Forex : trading perdant pour 89% des investisseurs


Le Forex continue de faire des dégâts en France. Selon l'Autorité des marchés financiers (AMF), les investisseurs ont essuyé une perte moyenne de près de 11.000 euros entre 2009 et 2012 sur les sites agréés. Par ailleurs, les arnaques se multiplient sur les plateformes de trading illégales.

Siège de l'Autorité des marchés financiers

« Le Forex est un marché à fuir pour les particuliers. » L’avertissement de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur le marché des changes non régulé n’est pas nouveau. Et pourtant, le gendarme de la Bourse s’émeut encore une fois des ravages du trading sur le Forex, qui touche chaque année de nombreux de Français.

Pour mettre en lumière les dangers de ces opérations, l’AMF a publié lundi 13 octobre 2014 une étude sur les « résultats des investisseurs particuliers sur le trading de CFD et de Forex en France ». Réalisée en collectant les données de prestataires de services autorisés dans l’Hexagone représentant environ 50% des clients, cette enquête aboutit à un constat sans appel : entre 2009 et 2012, 89% des investisseurs passés par des plateformes de Forex ou de CFD, un produit dérivé qui à l’instar du Forex utilise l’effet de levier, ont essuyé une perte. Une étude menée en Pologne sur l’année 2011 conduisait à un taux similaire de 82%.

Perte moyenne de 10.887 euros

Surtout, parmi les 14.799 clients interrogés, 13.224 ont perdu plus de 13.200 euros en moyenne, soit au total 175 millions d’euros, les gagnants ne représentant que 1.575 personnes, pour un gain limité à 13,8 millions d’euros. Ainsi, la perte moyenne sur l’ensemble du panel étudié grimpe à 10.887 euros tandis que le résultat médian, c’est-à-dire au-dessus duquel se situe la perte de 50% des investisseurs, atteint 1.843 euros. Ainsi, si l’écrasante majorité des personnes qui parient sur le marché des changes en sont pour leurs frais, ceux-ci varient fortement d’un client à un autre. Ils passent de 10.887 euros pour les investisseurs effectuant au moins un ordre sur la période 2009-2012 à 15.043 euros pour ceux ayant passé au minimum 100 ordres, à 18.741 pour les 52% des clients qui ont réalisé plus de 250 ordres de transaction, la perte maximale moyenne atteignant 75.394 euros pour les personnes qui ont passé plus de 5.000 ordres en l’espace de quatre ans. « Les résultats se dégradent à mesure que la clientèle passe plus d’ordres », observe Benoît de Juvigny, ce qui fait dire au secrétaire général de l’AMF que « l’effet d’apprentissage est nul » sur le Forex.

Les dangers de l’effet de levier

Comment expliquer des pertes si importantes qu’elles peuvent conduire un client à la ruine ? Ces résultats catastrophiques sont liés à l’effet de levier, un procédé qui permet à l’investisseur d’être exposé sur une somme beaucoup plus élevée que sa mise initiale. « Avec un investissement de 100 euros, on peut miser jusqu’à 40.000 euros », illustre Natalie Lemaire, directrice en charge des relations avec les épargnants auprès de l’AMF. Or, les investisseurs ont tendance à retirer leurs gains très rapidement de peur de perdre leurs profits. A l’inverse, ils attendent souvent la remontée de la devise sur laquelle ils ont parié lorsque celle-ci dévisse, creusant davantage leurs pertes. Une attitude classique de la finance comportementale pour les experts de l’AMF, qui contribue aux mauvaises performances sur le Forex.

Pour se prémunir des dangers du Forex, l’Autorité des marchés financiers recommande aux particuliers de s’éloigner des plateformes de trading sur le marché des changes sous toutes leurs formes. Car si l’aléa est très important sur les sites des prestataires agréés, il est tout simplement nul sur les plateformes qui opèrent sans agrément : l’investisseur est inéluctablement perdant lorsqu’il mise ses économies par l’intermédiaire d’un prestataire de services enregistré dans un autre pays de l’Union européenne, voire inscrit sur la liste des sites non autorisés régulièrement actualisée par l’AMF.

Le grand public exposé aux escroqueries

Attirés par des publicités prometteuses, vantant des gains assurés et la facilité à générer un profit sur le marché des changes, les internautes se voient confier un compte de démonstration « forcément gagnant », alerte Natalie Lemaire. Passé cette étape, les clients misent sur la plateforme… ou plus exactement pensent le faire, puisque « l’argent n’est jamais placé », poursuit Natalie Lemaire. Le piège se referme alors sur ces personnes qui sont incitées par les plateformes à remettre au pot pour « se refaire », via notamment la promesse d’un bonus présenté comme certain qui s’avère quasi-systématiquement impossible à toucher. « Ces victimes ruinées font en plus parfois l’objet de menaces », déplore la directrice en charge des relations avec les épargnants à l’AMF.

Peu au fait de ces pratiques, les internautes sont de plus en plus nombreux à tomber dans le panneau. Les publicités incitant à se lancer sur le Forex se multiplient et représentent le tiers des annonces totales sur le web. Les prestataires non agréés diffusent leurs réclames sur des sites à forte audience comme Saveurs du Monde, Football 365 ou encore Pages Jaunes. Professions libérales, chômeurs, femmes au foyer ou retraités… « il n’y a pas de profil type d’investisseur », souligne l’AMF qui pointe toutefois des cas « extrêmes » comme les personnes âgées, fragiles psychologiquement, disposant de faibles revenus ou endettées, poussées au bord du précipice.

Presque aucune possibilité de recours

Alors que les plaintes déposées sur le portail de l’AMF, Epargne Info Service, concernant le Forex et le trading d’options binaires (qui consiste à parier sur la hausse ou la baisse d’un actif sur un laps de temps donné) n’ont jamais été aussi nombreuses (810 sur les 7 premiers mois de l’année contre 666 en 2013), le gendarme de la Bourse a décidé de lancer une vaste campagne de communication sur les dangers du marché des changes non régulé. Vidéos, témoignages et bannières sont déployés depuis lundi 13 octobre pour sensibiliser les internautes aux dangers du Forex. « La meilleure protection est la prévention », résume ainsi Benoît de Juvigny.

Des méthodes, qui peuvent paraître dérisoires face à ce fléau, l’AMF ne pouvant que très rarement demander la fermeture des sites non agréés, pour la plupart basés juridiquement à Chypre donc dans l’Union européenne. Et si Benoît de Juvigny précise que l’AMF a réussi à obtenir récemment auprès du Tribunal de grande instance de Paris le blocage de certaines plateformes sans agrément, la menace plane toujours au-dessus des internautes. D’où le pari de l’AMF de miser sur la prévention, les particuliers escroqués ne pouvant que dans de très rares cas récupérer leurs pertes dans le cadre de la médiation de l’AMF.

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