'évaluation et de comptabilisation de ses actifs en portefeuille. Etablie tous les trimestres à partir des cours officiels du Liv-ex (indice de référence du vin), la valeur liquidative du fonds sera, en plus, contrôlée régulièrement par un expert judiciaire indépendant assermenté près du Tribunal de Bordeaux. Ces contrôles ont pour but de renforcer la transparence du fonds.

Le gérant du fonds appliquera une stratégie d'investissement mixte basée sur une approche macroéconomique (analyse des marques, des régions ou appellations, des millésimes) puis une étude microéconomique (analyse des notes des spécialistes, notes du fameux œnologue Robert Parker, des prix comparés) pour la sélection des vins. Une approche aussi rigoureuse sera appliquée par le gérant pour la vente des grands crus : fixation d'un prix de revente minimum, établissement d'un planning de cession et analyse semestrielle des écarts de rendement.

Les fonds sont bloqués pendant cinq ans mais avec des possibilités de sortie anticipées (maximum 20% des parts par an complété par des droits de sortie). Sans plus détails, La Financière d'Uzès a dans l'idée de créer des événements autour du vin avec les actionnaires (dégustation ?). Attention l'abus d'alcool est dangereux pour la santé. L'abus de grands vins dans un portefeuille également. Il est recommandé de ne pas investir plus de 4-5% de ses avoirs financiers dans une telle classe d'actifs de diversification.

Encadré : Investir dans des grands crus sans y goûter, c'est quand même rageant. Néanmoins, la Financière d'Uzès a proposé à l'origine à l'AMF une possibilité de sortir du fonds en vin... Le gendarme de la Bourse a refusé cette possibilité considérant cette sortie inéquitable. En effet, tous les investisseurs se seraient rués vers les plus grands crus au détriment des vins un peu moins célèbres. Cependant, à sa sortie du fonds, rien n'empêche un investisseur de demander à La Financière d'Uzès de lui acheter quelques cols au prix du marché actuel.

 

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