« L’IBO, une offre publique d’obligations cotées en Bourse »


INTERVIEW - Les investisseurs ont désormais la possibilité d'investir dans des obligations de PME-ETI dans le cadre d'IBO, des offres de souscriptions au public similaires aux introductions en Bourse. Explications de Marc Lefèvre, directeur Listings Europe de l'opérateur boursier NYSE Euronext.

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Toutsurlesplacements.com : Qu’est qu’une IBO ?
Marc Lefèvre : L’acronyme IBO signifie « Initial Bond Offering », en référence au terme IPO (Initial Public Offering, NDLR), terme anglais désignant les introductions en Bourse. Il s’agit d’une offre publique obligataire permettant aux investisseurs, notamment aux investisseurs particuliers, de placer une partie de leur épargne dans des obligations de petites et moyennes entreprises (PME) ou d’entreprises de taille intermédiaire (ETI). Ils peuvent ainsi contribuer au financement de l’économie réelle, en accord avec l’un des objectifs prioritaires affichés par le gouvernement, diversifier leur portefeuille sur une classe d’actifs traditionnellement peu accessible et bénéficier d’un marché secondaire efficient.

 

Pour quelles raisons les entreprises peuvent-elles être amenées à recourir à une émission obligataire par offre au public ?
L’IBO est une réponse aux difficultés de financement des PME-ETI, dont 92% se financent par crédit bancaire. Les règles prudentielles obligent les banques à couper le robinet du crédit. Beaucoup d’entreprises émettrices que nous côtoyons se voient couper leurs lignes de financement de réserve et/ou réduire les lignes utilisées. Aussi, jusqu’à présent, les sociétés se cotaient en Bourse via l’Equity (les actions, NDLR) mais il n’est pas toujours facile de lancer une augmentation de capital aux niveaux des cours actuels, qui sont assez dépréciés après les 5 années de crise que nous venons de vivre. J’ajouterais que les entrepreneurs souhaitant garder la maîtrise de leur actionnariat peuvent y trouver leur compte puisqu’une émission d’obligations permet de ne pas diluer un actionnaire. Pour toutes ces raisons, nous pensons que diversifier les sources de financement des PME-PMI grâce aux obligations fait sens. D’autant que ce mode de financement est déjà éprouvé comme l’atteste Sanofi, première capitalisation boursière du CAC 40, qui se finance à plus de 90% par des placements obligataires.

 

Parlons maintenant du sous-jacent. Quels types d’entreprises vont émettre des obligations par voie d’IBO ?
Le montant minimum d’émission est fixé à 5 millions d’euros. Les sociétés non cotées comme celles déjà cotées peuvent émettre des obligations par offre au public. Pour les PME-ETI non cotées, l’IBO va leur permettre de faire leurs premiers pas en Bourse par l’obligataire qui est un mode d’accès au marché moins contraignant sur le plan réglementaire que l’IPO. Pour les PME-ETI cotées, c’est un moyen de renouer le fil du dialogue avec les particuliers ou d’attirer de nouveaux investisseurs. Des sociétés cotées de taille plus importantes, dont les capitalisations boursières dépassent le milliard d’euros (compartiment A, NDLR) se sont montrées intéressées par le concept en vue de développer leur base d’investisseurs particuliers.

 

Quel sont les rendements et les horizons d’investissement d’une obligation d’entreprise ?
Le particulier accède à un produit dont les performances sont nettement plus intéressantes qu’un livret et moins volatiles qu’une action. Les premières IBO ont été émises sur une maturité de 5 ans avec des taux compris entre 5 et 8% avant impôts. En règle générale, les émissions d’IBO sont plutôt considérées comme des produits « buy and hold » où le porteur d’obligations garde ses titres jusqu’à maturité, soit au minimum cinq ans.

 

Les émetteurs PME-ETI sont par nature moins solides que les grandes entreprises, des dépôts de bilan ou des restructurations d’emprunts obligataires se sont déjà produits. Ce placement est-il risqué ?
Le capital n’est pas garanti. Ensuite, c’est la loi du marché qui est à l’œuvre : plus l’actif sur lequel vous investissez est risqué, plus votre prise de risque est récompensée par un rendement élevé. Pour les capitalisations inférieures à 100 millions d’euros, nous avons travaillé avec l’AMF (Autorité des marchés financiers) pour imposer un rating. La notation par une agence indépendante est un gage de qualité donné au marché.

 

Comment souscrire des obligations dans le cadre d’une IBO ?
Le processus de souscription des ordres est identique à celui d’une introduction en Bourse avec offre au public. NYSE Euronext assure la centralisation des ordres, c’est d’ailleurs le rôle d’une Bourse qui fait le lien entre l’émetteur et l’investisseur. L’investisseur individuel va pouvoir passer des ordres comme pour une émission d’actions, en souscrivant par son e-broker, le compte de bourse en ligne de sa banque, ou son conseiller en agence bancaire. Une fois réalisée, le souscripteur devient porteur d’obligations, obligations qui sont négociables sur le marché secondaire.

 

Quelles sont les obligations de l’émetteur à l’égard de ses créanciers obligataires ?
Lors de la période de souscription, l’investisseur peut consulter un prospectus obligataire visé par l’AMF. Une fois l’IBO réalisée, les émetteurs sont tenus de publier leurs comptes semestriels et annuels et des bilans de leur activité. Cela permet suivre la société pendant toute la période de détention.

 

Les obligations IBO sont-elles éligibles au PEA (plan d’épargne en actions) ?
Les obligations ne sont pour le moment pas éligibles au PEA. C’est donc la fiscalité du compte titres qui s’applique, selon la tranche marginale d’imposition du détenteur. Mais ces obligations ont vocation à pouvoir être logées dans la poche PEA-PME annoncée par le président de la République lors de la clôture des Assises de l’Entrepreneuriat à la fin du mois d’avril. NYSE Euronext milite en ce sens avec l’AFG (Association française de la gestion financière), l’association PME Finance et de nombreux intermédiaires. L’obligation émise par offre au public est un produit d’avenir, il serait dommage de se priver d’une bonne partie des investisseurs soumis à une forte pression fiscale, qui sont les plus susceptibles d’investir dans les obligations de PME et d’ETI.

Quelques sociétés ont déjà utilisé l’IBO. Quel est votre premier bilan ?
Trois sociétés cotées, la société agricole Agrogénération, le promoteur immobilier Capelli et l’exploitant de campings Homair Vacances ont émis près de 40 millions d’euros au total. C’est davantage que certaines IPO réalisées durant la même période. Les particuliers ont représenté de 20 à 30% des montants souscrits. Nous sommes également agréablement surpris du marché secondaire qui est en train de s’animer, en particulier pour Agrogénération.

Quelles sont les prochaines IBO envisagées ?
Le pipeline de candidats-émetteurs se densifie. Nous devrions compter trois nouvelles IBO d’ici le milieu de l’été dont certaines dès le mois de juin.

 

Propos recueillis par Olivier Brunet

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