L’industrie agro-alimentaire répercute la hausse des matières premières dans les prix


Il n'y pas que le prix de la baguette de pain qui monte en flèche. Renchérissement des matières premières agricoles oblige, les industriels de l'agro-alimentaire se voient contraints d'augmenter leurs tarifs.

« C’est un mal nécessaire afin de préserver leurs marges et donc leur capacité à innover et à investir », analyse un observateur du secteur. Quand les matières augmentent, les industriels peuvent être en mesure d’absorber les hausses du prix de leurs approvisionnements via des gains de productivité, des modifications des recettes par substitution des produits qui ont le plus augmenté ou diminution de leur poids. Ils peuvent aussi réagir en stockant des matières achetées avant leur hausse de prix. En aval, certains peuvent être tentés de geler les budgets publicitaires, ou de les diminuer. Mais quand les prix agricoles flambent à des niveaux risquant de perdurer (quasi-doublement des céréales, +20% pour le prix du lait, etc.) point d’autre meilleur moyen que la répercussion de ces hausses aux distributeurs pour défendre leurs marges déjà entamées par l’élévation du coût des emballages, notamment plastiques, issus de la pétrochimie. Si l’annonce de Danone France, qui va augmenter ses tarifs de 10% à compter du 21 novembre, n’est pas passée inaperçue, nombre d’industriels ont déjà fait de même ou s’apprêtent à lui emboiter le pas. Ainsi le groupe laitier Lactalis (Président, Lactel, Bridel, etc.) a annoncé que les prix de ses produits laitiers et fromagers augmenteraient au mois de décembre de 15%. Toujours dans le secteur laitier et fromager, Bongrain (Tartare, Elle & Vire, etc.) a souffert au premier semestre 2007 de la forte hausse des cours des matières premières laitières qui a alourdi les prix de revient de la plupart de ses filiales. D’où des augmentations de tarifs en cours d’application qui limiteront les effets de ces hausses sur son résultat. Son concurrent Bel a réagi à l’annonce de l’augmentation généralisée des prix des matières premières laitières dès le début de l’année, « en constituant en particulier des stocks adéquats lorsque cela était possible ». Bel a tout de même averti qu’il serait exposé durant le second semestre 2007 à la hausse du prix des matières premières, en particulier le lait, la poudre de lait et le beurre, précisant que ces hausses « ne pourront être totalement répercutées dans les prix de vente ». D’autres pans de l’industrie agro-alimentaire sont touchés. Pour atténuer la flambée des matières premières (maïs, blé tendre, etc.), Bonduelle va lui aussi répercuter cette hausse sur ses prix. Même si l’augmentation n’est pas clairement définie, la direction anticipe une augmentation d’au moins 10% sur l’exercice en cours. Les groupes de pâtisserie industrielle ne sont pas non lus épargnés avec des hausses d’au moins 15% des matières premières qui concernent les produits laitiers, la farine, les matières grasses, le chocolat et les œufs. Après avoir passé en moyenne une hausse de 6% de ses prix en mars dernier, Brossard a récidivé au 1er septembre en augmentant ses tarifs de 8% dans la pâtisserie industrielle et de 5% dans les surgelés. La prochaine augmentation, prévue au 1er janvier 2008, n’a pas encore été définie mais devrait se situer « aux alentours de 8% ». D’ici là, Frédéric Thys, directeur général du groupe, reconnaît que Brossard devrait connaître un « petit tassement des marges dans les trois mois qui viennent ». Salée, la note payée par le consommateur est susceptible d’être allégée à compter de janvier prochain. L’évolution de la loi Dutreil doit permettre au 1er janvier prochain de répercuter la totalité des marges arrières au consommateur et donc de diminuer des prix de vente en grande distribution, baisse estimée à 15%.