L’ISR de conviction, l’investissement solidaire qui plaît aux épargnants


L'investissement socialement responsable (ISR) a perdu du terrain auprès des épargnants. Cependant, l'ISR dit de conviction, plus sélectif, séduit les particuliers. Explications.  

L'investissement socialement responsable (ISR) n'ait toujours pas connu des épargnants mais l'ISR de conviction plaît à ceux qui le connaissent.

L’investissement socialement responsable (ISR) a le vent en poupe, mais pas auprès des épargnants. Les encours ISR atteignent ainsi 746 milliards d’euros en 2015, soit une croissance de 29% d’une année sur l’autre, selon une étude menée conjointement par Novethic et le Forum pour l’investissement responsable (FIR) dévoilée le 27 mai 2016.

Ce total inclut le montant global des actifs gérés en intégrant les critères de l’ESG, à savoir l’environnement, le social et la gouvernance en plus des critères financiers classiques de 55 sociétés de gestion et d’une dizaine d’investisseurs institutionnels. Pour rappel, l’ISR est un type de placement intègre le développement durable dans la gestion financière.

La part des épargnants dans l’ISR en chute libre

Malgré ce succès grandissant, la part des investisseurs particuliers dans l’ISR ne cesse de chuter. « L’investissement responsable est aujourd’hui un marché quasi exclusivement dominé par les investisseurs institutionnels, avance l’étude. Ils détiennent aujourd’hui près de 90% des encours. » En 2014, les épargnants ne représentaient déjà plus que 18% du nombre total d’investisseurs, contre près du tiers trois ans auparavant.

Pourtant, tout particulier peut avoir accès à des parts de fonds ISR. On trouve de l’ISR dans des actions et obligations d’entreprises ou dans les emprunts d’Etat. Ces Sicav (sociétés d’investissement à capital variable) et fonds communs de placement (FCP) peuvent être placés au sein de contrats d’assurance vie ou encore de plans d’épargne en actions (PEA).

Même le vecteur principal de l’ISR auprès des épargnants, l’épargne salariale (PEE, PEI, Perco), ne suffit pas à compenser la faible présence des épargnants dans l’ISR. « Selon l’Association française de la gestion financière (AFG), les encours ISR de cette catégorie d’actifs sont en croissance de +14,5%, atteignant 22 milliards d’euros. Ils représentent près d’un tiers de la totalité de l’épargne salariale, déplore l’étude. La dynamique forte de l’épargne salariale ne parvient pas à inverser la tendance. »

L’ISR de conviction, mieux expliqué et plus apprécié

Mais tout n’est pas « perdu » du côté des épargnants. Il existe quatre stratégies majeures d’investissement ISR : l’investissement thématique (sélection d’entreprises porteuses de solutions à une problématique environnementale ou sociale), la valorisation financière (prise en compte des critères ESG comme pouvant impacter dans l’avenir la valeur financière de l’entreprise), la sélection ESG (dans un même secteur d’activité, sélection des meilleures entreprises) et les contraintes ESG (pas ou peu d’investissement dans les entreprises présentant un profil à risque par rapport à l’ESG).

Pour la première fois, Novethic a analysé l’impact de ces quatre stratégies sur les portefeuilles, les classant en trois catégories, chacune plus ou moins bonne élève en matière d’ISR : ainsi sur les 746 milliards d’euros d’encours, 542 milliards d’euros (75%) ont un impact limité, 150 milliards d’euros (20%) un impact significatif et 54 milliards d’euros (7%) un impact très sélectif.

Cette dernière catégorie, appelée ISR de conviction, a trouvé son public auprès de 23% d’investisseurs particuliers. Concrètement, l’ISR de conviction regroupe plusieurs stratégies d’investissement, à savoir « les approches de sélection ESG best-in-class, écartant plus de la moitié de l’univers d’investissement, celles dites best-in-universe, qui excluent plus de 25% des titres* et les investissements thématiques », explique la filiale de la caisse des dépôts. Autrement dit, c’est la forme d’ISR la plus forte. « Depuis longtemps, les particuliers sont la partie négligée du marché de l’ISR. Or l’ISR de conviction est une démarche qui fonctionne bien auprès d’eux parce qu’elle concentre les principales stratégies ISR et donc a un réel impact. L’investisseur particulier appréhende davantage les entreprises dans lesquelles il investit », analyse Dominique Blanc, directeur de la recherche de Novethic. Et la directrice générale Anne-Catherine Husson-Traore d’ajouter : « L’ISR est difficilement compréhensible et souvent mal expliqué aux particuliers. C’est parce qu’il est plus entier que l’ISR de conviction est plus compréhensible et qu’il plaît aux épargnants. Ces derniers adhèrent également plus facilement à cette idée d’engagement que les grands groupes davantage à la recherche de performances. » Dans le détail, sur la part des encours de conviction détenus par des particuliers, 11% proviennent de l’épargne salariale et 13% d’une gestion collective (Sicav, FCP).

L’ISR pourrait ainsi regagner du terrain auprès des épargnants via l’ISR de conviction mais également grâce à la création du label public ISR, dont le but est précisément de rendre cette manière d’investir plus claire aux yeux des Français.

*Le best-in-class sélectionne les meilleures entreprises dans un secteur d’activité, le best-in-universe sélectionne les meilleures entreprises indépendamment de leur secteur d’activité selon les critères ESG.