Interview exclusive : « la crise grecque ne joue pas en faveur des rendements des contrats d’assurance vie »


L'économiste Philippe Crevel écarte un risque de banqueroute ou de pertes sur capital de l'épargne. Il pense cependant que les taux de rémunération vont diminuer en raison des obligations d'Etat grecques.

La crise grecque affole les marchés financiers. Quels sont les risques pour les épargnants ?

Le plan européen mis en œuvre a pour but de sécuriser la dette grecque et d’éviter la banqueroute du pays. La France est le premier détenteur d’emprunts grecs en Europe, mais de ce côté-là le risque est bien géré et limité. Le capital des placements n’est donc pas remis en cause. Ceci dit, il existe des conséquences sur la valeur des obligations à moyen et long terme si la situation actuelle perdure. La méfiance des marchés vis-à-vis des pays fortement endettés augmente. Résultat, les taux d’intérêts s’accroissent et la valeur des anciennes obligations baisse.

Le rendement des contrats d’assurance vie sera donc touché ?

La crise grecque ne joue pas en faveur des rendements des contrats d’assurance vie en euros. La grande majorité des contrats d’assurance vie en euros comporte en effet des obligations grecques. Cette situation limite les possibilités des assureurs : soit ils vendent leurs anciennes obligations et perdent de l’argent pour acheter aux taux actuels, soit ils gardent et n’ont plus de capitaux pour obtenir les nouvelles obligations.

De plus, certains banquiers se disent aujourd’hui qu’il vaut mieux se rabattre sur des obligations moins risquées mais au taux plus faible, comme celles émises par l’Allemagne, la France et les Etats-Unis.

Peut-on chiffrer l’impact de la crise grecque sur les taux de rendements des contrats d’assurance vie ?

Difficile de donner une estimation. Nous sommes en milieu d’année et d’autres facteurs comme l’inflation, influencent les taux. Aujourd’hui et si la situation n’évolue pas, je dirai que la crise grecque impactera de 0,1 à 0,2 point le rendement des contrats.

Les bourses mondiales sont en forte baisse. Comment expliquer ce phénomène alors que les résultats des entreprises cotées sont plutôt bons en ce début d’année ?

Le problème vient de la méfiance des marchés vis-à-vis de la zone euro. L’une des principales zones économiques dans le monde vient de montrer son incapacité à bâtir une réponse rapide sur une crise limitée, celle de la Grèce. Les marchés s’interrogent sur la capacité de l’Union à réagir si le même problème venait d’un pays plus important comme l’Espagne ou le Portugal. La crise a montré le manque de solidarité entre les Etats.

Et cela aura des conséquences sur la reprise économique ?

Il ne faut pas oublier que la reprise économique est dopée par la dépense publique. Si cette dernière s’arrête avec les différents plans de rigueur, les investisseurs peuvent être amenés à s’interroger sur la capacité de maintenir cette embellie.

La France est aussi fortement endettée. Pourquoi semble-t-elle épargnée par les menaces des agences de notation ?

Si on regarde les chiffres bruts, on se dit qu’une dégradation de la note de crédit de la France est possible. Sur le papier, la situation espagnole apparaît même moins grave que la position française. Mais la France bénéficie de plusieurs atouts. Son passé tout d’abord : elle a honoré tous ses engagements financiers depuis 200 ans. Elle a de plus encore des capacités pour augmenter les impôts, et le taux d’épargne est fort, ce qui laisse des disponibilités pour financer les emprunts.

Vous parlez de capacités à augmenter les impôts, alors que le gouvernement martèle qu’il n’y aura pas de hausse de la pression fiscale ?

Je crains que l’on n’échappe pas à une augmentation des impôts d’ici à la fin de l’année. Peut-être pas directement sur l’impôt sur le revenu, mais d’autres, comme les cotisations sociales ou les taxes sur les produits financiers par exemple.