Fonds euros : pourquoi les rendements sont-ils en baisse ?


EXPLICATIONS. La chute des rendements des fonds en euros des contrats d'assurance vie est la conséquence de la chute ininterrompue des taux des emprunts d'Etat, qui n'a pas été compensée par les autres composantes des portefeuilles des assureurs.

La baisse des rendements des supports en euros des contrats d’assurance vie observée en 2010 est due à la conjugaison de facteurs structurels et conjoncturels. « Les trente dernières années ont été la meilleure période de l’histoire pour les actifs obligataires avec des rendements de 7,2% par an en moyenne depuis 1982, contre +2% sur le très long terme. Mais l’excès d’offre de dette qui touche tous les pays développés amène les produits de taux à être moins performants », observe Cyril Lureau, directeur général du groupe financier indépendant Avenir Finance.

« Le principal moteur de la performance des fonds en euros a disparu »

Cette abondance d’émissions obligataires des Etats s’est accompagnée d’une baisse des indices des prix, en particulier dans la zone Euro mais aussi aux Etats-Unis. « Nous avons connu une décrue importante de l’inflation et parallèlement les taux d’intérêt ont baissé », analyse Gilles Dupin, PDG de Monceau assurances. Point de vue partagé par Cyril Lureau. « Le principal moteur de la performance des fonds en euros, l’inflation, a disparu », relève-t-il.

Résultat, le taux moyen des emprunts d’état (TME) à plus de 7 ans, indicateur représentatif du marché obligataire qui donne le « la » des performances des fonds en euros , « est en décroissance continue depuis les années 1990 », constate Gilles Ulrich, directeur général du Conservateur. Sachant que les portefeuilles des assureurs est composé pour plus d’un tiers (35,5% à fin 2009, source FFSA) d’obligations d’Etats de l’OCDE. Le TME est ainsi tombé de 5,5% en 2000 à 3,7% en 2009 et 3,2% en 2010, avec un point bas sous les 3% entre septembre et novembre 2010.

Dans la continuité de cette baisse structurelle, les taux longs français et allemands ont atteint des plus bas historiques (2,2% pour le Bund Allemand et 2,4% pour l’OAT en France). Surtout, tout l’enjeu pour les assureurs était d’optimiser le couple risque / rendement, entre ces taux bas et ceux des pays périphériques qui ont dépassé les 7% pour le Portugal ou l’Espagne et même dépassé les 10% pour les emprunts obligataires émis par la Grèce.

Toujours en matière de placements obligataires, on signalera que les taux d’intérêt des obligations d’entreprises « ont diminué de 100 points de base en 2010 », comme l’a constaté la banque privée Pictet. Dès lors, certains assureurs ont été contraints de limiter leurs placements sur ce type d’actifs qui représentaient près de 35% de leurs portefeuilles à fin 2009 (Source FFSA). « Les écarts de rendement entre les obligations émises par les entreprises et celles émises par les Etats présentaient des niveaux élevés jusque début 2009, rémunérant ainsi de manière satisfaisante le risque pris. Depuis, ces écarts se sont amenuisés et ne nous paraissent plus suffisants pour rémunérer ce type de risque. Nous avons donc nettement ralenti nos investissements sur les obligations du secteur privé, sans les stopper naturellement », écrivait Axeria Vie dans le rapport de gestion à fin septembre 2010 de son fonds en euros.

Pas de compensation par les actifs non obligataires

De plus, le marché boursier parisien a subi une contre-performance en 2010 (-3,34% pour le CAC 40) qui n’a pas permis aux assureurs d’engranger des plus-values aussi confortables qu’en 2009 (+22,3% pour l’indice-phare de NYSE-Euronext Paris) ou d’effacer les moins-values issues du krach de 2008 (-42,7% pour le CAC 40). Les actions représentent environ un cinquième des portefeuilles des assureurs.

L’immobilier (2 à 3% des actifs des assureurs) a quant à lui souffert « des renégociations à la baisse des loyers en raison de la crise et d’une hausse des taux de vacance des SCPI (Sociétés civiles de placement immobilier) », comme le souligne Bernard Le Bras, PDG d’ACMN Vie.

Last but not least, nombre d’assureurs ont conservé une poche de liquidité (non investie dans telle ou telle classe d’actif), parfois jusqu’à 10% très peu rémunératrice avec un EONIA à 0,4% afin de de saisir des opportunités tant que le marché boursier qu’obligataire dans un contexte de remontée des taux d’intérêt depuis octobre 2010.

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>> Historique des performances des fonds en euros depuis 2000