ISR : « Pas encore une priorité pour les banques »


INTERVIEW – L'investissement socialement responsable (ISR) est encore très méconnu des Français. Pour Grégoire Cousté, délégué général du Forum pour l'investissement responsable (FIR), il s'agit d'élargir ce type de placement au grand public.  

Le fonds ISR est un placement financier qui respecte des critères sociaux et environnementaux.

Toutsurmesfinances.com : La quatrième semaine de l’ISR se tient du 14 au 20 octobre 2013. Vous avez choisi le slogan « Exiger l’ISR », pourquoi ?

 

Grégoire Cousté : Pour toucher le grand public. Mais surtout, pour inciter les agences à ouvrir ce réseau. Toutes les grandes banques ont des produits d’investissement socialement responsable, des brochures, mais les chargés de clientèle ne les commercialisent pas encore assez. Ce n’est pas encore une priorité. Pourtant la demande de placement ISR augmente chez les épargnants. Le maillon faible réside dans le marketing et la distribution, et l’objectif de cette semaine est là : compléter ce trou, mobiliser les produits financiers. Il faut que la proposition d’ISR soit une offre, pas un choix de la banque. Stimuler l’offre par la demande, car elle existe bel et bien dans la consommation, d’où « exiger l’ISR », comme on exige des produits bio. Il faut une interaction : créer un dialogue entre chargés de clientèle et épargnants pour faire connaître le dispositif et l’améliorer.
Le chargé de clientèle doit parler de l’ISR au client qui le demande, qui veut en savoir plus. Les documents existent, mais pas l’histoire. Il faut que les directions marketing déploient plus de campagnes qu’actuellement.

Comment fonctionne un placement ISR ?

La transparence est primordiale, dire ce que vous faites en tant qu’entreprise. En plus des critères ESG (environnement, social, gouvernance) à respecter, nous avons créé (la FIR) avec l’association française de gestion financière, le code de transparence. Tout ISR doit remplir ce code de transparence, qui agit comme un filtre des ressources, des méthodes de tout placement ISR. Le contenu du portefeuille et sa publication dans son intégralité sont vérifiés par le label octroyé par Novethic en plus du respect du code de transparence. Il y a également la dynamique du « best-in-class » (choix d’entreprises dans le même secteur d’activité, celles qui ont les meilleures pratiques par rapport aux critères ESG, NDLR) et de l’exclusion (filtre sectoriel ou thématique appliqué dans la sélection d’entreprises + intégration de critères ESG dans le portefeuille, NDLR).
Il existe beaucoup de contrôles, les critères de sélectivité sont très importants. L’objectif d’un fonds ISR est de modifier la façon de procéder de l’entreprise : l’ISR, si ça ne change rien, ça ne sert à rien.

Comment être sûr, en tant qu’épargnant, que ces critères sont respectés ?

En France, nous sommes les seuls à avoir rendu le code de transparence obligatoire, la définition de développement durable est d’autant plus exigeante. L’entreprise se trouve dans l’obligation de faire un reporting (compte rendu de l’activité de l’entreprise, NDLR) en matière de développement durable concernant l’ISR. La société de gestion ESG impose à toute entreprise de justifier le pourcentage d’encours ISR qu’elle possède et comment elle procède dans le respect des critères ESG. Des agences de notation vérifient régulièrement la sécurité du fonds et le respect d’une grille de valeurs.
L’univers d’investissement est limité. Les valeurs à risques sont filtrées et disparaissent des fonds ISR, ce qui limite les risques pour le souscripteur. On ne prend que le meilleur dans chaque secteur d’activité. Certes, il existe toujours des risques si on exige des fonds dans certains secteurs très portés sur le développement durable comme les nouvelles technologies, qui subissent plus d’aléas. C’est un univers plus incertain et exposé à plus de risques. Après, plus le fonds est diversifié, plus il y a de performance et de sécurité.

Comment y souscrire et quel est l’impact sur l’entreprise ?
Le grand public peut le demander partout : dans l’immobilier, l’assurance-vie. Plus les gens connaissent l’ISR, plus ils le demandent. C’est placer son argent de façon utile. L’épargne salariale est le fonds le plus souscrit grâce au travail des syndicats qui ont parlé de l’ISR très tôt. Des gammes labélisées sont proposées aux salariés qui ont ainsi la liberté de choisir. 30% du marché de l’épargne salariale est un fonds ISR. Alors que l’ISR représente 6% du marché global.
Proposer un ISR, c’est un engagement. Le but est d’exercer une influence sur l’entreprise. Il peut être frustrant pour un épargnant de voir son argent placé par une maison de gestion chez Total. Mais le pétrole constitue encore un besoin dans notre société. Ce qu’il faut, c’est que l’entreprise modifie sa gestion, justement par l’influence de l’ISR. Créer un dialogue avec la société pour différencier ses pratiques de gouvernance, sociales et environnementales. Aller vers une amélioration. Et l’épargnant agit là-dessus en souscrivant à un ISR.

Propos recueillis par Solenne Dimofski

 

Plus de précisions sur l’ISR :

Semaine de l’ISR 2013 : 18% des Français prêts à y investir