Introductions en Bourse : « des opportunités de décote de 15 à 20% »


INTERVIEW - Les introductions en Bourse se succèdent depuis plusieurs semaines. Le retour des investisseurs sur les marchés actions n'est pas étranger au phénomène pour Cédric Chaboud, gérant chez SPGP, en charge des investissements de la Sicav Skylar Origin, dédiée aux IPO.

IPO : le marché vu par Cédric Chaboud (SPGP)

Toutsurmesfinances.com : Twitter, Criteo aux Etats-Unis, Blue Solutions et Numericable en France… Comment expliquer ce renouveau des IPO des deux côtés de l’Atlantique, systématiquement sursouscrites de surcroît ?
Cédric Chaboud : Nous assistons à un regain d’appétit pour les actions sur le marché américain depuis plusieurs semestres, depuis quelques mois en Europe et en France. Ce retour est la traduction en Bourse de données macro-économiques qui se stabilisent voire qui s’améliorent. Je pense notamment à la zone euro qui est sortie de l’ornière de la crise des dettes souveraines grâce à l’action de Mario Draghi. L’Europe en est encore aux prémices de ce mouvement. Pour les investisseurs institutionnels, notamment les fonds de pension, qui augmentent de nouveau leur exposition au risque, l’IPO (acronyme anglais d’introduction en Bourse) est un moyen de se constituer une ligne importante d’une valeur en une seule et même opération, souvent avec une décote.

 

Pourquoi les cours de Bourse connaissent-ils de fortes hausses dès les premiers échanges le jour de la cotation ?
Les titres sont proposés dans le bas des fourchettes de valorisation établies avant les IPO par les analystes. Les décotes offertes sont de 15 à 20% en moyenne. Elles se résorbent très rapidement. Ce type d’opportunités permet de générer de la performance pour l’investisseur dès les premières heures de cotation. Le fait que le cours de Bourse de Blue Solutions grimpe de 45% durant sa première séance en Bourse n’est pas un hasard : cela signifie que la société en a gardé sous le pied sur le prix de l’offre. D’une manière générale, la logique est de proposer une valorisation attractive pour ne pas effrayer les acheteurs potentiels et assurer le succès de l’opération. Les afflux d’ordres durant la période de souscription permettent ensuite aux émetteurs de réviser les fourchettes de prix selon la demande.

 

« Twitter me fait penser à Facebook il y a 5 ou 6 ans »

 

A quoi peut-on attribuer le raz-de-marée d’acheteurs à l’IPO de Twitter et le bond de 73% de l’action le jour de ses débuts à la Bourse de New York ?
A l’effet rareté. Il n’existe pas 36 façons de s’exposer au secteur des réseaux sociaux. Les opportunités d’y investir sont extrêmement rares et Twitter est un produit unique. Les investisseurs achètent un potentiel à l’horizon 2015-2016. Le site de micro-blogging me fait penser à Facebook il y a 5 ou 6 ans, son stade de développement est très précoce. Si vous croyez au business model, vous avez devant vous une société qui va délivrer énormément de croissance. Mais Twitter peut très bien échouer. Ce type de société étant assez binaire, l’investissement est spéculatif.

 

La SICAV Skylar Origin dont vous êtes le gérant a-t-elle investi dans Twitter ?

Oui, le fonds s’est positionné en souscrivant à l’IPO. 70 millions d’actions avaient été mises en vente dans une fourchette initiale indicative de 23 à 25 dollars et le prix a finalement été fixé au-delà, à 26 dollars. L’action a touché un plus haut à plus de 50 dollars pour clôturer à 44,90. Nous avons vendu dès la première séance. Entre 25 et 27 dollars, nous serons de nouveau acheteurs. L’an dernier lors de l’entrée en Bourse de Facebook, nous avions fait de même. Introduit à 38 dollars, le cours est tombé sous les 20 et cote désormais plus de 50 dollars, un rally (rebond, NDLR) dont nous avons profité en grande partie.

 

Comment un particulier peut-il investir sur des introductions en Bourse aux Etats-Unis, sur le Nyse ou au Nasdaq ?
Uniquement via des fonds comme le nôtre. Avec moins de 10 millions de dollars, il est extrêmement difficile d’accéder au papier en direct. Si vous n’êtes pas professionnel, vous n’avez pas accès à la recherche en analyse financière qui permet de mieux apprécier la qualité et les fondamentaux des dossiers. D’où notre idée de monter en février 2010 un fonds qui mutualise les ordres d’achat de tous les clients souhaitant un accès aux IPO du monde entier. Notre différence fondamentale par rapport aux autres fonds est d’investir le jour de l’IPO pour se positionner d’emblée sur des leaders mondiaux de demain dont les marchés vont quadrupler ou quintupler de taille. Je pense que l’introduction en Bourse est un bon point d’entrée, ce qui ne nous empêche pas de saisir des opportunités, à l’image de Facebook.

 

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