L’ISR peine encore à convaincre les particuliers


L'investissement socialement responsable (ISR) continue de grignoter des parts de marché en France, en hausse de 29% à 149 milliards d'euros en 2012, selon le centre de recherche de Novethic. Une progression largement soutenue par les assureurs privés et l'épargne salariale des particuliers.

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L’ISR marquerait-il le pas en 2012 pour la première fois depuis sa croissance interrompue commencée en 2008 ? « Le marché français frôle la barre des 150 milliards d’euros », constate le centre de ressources Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, qui nuance ce chiffre en qualifiant cette augmentation de « soutenue mais moins explosive que l’année dernière ». La progression ralentit ainsi à 29% en 2012 contre 69% un an plus tôt.
Comment expliquer ce moindre dynamisme ? « La part des clients particuliers continue de s’éroder », observe Novethic, qui l’évalue à 28% du marché contre 30% en 2011. La crise financière a ainsi touché tous les secteurs de l’investissement, critères ESG (Environnementaux, Sociaux et Gouvernance) compris. Par ailleurs, les investisseurs particuliers ont encore difficilement accès aux produits ISR qu’ils connaissent mal. La gestion collective progresse donc faiblement (+18% en 2012), les conversions de contrats existants compensant la collecte négative subie par l’ISR auprès des particuliers. Seule l’épargne salariale (+30%) connait un développement prononcé, ses encours ISR ayant été multipliés par cinq en cinq ans, relève Novethic. « Ce marché apparait aujourd’hui extrêmement concentré puisque 80% des encours sont détenus par les dix premières sociétés de gestion », indique Dominique Blanc, responsable de la recherche de Novethic. Le leader du secteur, Amundi AM, dominant fortement ses concurrents, détient à lui seul plus de 65 milliards d’euros gérés en ISR.

Prépondérance des assureurs privés

C’est donc plutôt du côté des investisseurs institutionnels qu’il faut rechercher la croissance du secteur, en particulier auprès des compagnies d’assurance privées (44% des encours détenus par les institutionnels), loin devant les institutions de retraite et de prévoyance (17%) et les fonds publics (16%). Un changement du paysage des investisseurs institutionnels opéré en toute discrétion. « Paradoxalement, la croissance de la part de marché des assureurs privés n’est pas accompagnée de communication publique sur leurs démarches d’investissement responsable », regrette la filiale de la Caisse des Dépôts, qui souhaite de telles campagnes puissent initier un mouvement de fond plus important en direction de l’ISR.
« L’ISR peine encore à démontrer sa capacité à se distinguer du reste de l’investissement, de par ses caractéristiques extra-financières », juge Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic, qui y voit un enjeu pour le développement futur de l’ISR dans les prochaines années.