« L’histoire a démontré que l’or est le placement le plus protecteur contre l’inflation »


INTERVIEW. François de Lassus, le porte-parole de CPor Devises, estime que la demande en or va rester forte. Il privilégie l'achat physique de ce métal jaune, plus liquide que les trackers selon lui.

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François de Lassus, porte-parole de CPoR Devises

Le prix de l’or a grimpé en flèche depuis deux ans. Pensez-vous que nous assistons au gonflement d’une bulle spéculative ?
Nous ne sommes pas dans une bulle spéculative, car les fondamentaux du marchés sont bons : la demande en or augmente alors que l’offre est atone. La demande est d’abord tirée par la bijouterie, puis par les investissements. Enfin, les applications industrielles pèsent aussi, même si cela joue à la marge. De l’autre coté, la production minière reste étale depuis plusieurs années. Il est de plus en plus difficile de trouver des gisements et bien souvent la teneur en or fin de la roche est peu élevée. De plus, il se passe sept à huit ans entre le moment ou le gisement est découvert et celui ou l’or est commercialisé. Les mineurs extraient 2 000 tonnes par an, alors que la demande tourne autour de 3 500 tonnes.

 

Il y a donc un déficit d’offre ?
Il ne faut pas oublier l’or recyclé. Ce métal ne s’abîme pas avec le temps, et il peut être transformé de nombreuses fois. Les estimations font état de 22 000 tonnes encore non extraites sous terre, alors que 163 000 tonnes d’or sont détenues sur terre.

Comment expliquer que l’or soit considéré comme une valeur refuge ?
La hausse du prix de l’or est apparue aux débuts des années 2000. En 10 ans, le cours du métal précieux a augmenté de 400% en dollar alors que dans le même temps, le CAC 40 a perdu 40% de sa valeur (-38,5% précisément au 17 novembre 2010, NDLR). L’histoire a démontré que l’or est le placement le plus protecteur contre l’inflation. Avec une once d’or en 1900, vous pouviez acheter un costume de qualité ; avec une once d’or, vous pouvez toujours vous offrir un costume de qualité en 2010. De plus, l’or sert d’instrument de couverture au dollar et n’est pas corrélé à d’autres actifs financiers. Sa production est diversifiée dans le monde, tout comme la demande.

Les Etats jouent-ils aussi un rôle dans cette augmentation du prix de l’or ?
Les banques centrales disposent d’un quota de ventes annuelles. Au global, elles peuvent vendre 400 tonnes d’or par an. Mais depuis 2009, les banques centrales ne vendent plus. Celles des pays émergents sont mêmes acheteuses.

Les experts parlent aussi du rôle de la Chine dans cette hausse ?
Le pourcentage de l’or dans les réserves de la banque Centrale de Chine est encore modeste comparé celui de la banques centrales américaine, allemande et française. La Chine est devenue le premier pays producteur d’or au monde. Elle encourage ses ressortissants à détenir de l’or dans leurs portefeuilles. Il suffit que la Chine augmente un peu sa demande pour que la hausse du prix de l’or se confirme.

Quels sont les avantages pour un investisseur d’acheter de l’or ?
Pour l’investisseur, mettre de l’or dans son portefeuille lui permet de prendre plus de risques sur d’autres placements car l’or sous sa forme physique se caractérise par son absence de risque émetteur. Cependant, le métal n’offre pas de dividende.

Combien doit-il en acheter ?
Si je me réfère aux professionnels, le bon ratio se situe entre 5 et 10% des placements financiers, sous différentes formes. Un tracker permet de répliquer pas à pas le cours de l’or. Mais vous n’avez pas la disponibilité physique de l’or sur lequel il est adossé. A l’inverse, l’avantage d’acheter des pièces ou des lingots est de pouvoir en disposer à tout moment. Chacun de ses instruments a des atouts.

Stocker de l’or dans une banque ou chez soit a un coût. Cela n’obère-t-il pas tout l’attrait à ce type de placement ?
Aujourd’hui le coût annuel de stockage dans une banque s’élève à environ entre 1% et 1,5% de la valeur détenue. Cela peut paraître élevé mais il existe aussi des frais de stockage pour les titres, alors que le traitement est informatisé. Pour l’or, il faut des coffres, des mesures de sécurité et des contrats d’assurance à la hauteur… L’autre avantage de stocker son or dans une banque est de pouvoir fournir au fisc les preuves d’achat, afin de pouvoir exercer, à la revente, l’option du régime de la taxation sur la plus value réelle. Pour les lingots, vous n’aurez aucun problème, ils sont facilement identifiables par leur numéro. Le cas se pose pour les pièces : il vous faudra prouver que les pièces vendues sont bien celles mentionnées. En les faisant acheter et garder par une banque, ce souci disparaît.

Lors de la revente, quelles sont les taxes en vigueur ?
Vous avez le choix entre deux types d’imposition : une taxe de 8% sur la valeur globale ou l’imposition des plus-values. La taxe de 8% s’applique notamment lorsque vous n’avez pas de preuve d’achat de l’or, y compris si vous vendez à perte. La seconde option s’apparente au régime classique des plus-values : elle s’élève à 30,1% des gains, dont 12,1% de cotisations sociales. Une décote de 10% par an est appliquée au-delà de deux années de détention. Au bout de 12 ans, l’imposition est annulée.

En savoir plus
>> Le rôle de CPor Devises sur le marché de l’or